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Les tentatives de plus en plus désespérées de la Chine pour éviter l’effondrement économique

Les cours de la Bourse de Shanghai | Christopher via Flickr CC License by

Les cours de la Bourse de Shanghai | Christopher via Flickr CC License by

Incapable de convaincre le monde que l’économie chinoise reste sous contrôle, le gouvernement de Pékin essaye maintenant de jouer de la menace de rétorsions pour contraindre les investisseurs à ne pas céder à la panique. Une étonnante méthode dénoncée par le magazine en ligne Quartz.

Les faiblesses structurelles économiques chinoises sont bien connues: l’accumulation de créances douteuses et de dettes, le vieillissement rapide de la population, des statistiques officielles truquées et manipulées, la montée du mécontentement social et un nombre considérables d’entreprises publiques à la fois inefficaces et hypertrophiées. Tout cela est connu depuis des années tout comme les prévisions qui annoncent invariablement un effondrement imminent de l’économie chinoise et se succèdent depuis dix ans. Elles se sont toujours avérées fausses.

«Atterrissage brutal»

Mais ce qu’il s’est passé depuis plusieurs mois est d’une autre nature. Le gouvernement communiste s’est avéré cette fois incapable de contrôler son marché boursier et l’évolution de sa devise ce qui a ébranlé la confiance des investisseurs dans le discours officiel sans cesse répété sur la grande solidité de l’économie chinoise.

Au forum économique de Davos, le mois dernier, George Soros a mis en garde contre «un atterrissage brutal» de l’économie chinoise et la directrice du FMI, Christine Lagarde, a reconnu que «des problèmes de communication» de la Chine ont déstabilisé les marchés.

Sa machine de propagande à diffuser sans cesse de bonnes nouvelles ne fonctionnant plus, Pékin s’est rabattu «sur des mesures désespérées et agressives, rendant la situation encore plus difficile», écrit Quartz.

Il faut dire que la Chine n’a pas l’habitude de perdre la bataille de la communication. Sa propagande est sans doute la plus efficace au monde. Elle a réussi à faire que la plupart des étudiants chinois ne savent même pas que la révolte de Tiananmen a eu lieu en 1989 et a été réprimée.

La confiance n'existe plus

Avec le Président Xi Jinping, la machine de propagande chinoise avait aussi atteint à l’extérieur cette fois «un nouveau palier d’assurance, de confiance et d’ambition», explique Anne-Marie Brady, un expert de la communication chinoise. Mais cette stratégie a touché ses limites depuis l’été dernier.

Le marché boursier chinois a soudain décroché en juin 2015 et Pékin a tenté, comme d’habitude, de le soutenir en apportant mille milliards de dollars de stimulants à l’économie. Sans succès. Et la fragilité chinoise a déstabilisé l’ensemble des marchés financiers mondiaux. En août, Pékin a pris la décision inattendue de dévaluer le yuan dans des proportions sans précédents depuis 20 ans. Et à nouveau au début de l’année la Bourse chinoise a brutalement décroché et la banque centrale cherche à affaiblir le yuan.

En clair, la confiance dans la capacité du gouvernement chinois à maîtriser son économie n’existe plus. Et face aux critiques et aux doutes, les dirigeants et les médias chinois se montrent de plus en plus agressifs et menaçants. Exactement le contraire de ce qu’il faut faire pour rassurer et une illustration de ce qui peut être considéré comme un début de panique.

«Les coûts des transactions des spéculations dangereuses et des ventes malveillantes seront plus élevés et comporteront de possibles conséquences judiciaires», prévient l’agence officielle Xinhua le 25 janvier. Le 3 février, la même agence explique que le plus grand problème pour la Chine, «ce sont les opinions négatives».

Devenue la deuxième économie du monde, son premier exportateur, le premier consommateur de nombreuses matières premières, la Chine ne peut tout simplement plus se comporter comme si le reste du monde est un ennemi vicieux et mal intentionné dès que les choses deviennent difficiles. Environ 676 milliards de dollars de capitaux ont fui la Chine l’an dernier... ce n’est pas un complot.

La recette pour surmonter la crise est connue, mais difficile à mettre en œuvre politiquement. Il faut absolument réformer voire démanteler les immenses entreprises publiques et ouvrir les marchés de capitaux pour attirer et rassurer les investisseurs.  

Il est devenu quasiment impossible aujourd’hui pour les entreprises étrangères de lancer de nouveaux projets en Chine. Tout le système est bloqué «tant les membres du gouvernement et les fonctionnaires ont peur». Si cette situation ne change pas, Quartz prédit que les prévisions catastrophistes de George Soros vont finir par se réaliser.

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