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Sexe, drogue, drames personnels… Bustle, ce magazine qui veut tout savoir de ses employés

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 05.02.2016 à 11 h 53

Repéré sur Gawker

Le site féminin américain a donné un questionnaire très particulier à certains de ses journalistes.

Verrou informatique | Yuri Samoilov via Flickr CC License by

Verrou informatique | Yuri Samoilov via Flickr CC License by

Vous êtes peut-être déjà tombé sur certains de leurs articles. «Je me suis habillée comme une grosse Rihanna», «Comment Jessica Jones m’a aidé à surmonter mon propre viol» ou encore «15 auteurs féministes à ajouter dans votre liste de lecture»… Voici quelques exemples d’articles que l’on trouve sur le site Bustle, un magazine féminin créé en août 2013 par Bryan Golberg et qui connaît depuis un succès impressionnant avec 43,8 millions de visiteurs uniques lors du mois dernier.

Sur son site, on peut parcourir la liste des rédacteurs et contributeurs, constitué essentiellement de femmes. Le ton du site est décalé, et l’équipe souriante. Mais un récent événement a pu jeter un froid entre la direction et ses employés. Le site Gawker relaie un questionnaire qui aurait été distribué à certains rédacteurs, y compris dès leur premier jour de contrat, et le contenu est assez effrayant. La liste compte 46 questions et une liste de 150 options, que les rédacteurs devaient cocher s’ils étaient concernés. Voici quelques-unes des options les plus incroyables:

 -Proche de mon père

-Proche de ma mère

-Je suis vierge

-Je suis une personne «bizarre»

-J’ai une addiction pour la drogue ou l’alcool

-J’ai souffert d’une maladie mentale, ou j’en souffre encore

-J’ai fait un plan à trois

-J’ai fait l’amour en groupe (plus de trois)

-Je me suis déjà fait avorter

-J’ai perdu un enfant

-Je fume de l’herbe

-J’ai grandi en étant pauvre

-J’ai été victime d’agression sexuelle

-J’aime le sexe occasionnel

-Je suis la «maman» de mon groupe d’amis

Une telle tentative pour rentrer dans l’intimité des gens, notamment sur un lieu de travail, pose de nombreuses questions. Le journaliste de Gawker est donc allé voir l’une des responsables du site, Julie Alvin. Après avoir précisé que le questionnaire était destiné aux auteurs de la rubrique «Style de vie/Identité» et qu’il était optionnel, elle a tenu à se justifier en évoquant la ligne éditoriale:

«Quand il y a une conversation à propos d’un problème complexe –violence domestique, identité et genre, abus de substance et convalescence, etc.– nous voulons être certains que ces sujets sont bien couverts. Dans beaucoup de cas, cela signifie travailler avec des auteurs qui ont déjà traversé ce genre d’expérience et qui ont montré l’envie de travailler sur ces sujets.»

Industrialisation de la confession

En d’autres termes, cela veut dire que l’on vous confiera un sujet sur l’avortement si vous avez vous-même déjà traversé cette épreuve. Des journalistes du site, sous couvert d’anonymat, confieront ne pas être trop choqués par ce questionnaire, mais avoueront tout de même qu’ils se sont sentis obligés de répondre parce qu’ils ne voulaient pas faire mauvaise impression dès leur premier jour.

Au-delà du malaise créé chez Bustle, le journaliste de Gawker souligne que ce questionnaire est avant tout un symptôme du journalisme actuel: «l’industrialisation de la confession». Selon plusieurs témoignages, Bustle va ainsi payer plus des contributeurs ou des auteurs qui acceptent de confier leur expérience personnelle, parfois 90 dollars la journée. «Le climat actuel dans les médias demande plus que jamais à leurs auteurs de parler de leur vie personnelle, surtout s’ils ne souhaitent pas faire du vrai reportage. Le marché récompense le storytelling personnel avec de l’attention —plus c’est atroce et spécifique, mieux c’est.»

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