FranceLife

RER, jours de galère

Françoise Tricard, mis à jour le 15.12.2009 à 9 h 08

Le RER comme si vous y étiez.

La sortie d'une rame du RER  Reuters

La sortie d'une rame du RER Reuters

Le trafic était à nouveau très perturbé mardi 15 décembre ur la ligne A du RER s ur la partie RATP de la ligne en raison d'une grève, avec un train sur deux aux heures de pointe et un trafic quasi-nul aux heures creuses. La ligne A du RER transporte chaque jour un million de Franciliens. Sur la ligne B du RER, objet d'un préavis de grève pour mardi déposé par l'UNSA et les Indépendants (minoritaires), trois trains sur quatre devraient circuler. Les prévisions pour mercredi seront données mardi soir. Pour la journée de jeudi, à la suite d'autres préavis de grève, la RATP prévoit déjà «un trafic perturbé sur le réseau RER et un trafic légèrement perturbé sur les réseaux métro, bus et tramway». Nous republions à cette occasion le récit désabusé d'un usager quotidien du RER.

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Quel banlieusard, aujourd'hui appelé élégamment «francilien», peut se targuer de ne pas soupirer, râler, voire devenir franchement grossier, en entendant ces mots: SNCF, RATP, et RER. Que le voyageur qui n'a pas été victime une fois par mois, si ce n'est une fois par semaine, des transports en commun, se fasse connaître! Pour prendre ces mésaventures sinon avec le sourire, du moins avec philosophie, j'ai décidé d'en retracer quelques unes qui me sont arrivées.

Prenons un lundi: jour oh combien difficile dans la vie d'un travailleur lambda. Tant bien que mal, me voilà prête à partir, évidemment en courant. Enfin, le quai du RER est dans l'axe de mes yeux embués de sommeil: ouf!, le train est encore à quai, au n° 5. En accélérant le pas, je réussis à m'installer dans le «bon» wagon: celui qui s'arrête pile poil, lors de votre changement, en face des escaliers.

Me voilà donc installée, assise à ma place de prédilection, contre la vitre dans le sens de la marche et je sors mon livre: un super bon polar que j'ai eu du mal à quitter la veille au soir et dans lequel je replonge avec jouissance. Au bout de 3 minutes, l'angoisse commence à m'étreindre et mes pensées quittent celles du commissaire Adamsberg (via la plume de Fred Vargas), prêt à arrêter un serial killer..... Le train ne part pas! L'habitude des départs fait que vous sentez parfaitement l'instant où l'attente normale bascule en inquiétude. Soudain, une voix jaillit de nulle part, c'est-à-dire du préfabriqué qui sert de gare en ce moment (grâce au département et à la région, nous allons avoir une nouvelle gare, modernisée, avec ascenseur dans... quelques mois). «Mesdames et Messieurs, votre attention s'il vous plait, le prochain train pour Paris partira de la voie 3».

Et là, remise en place du marque-page dans un délai record,  descente du train le livre dans une main, le sac dans l'autre et l'écharpe entre les dents, dégringolade du quai n°5, remontée sur le quai 3 et repositionnement dans le bon wagon! Ouf, j'ai récupéré «ma» place, mon serial killer et le commissaire à ses trousses. Et le train démarre... au bout de plusieurs minutes quand même... Je vous passe les ralentissements, ou les arrêts entre les gares: « Mesdames et Messieurs, notre train est arrêté en pleine voie. Pour votre sécurité, merci de ne pas ouvrir les portes et descendre sur les rails.»  Des fois qu'on aurait envie de finir à pieds en sautant par dessus les traverses. Mais soyons un peu compréhensifs; nos amis fonctionnaires n'ont pas la vie facile: le trafic est de plus en plus dense, l'équipement de plus en plus vieux et  les usagers de plus en plus nombreux! Faire appel à Jack Bauer me paraitrait la solution pour sortir de ce piège!

Changement

Me voici arrivée à mon changement de ligne (ce n'est pas vraiment le moment: le commissaire Adamsberg organisait une réunion capitale avec Danglard, son second,  pour une nouvelle traque à l'assassin) et là, je suis emportée par la foule, qui me traîne et qui m'entraîne vers... la ligne 14, automatique, rapide, fonctionnelle et jamais en retard!

Une semaine plus tard. Je vous passe le scénario jusqu'à l'arrivée sur le quai n°5. Cette fois, petite variante: le train n'est pas là !

Attente, patiente bien entendu. Rien ne sert de s'énerver les  premières minutes. Mais quand cela devient un quart d'heure sans information, on trépigne un peu sur place et là, paradoxalement, on sympathise avec ses voisins de quai, alors que, par définition, ils sont quand même des adversaires potentiels pour les places convoitées dans le train ! «Cela commence à bien faire! On nous prend vraiment pour des imbéciles» «Ils exagèrent ! Qu'est-ce qu'ils ont encore trouvé aujourd'hui pour nous casser les pieds?».

Accident voyageur

Et puis, oh miracle, la  même voix venue  de la «future-gare-modernisée-actuellement-en-travaux-mais-qui-améliorera-notre-quotidien» se met à murmurer, je dis bien murmurer car même les haut-parleurs ne fonctionnent pas et il faut tendre l'oreille pour entendre les infos, surtout que parfois (souvent) un TGV passe à fond au même moment. Donc, on nous susurre: «Mesdames et Messieurs, suite à un «accident voyageur» (il existe aussi le «malaise voyageur», très courant l'été) sur la ligne, les trains auront environ 15 minutes de retard». On le sait déjà, vu que ça fait 20 minutes qu'on poireaute dans la fraicheur matinale!

On peut faire quelques variantes: sous la pluie battante, dans le froid glacial, sous un vent violent, dans une chaleur moite ! Mais rassurez-vous : je finis toujours par arriver.

Quelques jours plus tard, c'est une «panne d'alimentation électrique» qui nous a fait rire pendant une demi heure sur le quai. Il y a aussi «l'incident technique» très en vogue, ou «la rupture de caténaire».   Je me souviens également d'un hiver où les «rails étaient gelés» et occasionnaient un «retard indéterminé». Là c'est très, très, très grave, le retard indéterminé! Et ça peut rendre fou......

Humour

Il faut dire que les gens de la SNCF ou de la RATP font vraiment preuve de beaucoup d'humour et trouvent toujours de nouvelles idées pour nous distraire. Pour que la routine ne s'installe pas, de temps en temps le train ne va pas jusqu'au bout de sa destination. Je m'explique: le RER B, puisqu'il faut le nommer, est régi par la SNCF jusqu'à Paris (Gare du Nord) et ensuite la RATP prend le relais. Mais quand la RATP se met en grève, la SNCF continue de faire son boulot bien sûr, mais... jusqu'à Gare du Nord! Ensuite, si vous allez plus loin, comme c'est mon cas, vous vous débrouillez pour trouver un itinéraire de rechange! Ca met une ambiance de folie sur le quai quand tout le monde descend en même temps.

Le lendemain, «mon»  train, celui du quai n°5, ne prenait pas de voyageurs, alors que tout le monde était dedans et c'est le train du quai n° 3 qui est parti, pratiquement à vide!

Je voudrais quand même terminer sur quelques bonnes nouvelles: de grandes affiches nous alertent  sur «la création du nouveau RER en 2010», «la rénovation des lignes A et B pour 2011» et en 2012, plus aucune distraction pour les voyageurs: tout marchera comme sur des roulettes....! Que dis-je, comme sur des rails... Bizarre cette échéance de 2012.

Françoise Tricard

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par Eric Le Boucher

Image de Une: La sortie d'une rame du RER  Reuters

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