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Les comédies romantiques banalisent-elles le harcèlement auprès des femmes?

Extrait du film «Love Actually».

Extrait du film «Love Actually».

C’est en tout cas le résultat inquiétant d’une étude de l’université du Michigan.

C’est peut-être la scène la plus adorable de Love Actually dans l’esprit des fans. Vers la fin du film, le personnage interprété par Andrew Lincoln se rend chez la femme qu’il aime (Keira Knightley) pour lui avouer ses sentiments à l’aide de pancartes. Tout en sachant que leur histoire est impossible (Keira est mariée), il lui promet notamment de l’aimer jusqu’à la fin de ses jours.

 

Adorable? Pas vraiment, si l’on en croit les résultats d’une étude menée par une experte en genre et sexualité à l’université de Michigan. Dans «I Did It Because I Never Stopped Loving You», Julia R Lippman et son équipe ont posé plusieurs questions à 400 femmes après le visionnage de différents films, dont des comédies romantiques comme Mary à tout prix, où Ben Stiller engage un détective pour retrouver son amour de lycée. Sur son site, le Guardian explique que «Julia R Lippman a trouvé que les femmes qui ont visionné des films montrant une poursuite romantique persistante, notamment Mary à tout prix et Love Manager, étaient plus à même d’accepter ce qu’on appelle les mythes du harcèlement que les femmes qui ont regardé des films montrant des agressions masculines effrayantes, dans ce cas Les Nuits avec mon ennemi ou Plus jamais, ou des documentaires animaliers bénins comme La Marche de l'empereur ou Le Peuple migrateur

Les mythes du harcèlement sont, selon les propres mots de Lippman dans l’étude, «des croyances fausses ou exagérées sur le harcèlement qui minimisent sa gravité, ce qui veut dire que quelqu’un qui approuve cela a tendance à prendre moins au sérieux le harcèlement».

L'amour plus fort que tout?

Le site Quartz relève un autre détail très important dans cette étude: les femmes ont plus tendance à subir le harcèlement si elles considèrent que ces comédies romantiques sont réalistes. «Regarder Ben Stiller courir après Cameron Diaz treize ans après leur rencard de bal de promo raté est une activité a priori inoffensive, écrit le site, tant que vous savez que la vraie vie ne fonctionne pas comme cela.» Dans une interview donnée au site canadien Global News, la chercheuse a par ailleurs expliqué le problème de ces films: «Ils jouent sur le mythe du “l’amour est plus fort que tout. Même si, bien sûr, c’est faux. L’amour est super, mais le respect de l’autre l’est tout autant.»

Et le problème ne concerne pas que les comédies romantiques d’Hollywood. Fin janvier 2015, le Guardian rapportait un jugement étonnant en Australie: un avocat avait réussi à faire relâcher son client qui harcelait une femme sous prétexte que son comportement était la conséquence de sa passion pour les films de Bollywood. De nombreux films indiens laissent en effet croire qu’une femme tombera amoureuse si son prétendant est assez insistant et ne perd pas espoir…  

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