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Primaires américaines: faut-il croire en Marco Rubio?

Des Moines, Iowa; 1er février 2016 PETE MAROVICH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Des Moines, Iowa; 1er février 2016 PETE MAROVICH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Malgré sa troisième place dans l'Iowa, la sénateur de Floride a été présenté comme le vainqueur de ce caucus.

Troisième et pourtant... Difficile de comprendre comment Marco Rubio peut se présenter et être considéré comme le vrai vainqueur du caucus de l'Iowa, alors que le sénateur de Floride est arrivé loin derrière Ted Cruz (23,1% contre 27,7%), ainsi que derrière Donald Trump (24,3%).

Très vite, les médias ont considéré que Rubio était le vainqueur. À l'inverse, Trump est le grand perdant. Le Washington Post assurait ainsi que «sa deuxième place était une catastrophe qui allait lui coûter la primaire».

Tout ce désordre a poussé l'émission The Daily Show, désormais animée par Trevor Noah, à faire cette superbe analyse des résultats.

«Marco Rubio a fini troisième.

–Ce qui est équivalent à une première place chez les Républicains.

–Donc si je ne me trompe pas... Même si Rubio a fini troisième, c'était le vainqueur chez les Républicains?

–Oui, mais maintenant, c'est lui le perdant parce qu'il va être une cible à abattre lors du débat de samedi dans le New Hampshire. Il se pisserait dessus s'il n'était pas déjà deshydraté.»

Pour essayer de comprendre les raisons qui ont poussé à voir cette troisième place comme une victoire, il faut remettre ses résultats dans un contexte particulier. Depuis des mois, Donald Trump truste les premières places dans les sondages. Des sondages qui ne voulaient pas tout le temps dire grand chose, comme l'a rappelé à de nombreuses reprises la populaire émission de radio On the Media. Reste que si Ted Cruz avait réussi à faire une partie de son retard, et si Carson s'était effondré, on se demandait ce qu'il allait advenir de Rubio. Et le sénateur de Floride a surpassé les attentes.

Comme le concluait Jim Newell sur Slate.com, même si Rubio ne l'a pas emporté, il a réalisé un assez bon résultat, «pour dégager le centre-droit et commencer à rallier une bonne partie du parti derrière sa candidature, qui, jusque-là, montrait des incapacités frustrantes à décoller». Comme l'analysait justement Libération, «couplée à la débâcle des candidats proches de sa ligne politique, [son score] en fait le véritable vainqueur de ce premier scrutin». La course à deux se transforme –après un caucus qui ne vaut finalement pas grand chose– en course à trois.

Et cette version convient à pas mal de monde, décrit William Saletan, sur Slate.com:

«Rubio permet aussi aux médias d'avoir une course avec trois hommes, ce qui ajoute un peu plus de suspense à cette élection, et la rend plus passionnante. Rubio est également une option que les chefs du parti trouvent plus convenable. Et il valide ce que les commentateurs attendent depuis le début: Trump va s'effacer, Cruz est trop dur, et à la fin, le parti républicain se tournera vers un nominé plus éligible.»

Marco Rubio est effectivement le candidat qui convient le plus au parti républicain. Le lendemain du caucus de l'Iowa, Jacob Weisberg expliquait que Rubio pourrait être présenté comme le compromis:

«Les candidats que l'élite du parti déteste, Trump et Cruz, sont appréciés par les électeurs. Et les candidats qu'elle aime ne sont pas appréciés par les électeurs. Rubio est le meilleur compromis. Quelqu'un que l'élite et les électeurs républicains des primaires pourraient soutenir.»

Comme le note FiveThirtyEight, malgré sa troisième place, «ses chances de remporter la nomination républicaine ont quasiment doublé, selon Betfair, passant de 30% avant le caucus de l'Iowa à 55% aujourd'hui. Dans le même temps, Trump a vu ses chances passer de 50% à 25%.» Depuis ce premier vote, lundi, Rubio a gagné sept points dans les sondages dans le New Hampshire. Pas suffisant pour rattraper son retard sur Trump cependant, mais assez pour passer devant Cruz et espérer décrocher une deuxième place dans cet État, avant de partir vers la Caroline du Sud.

Et Rubio peut marquer des points en se présentant comme le candidat le plus dangereux pour les Démocrates (chose qu'il a déjà commencé à faire). 

Comme le soulignait David Wesserman sur FiveThirtyEight, quelques jours avant le caucus de l'Iowa «si les Républicains nominent Rubio, ils auront alors une très grande chance de battre Clinton en élargissant l'appel du parti vers les modérés, les jeunes et les Latinos. Le parti républicain aurait une très grande chance de conserver le Sénat et de garder une grosse marge à la Chambre des représentants».

«S'ils nominent Ted Cruz, Clinton l'emportera probablement, la majorité au Sénat serait en péril et ils pourraient perdre une dizaine de sièges à la Chambre des représentants. Si Donald Trump venait à être nominé, cela ne rendrait pas seulement les chances d'une victoire de Clinton et un Sénat démocrate très probable; les Républicains pourraient bien être obligés de répudier Trump pour survivre. [...] En d'autres mots si vous êtres membre du parti républicain et que vous voulez gagner en novembre, c'est Rubio ou rien.»

Désormais, Rubio se trouve dans une position qu'il n'avait pas encore connue jusque-là. Alors qu'il était relativement protégé –«le garçon dans sa bulle», pour reprendre les mots du gouverneur Chris Christie–, il va désormais être la cible des attaques. Rubio traîne par ailleurs quelques casseroles, sa présence au Sénat est loin de jouer en sa faveur et ses nouveaux soutiens ne l'aident pas vraiment. Chris Christie et Jeb Bush –deux candidats dont le profil est similaire– ont déjà commencé à montrer les dents. Ils ne sont pas les seuls. Ted Cruz a lancé quelques piques, et certains commentateurs –comme Ann Coulter– mettent en avant son inexpérience.

Reste à savoir si Rubio est capable d'encaisser les coups. Comme le décrivait The Atlantic: sa route vers la nomination sera semée d'embûches.

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