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Nicolas Sarkozy a-t-il vraiment déjà écoulé 67.725 exemplaires de «La France pour la vie»?

Nicolas Sarkozy lors d'uns signature à Strasbourg le 26 janvier 2016. FREDERICK FLORIN / AFP

Nicolas Sarkozy lors d'uns signature à Strasbourg le 26 janvier 2016. FREDERICK FLORIN / AFP

L'éditeur a annoncé de très bons chiffres à l'issue de la première semaine de parution du livre. Mais à quel point cette estimation est-elle l'indice de l'intérêt que suscite l'ancien président?

Le fantasme du «big data» a fini par nous convaincre que nous vivions dans un monde où tout pouvait être enregistré, mesuré, quantifié quasiment en temps réel. Le flou artistique qui règne autour du décompte des ventes de livres vient périodiquement nous rappeler qu'il n'en est rien.

Dernier exemplaire en date: les chiffres de vente du livre de Nicolas Sarkozy, communiqués par son éditeur Plon et compilés par l'institut GfK.

Selon l'institut, l'ancien président de la République aurait écoulé 67.725 exemplaires de son livre lors de la seule première semaine de vente, du 25 au 31 janvier. La précision à l'exemplaire près ne doit pourtant pas nous induire en erreur: il ne s'agit que d'une estimation ou, plus exactement, d'une extrapolation. 

L'estimation des ventes de livres, réalisée par des instituts comme GfK et Edistat, est un sondage dans lequel chaque caisse de librairie consultée est l'équivalent d'un Français interrogé. L'échantillon est constitué de ces points de ventes (libraires, grandes surfaces généralistes ou spécialisées) dits représentatifs de leur ensemble, de même que les mille et quelques Français sondés avant une élection sont censés représenter la population totale selon plusieurs caractérisques (sexe, âge, niveau socioprofessionnel, lieu de vie, etc.)

À partir de ces résultats, les instituts extrapolent à l'ensemble des points de vente, qui sont bien trop nombreux pour être tous analysés en temps réel: cet échantillon est composé de plus de 3.500 points de ventes chez GfK, et d'un nombre qui n'est pas communiqué pour Edistat.

Pour une fois, les chiffres ont l'air bons

Ces précautions rappelées, le livre de Nicolas Sarkozy a bien connu un excellent démarrage: 67.000 donc selon GfK, et au moins 27.000 la même semaine selon Edistat, révèle le site ActuaLitté, mais l'institut nous a donné une précision qui peut expliquer cet écart immense entre les deux estimations: Edistat n'a pour le moment comptabilisé que les libraires. Or, la part de marché des grandes surfaces, très variable, peut être conséquente quand le livre vise un très large public. Les extrapolations finales qui seront livrées d'ici la fin de la semaine devraient confirmer un niveau de ventes très élevé pour le livre du président des Républicains. Encore ces instituts ne comptabilisent-ils que la distribution grand public, à l'exception par exemple des meetings et réunions publiques, qui ne passent donc pas par le réseau de vente classique du livre.

On est donc loin des effets d'annonce trompeurs auxquels l'édition nous a habitués, comme quand l'éditeur communique dans les premières semaines sur les commandes passées auprès des distributeurs et libraires, et non sur les ventes effectives au client final: le lecteur... Le résultat peut être parfois déstabilisant pour le public, quand les ventes d'un responsable politique ou d'une star de la téléréalité sont annoncés avec des écarts abyssaux (c'était le cas Nabilla: 35.000 selon les organisateurs... 1.500 selon la police).

Au-delà de l'intérêt spontané pour ce qu'a à confier Nicolas Sarkozy, les lecteurs ont pu être aiguillés par l'intense couverture médiatique autour de cette sortie «littéraire». Mais l'effet média n'a rien d'automatique: on ne compte plus les campagnes plutimédias qui remplissent toutes les cases –Une de quotidiens et d'hebdos, plateaux télé en prime-time, matinales radio…–, avec tirages conséquents, et se soldent par des bides monumentaux en «sorties de caisse».

Deux autres coups de pouce on bien pu jouer en faveur de l'auteur Sarkozy. D'abord, quelques libraires se sont plaints d'avoir reçu des exemplaires sans les avoir commandés, pratique dite de l'office sauvage. Une telle stratégie sert à pousser les livres dans les rayons, et à s'assurer une belle mise en place en dépit d'un engouement modéré de la part des libraires.

Les militants Les Républicains ont par ailleurs reçu le 22 janvier un e-mail de leur parti les encourageant à précommander le livre de leur président auprès des librairies numériques.

Même dans le domaine de l'édition de livre politique, il reste donc encore une exception Sarkozy; mais l'insistance avec laquelle il s'accroche aux maigres signes d'une popularité préservée a quelque chose de l'énergie du désespoir.

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