Monde

Quand le Premier ministre malaisien passe pour un clown, ça ne rigole plus

Temps de lecture : 2 min

Soupçonné de détournement de fonds, le chef de l'État malaisien est la cible des moqueries des activistes et internautes. Au risque d'éventuelles représailles.

Capture d'écran d'un tweet du GRUPA, 8 février 2016.
Capture d'écran d'un tweet du GRUPA, 8 février 2016.

Le Premier ministre malaisien n’accepte pas de passer pour un clown sur les réseaux sociaux, rapporte la BBC. Impliqué dans un scandale où quatre milliards de dollars ont été détournés des fonds publics, le chef de l'État surveille de près ses détracteurs.

Le mois dernier, un artiste et activiste malaisien nommé Fahmi Reza a croqué le Premier ministre Najib Razak sous les traits d’un clown. Le portrait était accompagné d’une légende: «En 2015, la loi anti-insurrection a été utilisée 91 fois. Mais dans un pays gangrené par la corruption, nous sommes tous des rebelles.»

Le «Sedition Act», comme le rappelle le site Quartz, est considéré par les contestataires comme une loi dure et dépassée, mise en place dans les années 1940, encore sous domination coloniale britannique. Le texte a été renforcé en avril 2015, autorisant le gouvernement à bloquer les médias en ligne considérés comme rebelles.

La police malaisienne n’a que moyennement apprécié la satire de Fahmi Reza et a signalé à l’artiste, directement sur Twitter, que son compte était surveillé et qu’il devrait en faire usage «avec prudence, en conformité avec la loi».

La réprimande a aussitôt suscité le soutien d’un comité d’artistes, «GRUPA», qui a produit de nouveaux portraits de Najib Razak en clown. Les internautes ont relayé ce flot de nouvelles caricatures via le hashtag #‎kitasemuapenghasut‬ («Nous sommes tous des rebelles.»)

Le gouvernement malaisien n’en est pas à sa première tentative de museler l'opinion publique. Les intimidations, recense Quartz, sont nombreuses et variées: permis de publication suspendus, mise en examen d’une danseuse qui a lâché des ballons arborant les mots «justice», «démocratie», «presse libre», blocage de sites critiquant le gouvernement...

Najib Razak surveille de près tout ce qu’il pourrait se dire sur la récente affaire de corruption qui le poursuit depuis des mois. 627 millions d’euros ont été versés sur son compte personnel, alors que 3,6 milliards d’euros ont disparu d’un fonds public. Si l’avocat général malaisien (choisi par Najib Razak, relève Quartz) a blanchi le Premier ministre de tout soupçon, la justice étrangère est plus soupçonneuse.

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