Les ragots font de nous de meilleures personnes

Flash mob à Madrid en 2008. REUTERS/Susana Vera

Flash mob à Madrid en 2008. REUTERS/Susana Vera

Les ragots et autres commérages, «ces propos mal intentionnés et sans risques qui jugent des personnes qui ne sont pas présentes» selon la définition de Timothy Hallett, professeur de sociologie de l’Université d’Indiana, jouent un rôle non négligeable dans la vie sociale. Ils s’échangent en famille, avec les amis, les relations, au travail, sur les réseaux sociaux… Nous savons tous que «ce n’est pas bien», mais nous ne résistons pas à l’attrait de dire ou d’entendre des propos justes ou injustes, bien ou mal intentionnés, sur les autres... Même le pape François dénoncent les ragots «qui remplissent les cœurs d’amertume et nous empoisonnent».

Pourtant, à en croire une étude scientifique récente, nous avons peut-être raison d’écouter  et de propager des ragots. Ils seraient bénéfiques à notre vie sociale car nous utilisons les jugements sur les autres «pour nous améliorer, nous mettre en avant et nous protéger».

Afin de mieux comprendre la fonction sociale des ragots et pourquoi les gens sont tellement attirés par le désir de connaître les échecs, les erreurs, les réussites et les démons des autres, une étude a été lancée par l’Université de Groningue aux Pays-Bas pour connaître l’impact des ragots.

Les conclusions sont les suivantes: «la plupart des ragots contraignent les personnes à se comparer aux autres et donc à la fois à s’améliorer et à prendre confiance en elles». L’étude montre également qu’il existe une différence importante entre la façon dont les hommes et les femmes interprètent les ragots. Ainsi, «les femmes qui ont des expériences de ragots très négatifs sur d’autres cherchent à s’en protéger car elles estiment qu’elles peuvent à leur tour devenir l’objet de ces attaques. En revanche, les hommes qui ont des expériences de ragots flatteurs sur d’autres hommes  s’inquiètent car des comparaisons sociales avec des compétiteurs de haut niveau sont une menace» explique Elena Martinescu de l’Université de Groningue.  

Elle ajoute que les ragots donnent aux individus des moyens sans équivalent de faire des comparaisons sociales indirectes et une ressource essentielle pour s’interroger sur leur comportement. Pour elle, plutôt que d’essayer de mettre fin aux ragots et aux commérages, «devons les accepter comme un élément naturel de nos vies mais les considérer avec un esprit critique quant aux conséquences qu’ils peuvent avoir sur nous-même et les autres».

C’est une conclusion qui est contestée par de nombreuses personnes notamment pour des raisons morales et aussi le caractère destructeur que peuvent prendre parfois pour des individus et pour des collectivités les ragots. «Ce sont des manipulations qui désignent des victimes», estime Beth Weissenberger, co-fondateur du Handel Group, une société spécialisée dans la gestion des ressources humaines.

En fait, il existe plusieurs types de ragots qui n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres. S’il s’agit de fournir des informations sur les tenants et les aboutissants d’une situation et de comportements personnels, ils sont plutôt utiles au fonctionnement d’une collectivité. Mais s’il s’agit d’entrer dans l’intimité de personnes ou de détruire leur réputation, c’est du vice.

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