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En Allemagne, l'enfer des femmes réfugiées dans les centres d'accueil

À Berlin, le 26 décembre 2015 I TOBIAS SCHWARZ / AFP

À Berlin, le 26 décembre 2015 I TOBIAS SCHWARZ / AFP

Les témoignages alarmants se multiplient.

Environ deux-tiers des réfugiés qui arrivent aujourd'hui aux portes de l'Europe sont des hommes. La part des femmes est encore plus faible parmi les réfugiés originaires des pays arabes. Une fois arrivées en Allemagne, où de nombreux centres d'accueil ont ouvert ces derniers mois à travers le pays, elles se retrouvent esseulées au milieu d'une population majoritairement masculine. La plupart d'entre elles ne se sentent pas en sécurité dans ces centres d'hébergement mixtes dans lesquels plusieurs agressions sexuelles ont déjà été rapportées.

Le quotidien Der Tagesspiegel a rencontré une réfugiée qui a été victime d'un viol dans le centre d'accueil de la ville d'Eisenhüttenstadt, dans le Brandebourg, et qui vit désormais dans une maison réservée aux femmes victimes de violences. Il y a un mois, deux hommes que Vivian Mabura (prénom et nom changés) décrit comme étant «originaires d'un pays islamique» sont entrés dans sa chambre à 4 heures du matin, lui ont plaqué la main sur la bouche pour l'empêcher de crier et l'ont violée: «Ils étaient très jeunes. Comment ont-ils pu faire ça? Je pourrais être leur mère! Dans mon pays, ce serait impensable», explique la réfugiée. Elle a tout de même attendu plusieurs heures avant de prévenir un des membres du personnel du centre d'accueil, parce qu'elle avait «honte», explique-t-elle au quotidien.

Promiscuité

Les associations allemandes qui viennent en aide aux femmes victimes de violences dénoncent depuis plusieurs mois ces agressions sexuelles dont sont victimes les réfugiées dans les centres d'accueil. La plupart d'entre elles ne portent pas plainte, parce qu'elles ont honte, craignent les représailles, sont livrées à elles-mêmes ou ne connaissent tout simplement pas leurs droits. D'après l'Office fédéral de police criminelle, seules 2% des plaintes concernant les délits qui ont été commis dans les centres d'hébergement à travers l'Allemagne se réfèrent à des agressions sexuelles.

Il y a quelques mois, l'hebdomadaire dénonçait la promiscuité dans les centres d'accueil pour réfugiés:

«Les hommes, les femmes et les enfants doivent dormir les uns à côté des autres durant des mois dans des hangars, des tentes et des couloirs. Les salles où se trouvent les douches et les toilettes sont souvent mixtes. Il manque des lieux où se retirer, des rideaux, des pièces que l'on peut fermer.»

Plusieurs viols et même des cas de prostitution forcée ont été rapportés à l'automne dernier au centre d'accueil de Gießen, dans le Land de la Hesse. Plusieurs associations travaillant auprès des réfugiés avaient alors adressé une lettre ouverte aux porte-paroles sur les droits des femmes des différentes groupes politiques siégeant au Landtag de la Hesse, dans laquelle ils attirait l'attention sur les conditions effroyables dans lesquelles vivaient les réfugiées. Le Huffington Post Deutschland en rapportait un extrait:

«Les femmes rapportent qu'elles, mais aussi des enfants, ont été violés ou exposés à des agressions sexuelles. Beaucoup de femmes n'enlèvent donc pas leurs vêtements pour dormir. Les femmes rapportent souvent qu'elles ne vont pas aux toilettes la nuit parce qu'il y a eu des agressions et des viols sur le chemin menant aux toilettes et dans les toilettes. Même en journée, traverser le camp est pour beaucoup de femmes une situation anxiogène.»

Le problème des dortoirs mixtes

À peine sont-elle parvenues à échapper à l'enfer de la guerre, ces femmes vivent un nouveau cauchemar. Et le personnel et les bénévoles qui encadrent ces centres d'accueil peuvent eux aussi représenter un danger. Le quotidien Die Welt rapportait il y a quelques mois l'enfer que vivait et vit peut-être toujours Jochebed, une Iranienne de confession chrétienne qui a dû fuir son pays, laissant derrière elle son job de manager, son mari et son bel appartement à Téhéran. La jeune femme résidait alors dans le centre d'accueil pour réfugiés de Luckenwalde, dans le Brandebourg, où elle était confrontée quotidiennement à des agressions sexuelles:

«Les hommes du centre d'accueil essaient de mettre la main entre ses jambes, de toucher ses cheveux. C'est pourquoi chaque matin, Jochebed attend toujours que la famille qui dort dans la chambre d'en face sorte et les suit dans le couloir. Lorsque Jochebed a parlé de ses problèmes à un des employés du centre d'accueil, il lui a promis de faire quelque chose pour elle, et lui a caressé longuement le bras. Jochebed essaie depuis de l'éviter lui aussi.»

Dans une tribune publiée dans le quotidien de gauche Die Tageszeitung, la femme de théâtre égyptienne Nora Amin s'insurge contre le concept d'hébergement mixte, qu'elle estime totalement inadapté aux réfugiés de culture arabe:

«Les dortoirs mixtes sont impensables selon les représentations morales arabes. Ils sont perçus à tort comme une invitation à l'indécence. Comment une femme qui a grandi avec ces règles peut-elle se rendre dans une salle de bain où elle tombera peut-être sur un homme en train d'uriner devant elle? Est-ce que les gens qui sont responsables de l'hébergement des réfugiés ont conscience qu'ils ont à faire à une culture dans laquelle l'unique forme de sexualité autorisée entre homme et femme a lieu dans le cadre du mariage? Nous rendons-nous compte que nous faisons vraiment souffrir les femmes avec ce type d'hébergement? Et ce alors que la plupart des femmes qui arrivent ici sont déjà traumatisées.»

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