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Métro, coiffeur, pause clope… Vous n'allez pas couper à leur conversation

La conversation, c'est tout un art | Kris Hoet via Flickr CC License by

La conversation, c'est tout un art | Kris Hoet via Flickr CC License by

Comment échapper aux tête-à-tête qui vous ennuient.

1.La pause clope

La scène Un afterwork dans une piscine municipale transformée en pop-up store de pierres semi-précieuses, un dîner gastro avec des amis et leurs partenaires de vie, une soirée chez des vieux. Bref, un événement où vous avez semi-envie d’être.

Le kidnapping Lassée de rentrer le ventre en faisant semblant de vous amuser, vous décidez de briser vos deux ans d’abstinence pour passer un moment dans le coin fumeur où sont réunies les seules personnes excitantes de la soirée. Manque de bol, quand vous arrivez, l’endroit est vide à l’exception d’une vague connaissance qui vous demande si l'année 2016 a bien commencé. S’ensuit un dialogue dénué de sens puisque la nature de votre relation (rien) ne vous permet pas d’exposer le drame névrotique qui s’est joué sous le sapin familial à noël dernier. En retour, l’ami d’ami tente de vous noyer dans la baignoire de banalité de sa vie tandis que vous jouez, dans votre tête, à dis-moi ce que tu as reçu à Noël, je te dirai qui tu es (réponse: pas sexy).

Le plan de sortie Inutile, vu que le temps d’élaborer une exit stratégie, votre clope est finie et vous autorise à couper l’importun –alors qu’il vous raconte comment il a été sexuellement abusé par son chat à l’âge de 13 ans, un soir de Noël– d’un «ahlala, heureusement, c’est qu’une fois par an»

 

 

2.Le coiffeur

La scène Un bad hair day comme un autre, vous décidez d’en finir avec les cheveux cassants et les pointes abîmées en vous rendant chez votre coiffeur (imaginons ensemble un monde où il est inutile de prendre rendez-vous et où les agents immobiliers ont été remplacés par des professionnels compétents). 

Le kidnapping Volontaire, puisque vous savez parfaitement qu’Annie, votre coiffeuse, a monté Tif’Annie parce que plus personne ne voulait écouter ses logorrhées. Alors que vous n’aspirez qu’à un moment de détente, bercée par le bruit sec des ciseaux, elle vous ébouillante le cuir chevelu en vous expliquant sa théorie selon laquelle les ondes de téléphone font friser les cheveux. Vous êtes soudain dans un épisode de «Catherine et Liliane», mais sans Catherine et sans blagues.

Le plan de sortie Comme il est techniquement impossible de porter votre casque Beat pendant un raccord de frange, le plus simple est de profiter de ce moment pour raconter tout ce qui vous passe par la tête –votre obsession pour Christine Lagarde, votre impossibilité à attirer tous les chats rares sur Neko Atsume– en espérant que cela vous libère. Si elle ne vous laisse pas aligner quatre mots à la suite, lancez-la sur les problèmes de calvitie endémiques de la dynastie Windsor et tentez de vous auto-hypnotiser en vous faisant les gros yeux dans le miroir. 

 

 

3.Le métro

La scène Alors que vous ne rencontrez jamais votre voisin canon qui est fait pour vous (d’après les infos glanées sur le net et dans sa boîte aux lettres), c’est la troisième fois ce mois-ci que vous vous retrouvez nez à nez avec un collègue de seconde catégorie (hors zone de pause clope, dej et alcoolisme de bureau) en entrant dans la rame de métro. Rencontre qui vous oblige à enlever votre édredon de rue (écharpe jusqu’aux yeux, écouteurs, yeux mi-clos) et à tirer un trait sur vos quinze uniques minutes de solitude de la journée.

Le kidnapping  Le regard rivé sur le panneau des stations pour évaluer le temps de votre détention, vous priez pour qu’il ne vous pose pas une question qui requiert de réellement faire fonctionner votre cerveau. Effet combiné du matin et de l’ennui, vous vous apercevez, toutes les vingt secondes, que vous n’avez pas écouté ce qu’il vient de dire, pensée qui vous fait manquer les vingt secondes suivantes, puis vous inquiéter sur votre santé mentale. Du coup, quand sa voix termine sur une note interrogative, vous réalisez avec stupeur que vous êtes même capable de ne pas vous écouter. 

Le plan de sortie Superflu. Vous êtes d’un coup si extérieure à la scène, que vous entamez une mini-crise de panique. Heureusement, vous êtes arrivée à votre station, ce qui vous permet d’avaler une grande goulée d’air en vous promettant de taper «symptômes Alzheimer» dès que vous serez au bureau tandis que votre corps continue à converser en votre absence.
 

 

4.L'ostéopathe

La scène Le cou bloqué, le dos meurtri, vous avez supplié la secrétaire de votre ostéo de vous prendre au plus tôt. Comme vous ne voyez cet homme que dans des situations d’urgence et de faiblesse, vous oubliez systématiquement qu’il a les doigts d’une fée mais la conversation d’un troll. 

Le kidnapping Au fond, vous rêveriez de lui dire «Écoute Jérôme, contente-toi de me faire du bien et tais-toi, tu me saoules». Mais 1) vous avez  déjà tenté cette approche avec votre plan cul et depuis, il ne vous répond plus. 2) vous craignez par-dessus tout de le contrarier et que cela interfère avec sa pratique professionnelle. Ou pire, qu’il vous fasse un truc à la Ken le survivant. Vous êtes donc condamnée à l’écouter, vêtue de votre plus belle culotte, disserter sur ses week-ends trek en forêt avec ses soces.

Le plan de sortie Mettez-vous au trek, épousez Jérôme. 

 

5.Le chauffeur Uber

 

La scène Ivre, vous avez encore commandé un Uber Van au lieu d’une voiture classique. Vous vous retrouvez donc assise au milieu d’un mini-bus six places qui traverse la ville déserte, sanglée à votre siège pour ne pas valser à chaque virage. 

Le kidnapping Après quelques minutes d’un silence que vous espériez éternel, votre chauffeur engage la conversation pour savoir si vous voulez de l’eau et des bonbons avant de vous demander votre avis sur Uber, la Coupe des nations, la Cop21, ou le dernier roman d’Édouard Louis. En temps normal (c’est-à-dire dans un taxi), vous auriez ânonné une sorte de râle significatif de votre vœu de silence. Mais plus rien n’est pareil depuis que vous avez découvert que vous n’étiez notée que 4 sur 5 sur l’appli (oui, c’est une mauvaise note). Vous vous sentez donc obligée d’être aussi polie que s’il s’agissait de faire tamponner votre passeport à la frontière moldave.

Le plan de sortie Soyez vous-même, ne vous épuisez pas à décoder la psychologie de votre chauffeur en fonction de son choix de sapin parfumé. Et s’il pense qu’Édouard est un écrivaillon surévalué, défendez-le, même si cela vous coûte de devoir rentrer chez vous à pied les six prochains mois. 

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