Partager cet article

Black Panthers, Katrina, Black Lives Matter… Le tract politique de Beyoncé

Avec le clip de «Formation» et sa participation au show de la mi-temps du Super Bowl, la chanteuse américaine a délivre ce week-end sous couvert de divertissement un message très politisé.

Bientôt deux ans que Beyoncé n’a pas accordé une seule interview. Un mutisme que beaucoup de militants pour la cause afro-américaine percevaient comme un manque d’intérêts de la chanteuse pour la politique. Mais ce samedi 6 février, Beyoncé a démenti comme elle seule sait si bien le faire.

Vingt-quatre heures avant de monter sur scène aux côtés de Chris Martin et Bruno Mars pour la mi-temps du Super Bowl, la chanteuse a mis en ligne «Formation», le clip surprise d’une chanson inédite qui ne manque pas de références. Explication d'images (et de texte).
 

1.L'après Katrina«What happened in New Orleans?»

«Que s’est-il passé à la Nouvelle-Orléans ?», s’interroge une voix masculine dès les premières secondes de la vidéo. Le décor est planté: Beyoncé apparaît allongée sur le toit d’une voiture de police néo-orléanaise, prête à couler dans l'eau qui inonde les rues.

La référence à l’ouragan Katrina, qui a ravagé la Louisiane à la fin de l’été 2005 et tué plus de 1.800 Américains, est explicite.

Un article de Slate.com résume la catastrophe :

«Si le gouvernement ne pouvait pas arrêter la tempête, il aurait pu anticiper ses dégâts. Ce qu'il n'a pas fait. (...) Les milliers d'habitants de la Nouvelle-Orléans qui n'avaient pas été évacués, ni eu la possibilité de fuir la ville, furent livrés à eux-mêmes, avec des secours et des abris inadéquats, tout simplement laissés à l'abandon par des représentants de l’État ne pouvant pas, ou dans certains cas ne voulant pas, leur venir en aide. (...) Pour les Américains noirs, il n'y a pas eu d'égalité des chances dans le déstastre. La catastrophe aura confirmé l'indifférence de l'Amérique face à la vie noire.»    

Onze ans après le passage de l’ouragan, Beyoncé ne décolère pas. Le clip se clôt sur le sacrifice de la chanteuse, qui laisse son corps se noyer dans les eaux de la Nouvelle-Orléans avec la voiture de police. Symbole de la gestion controversée des secours pour lequel certains internautes qui y ont vu un message irrespectueux aux forces de police ont appelé au boycott de l'artiste

  

Si Beyoncé a délibérément choisi de faire référence à cet évènement, c'est peut-être que l'instant a été un moment de bascule. Pour The Daily Beast, Beyoncé se serait ouvertement politisée à la suite de cette tragédie durant laquelle Kanye West avait notamment accusé le président Bush de racisme.

«Depuis Katrina, Beyoncé a fait discrètement don de 7 millions de dollars aux sans-abris de sa ville natale, Houston. Elle ne suit que dix personnes sur Twitter. Le compte suivi le plus récent: Deray McKesson, un militant noir de Black Lives Matter, qui s'est récemment présenté au poste de maire de Baltimore. Tidal, l'entreprise créée par Jay Z et dont elle détient des parts, a fait don de 1,5 million de dollars à Black Lives Matter. Le couple a également dépensé des milliers de dollars pour payer les cautions de manifestants à Ferguson et Baltimore, et a rencontré des victimes et des familles de victimes de violences policières, énumère The Daily Beast. Si “Formation n'est pas une action politique concrète, elle est celle qui aura fait le plus de bruit.»

 

2.Black Lives Matter«Stop shooting us!»

À quelques jours du tragique quatrième anniversaire de la mort de Travyon Martin, tué par un agent de surveillance à 17 ans –alors qu'il n'était pas armé–, Beyoncé ne se souvient pas seulement du désastre Katrina: elle rend hommage à l'activisme noir en lançant plusieurs appels du pied au mouvement Black Lives Matter. 

À quelques secondes de la fin du clip, un petit garçon noir encapuchonné lève les bras au ciel devant une rangée de policiers anti-émeutes. Ces derniers l'imitent avant que la caméra ne se tourne vers un graffiti.

 

Là encore, le message qu'elle adresse à la police américaine est explicite après la multiplication du nombre de bavures policières avérées«Stop shooting us !» (comprendre en français, «Arrêtez de nous tirer dessus !»), peut-on lire tagué sur un mur.
 

3.Le Black Panthers Party«Le Super Bowl est devenu politique»

Le mouvement né en 2013 n'est pas le seul auquel la chanteuse fait référence. Au Super Bowl, Beyoncé s'est aussi inspiré des codes vestimentaires du Black Panthers Party –qui fête cette année ses cinquante ans, ses danseuses toutes vêtues de cuir, bérèts noirs sur leur coupes afro. 

«Le spectacle de mi-temps est généralement un moment de pur divertissement, mais Beyoncé vient de le remplacer par un véritable moment politique», analyse Jon Carmanica dans le New York Times.

Elles ont même posé poings levés aux côtés de Tina Lawson –la mère de Beyoncé, reprenant à leur compte le geste emblématique du militantisme noir.

 

"You might be the next Black Bill Gates in the Makin"

Une photo publiée par Tina Knowles (@mstinalawson) le


Un hommage visuel au groupe d'extrême gauche radical né à Oakland à moins d'une centaine de kilomètres du stade de Santa Clara, qui a accueilli le Super Bowl.  

«C'était presque évident que Beyoncé établirait un lien avec l'histoire du militantisme afro-américain au lendemain d'une telle déclaration en faveur de la cause noire que le monde entier a vue», commente le site Identities Mic.

 

[
 

4.Noire et fière«I like my negro nose»

Si elle ne parle pas explicitement de l'ouragan Katrina ou des violences policières dans les paroles de «Formation», elle revendique clairement son identité de femme noire, née dans le sud des États-Unis. 

Dans les paroles de sa chanson, Beyoncé évoque ses origines et surtout l'amour qu'elle porte à ses caractéristiques physiques noires : 

«My daddy Alabama, Momma Louisiana 

You mix that Negro with that Creole make a Texas bamma 

I like my baby hair, with baby hair and afros

I like my negro nose with Jackson Five nostrils»

(traduire, «Mon papa vient d'Alabama, ma maman de Louisiane /Tu mélanges ce nègre à cette créole et ça te donne une bombe texane / J'aime les cheveux de mon bébé et les afros/ J'aime mon nez de nègre, avec ses narines à la Jackson Five»)

Des terrains de basketball aux magasins de tissages et perruques, en passant par le douloureux héritage de l'esclavage –évoqué par les tableaux, les sculptures qui décorent la maison de style colonial, et même par certains costumes de l'époque–, Beyoncé revisite l'identité afro-américaine dans son clip. 

«Elle devient chacune des femmes noires du sud des États-Unis qu'elle puisse raisonnablement incarner, à travers le temps, la classe et l'espace», note le blog New South Negress 

Un retour aux sources qu'elle n'a jamais vraiment quittées: ces thématiques étaient déjà présentes dans son album éponyme, Beyoncé, sorti en 2013. Avec «Formation», la chanteuse veut surtout crier haut et fort, en plus de sa solidarité, qu'elle n'a pas changé: «J'ai beau avoir gagné tout cet argent, ils ne m'arracheront jamais de mes racines», chante-t-elle à la fin du refrain.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte