Monde

L’Iowa, première victoire du parti démocrate

Jamelle Bouie, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 02.02.2016 à 10 h 46

Les résultats de la primaire le prouvent, l'affrontement serré que se livrent Bernie Sanders et Hillary Clinton mobilise les troupes sur le terrain. Un engagement qui pourrait être payant pour défaire le futur candidat républicain.

Keokuk, Iowa, le 1er février I Michael B. Thomas / AFP

Keokuk, Iowa, le 1er février I Michael B. Thomas / AFP

Des Moines, Iowa

Vers 21 heures ce lundi 1er février, une vidéo du caucus de l’Iowa a commencé à circuler. Dans une circonscription non identifiée, le sénateur Bernie Sanders et Hillary Clinton avaient le même nombre de supporters. Comme il fallait qu’un des deux camps remporte la majorité pour que les capitaines choisissent des délégués, les militants ont donc opté pour la solution classique en cas d’égalité: ils ont tiré à pile ou face. La pièce a parlé en faveur de Clinton, qui a remporté la circonscription.

En tant qu’analystes et observateurs, il va nous falloir jouer au même jeu à grande échelle pour tout le caucus démocrate de l’Iowa. Mardi matin, alors que 99% des circonscriptions avaient communiqué leurs résultats, Clinton obtenait 49,9% des suffrages, mais Sanders en avait 49,6%. Et Martin O’Malley? Il s’est retiré de la course après avoir obtenu moins de 1% (mais cette petite marge pourrait faire toute la différence lors du décompte final entre Clinton et Sanders).

«Un soupir de soulagement»

Hillary Clinton et Bernie Sanders sont presque à égalité, et lors de leurs discours de soirée électorale, aucun des deux n’a tenté de prétendre le contraire. En s’adressant à des militants d’un rassemblement bondé à la Drake University de Des Moines, Clinton a admis «pousser un soupir de soulagement.»

«C’est rare de bénéficier de l’occasion, comme aujourd’hui, d’avoir un véritable débat d’idées, de vraiment réfléchir à fond à ce que représente le parti démocrate, s’est-elle enthousiasmée. Je suis ravie de débattre vraiment avec le sénateur Sanders sur la meilleure manière de nous battre dorénavant, pour nous et pour l’Amérique.»

Pas très loin du rassemblement de Clinton, Sanders, sa femme Jane à ses côtés, s’adressait à une foule immense de militants radieux. «Étant donné les énormes crises auxquelles notre pays est confronté, il est trop tard pour s’adonner à de la politique d’establishment et à de l’économie d’establishment» a-t-il affirmé, dans un concert de «feel the Bern!» [slogan de la campagne de Bernie Sanders, jeu de mots avec «feel the burn», référence à un muscle qui chauffe lors d’un exercice physique intensif, ndlr].

Hillary Clinton, éternelle favorite

Étant donné la violence de cette campagne –lorsque Clinton a déclaré qu’elle était «progressiste» pendant son discours de lundi, des spectateurs qui assistaient à la réunion de Sanders se sont mis à scander qu’elle était une «menteuse»–, il est difficile de penser que ce n’est que le début. Et pourtant si. Avec un nombre presque égal de votes et de délégués dans l’Iowa, les regards se tournent désormais vers le New Hampshire, où Sanders a un avantage décisif. La confrontation suivante sera dans le Nevada –où les sondages sont insuffisants pour prédire le tournant que prendront les événements– et de là nous irons en Caroline du Sud, où Clinton est en tête. Fin février, les primaires démocrates en seront probablement au même point qu’au début: incertaines.

Qu’en sera-t-il de l’issue finale de la course à l’investiture démocrate pour les présidentielles? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais l’égalité dans l’Iowa signifie qu’au fond, la donne n’a pas changé. Pour gagner, Sanders doit dominer dans les États qui lui sont favorables et garder la tête hors de l’eau dans ceux qui lui sont majoritairement hostiles. L’Iowa, avec tous ses jeunes et ses électeurs progressistes, était un test dans la première de ces deux catégories, et il n’a pas réussi à y tirer son épingle du jeu. Pour le dire autrement, en tant que candidate consensuelle pour beaucoup d’électeurs du parti démocrate –elle bénéficie d’un soutien très fort parmi les personnes de couleur, les démocrates modérés et une grande majorité de démocrates progressistes–, Clinton reste la favorite dans la course à l’investiture. Si Sanders veut progresser, et prendre la place de Clinton sur le podium, il va devoir exceller. Ou alors il va falloir qu’elle se plante méchamment. La première solution est un véritable défi, et si la seconde reste possible, après les primaires de 2008 et la surprise de Barack Obama, je ne parierais pas dessus.

Une campagne vigoureuse

Pour ceux qui ont suivi la campagne de 2008, tout cela semble bien fatiguant. Mais si vous êtes un démocrate qui veut remporter la Maison Blanche pour un troisième mandat –ou un progressiste simplement désireux de limiter les dégâts–, vous devriez vous réjouir du combat à venir. Pourquoi? Parce que des primaires belliqueuses vont donner de l’énergie au parti démocrate et le préparer à une élection nationale éreintante et impitoyable.

Dans l’Iowa, par exemple, les chiffres laissent entrevoir une participation égale ou supérieure à celle de 2008. Dans tout l’État, les salles de caucus grouillaient de citoyens désireux de voter pour Clinton ou Sanders. Des gens qui n’avaient jamais participé de leur vie –des étudiants aux retraités– ont fait du démarchage électoral, du bénévolat et ont donné d’une manière ou d’une autre leur énergie aux candidats. Et on peut s’attendre au même genre de phénomène dans le New Hampshire, où les deux camps se battent pour trouver et motiver des militants.

Tous ceux qui participent aux primaires ne donneront pas leur temps, leur énergie ou leur voix lors des élections de novembre. Mais beaucoup le feront, et ainsi consolideront le parti démocrate à un moment où la force est cruciale et où tous les efforts comptent. Si les démocrates accomplissent l’improbable prouesse d’occuper le Bureau ovale pour la troisième fois consécutive, ils considèreront sans doute cette primaire féroce et hargneuse comme la variable cruciale. Ensemble, Sanders and Clinton ont commencé à intéresser des millions d’Américains modérés, progressistes et aux affinités de gauche à l’issue des élections de novembre. Non, comme la campagne de 2012 de Mitt Romney vous le dira, l’enthousiasme ne suffit pas à remporter des élections. Mais ça ne peut pas nuire. Et aujourd’hui, les démocrates voient se profiler à l’horizon un électorat qui ne manque pas d’enthousiasme.

Jamelle Bouie
Jamelle Bouie (46 articles)
Journaliste
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