Partager cet article

Le Rock and Roll Hall of Fame, un panthéon très subjectif pour une vision fermée du rock

Au musée du  rock'n'roll hall of fame | de Bob Hall via Flicker CC License by

Au musée du rock'n'roll hall of fame | de Bob Hall via Flicker CC License by

Cette institution vieille de tout juste trente ans est restée scotchée dans une vision passéiste, faussement variée et un poil méprisante.

303 artistes solos, groupes, duos, producteurs, sidemen ou pionniers du rock'n'roll ont été intronisés au Rock and Roll Hall of Fame depuis sa création, en janvier 1986. De quoi constituer un joli panthéon. Et chaque année, de nouveaux membres sont pompeusement accueillis en son sein. Pour 2015, ce furent Ringo Starr, Bill Withers, Stevie Ray Vaughan & The Double Trouble, Lou Reed, The Paul Butterfield Blues Band, Green Day et Joan Jett & The Blackhearts. Et pour 2016, Cheap Trick, N.W.A., Chicago, Steve Miller et Deep Purple. Ça ratisse large.


Autant le dire tout de suite, les plus célèbres y sont tous: les Beatles, les Rolling Stones, Elvis Presley, Chuck Berry, Bob Dylan, Led Zeppelin et consorts. Seulement voilà: entre des oublis inexplicables, des scènes sous-représentées, et des décideurs discutables, l'institution semble avoir une vision du rock et de sa culture totalement subjective.

Qui est présent dans le Rock and Roll Hall of Fame?

Pour comprendre les manquements du Rock and Roll Hall of Fame, il faut, évidemment, s'intéresser aux noms intronisés. Les bluesmen cités comme pionniers ou influences majeures du rock (Robert Johnson, Muddy Waters, Albert King...), les grands noms du rock de 1953 à 1980, les fers de lance du hard rock (AC/DC, KISS...), les principaux soulmen (Marvin Gaye, Bill Withers, Bobby Womack...), deux artistes reggae (Bob Marley & The Wailers, Jimmy Cliff), une zeste de hip-hop eighties (Run-DMC, Grandmaster Flash & The Furious Five...), des chanteurs plus country (Johnny Cash, Hank Williams...), de la pop en pagaille (Madonna, Michael Jackson, Peter Gabriel...)...

Une culture rock ouverte, qui comprend le lointain passé, ses racines plus proches, les musiques sœurs et des sous-genres majeurs. En somme, si l'on reprend la liste des 500 plus grands albums de tous les temps du magazine américain Rolling Stone, on est pas loin du copier-coller. Et pour cause, le cofondateur de la publication, Jann Wenner, est aussi le principal membre du jury du Rock and Roll Hall of Fame. Les 303 noms sont en parfaite adéquation avec la ligne éditoriale du magazine, qui a justement une vision bien à lui du rock'n'oll. On ne compte plus leurs unes sur les gloires passées du genre, sur «l'âge d'or» 1967-1975... Beaucoup d'artistes critiquent cette main-mise de Wenner sur les intronisations, comme Peter Tork, de The Monkees, en 2007:

«Wenner se fout des règles et agit seulement comme bon lui semble. C'est de l'abus de pouvoir. Je ne sais pas si The Monkees ont leur place au Rock and Roll Hall of Fame, mais il est assez clair que nous n'y sommes pas par jugement personnel. […] Il pense que son jugement moral de 1967 ou 1968 a droit de citer en 2007.»

Des oublis incompréhensibles

En découle une liste d'artistes jamais inclus dans ce «panthéon» surprenante: Meat Loaf, l'un des plus grand vendeurs de disques de tous les temps, Jethro Tull, The Cure, The Smiths, T. Rex, Iron Maiden, Slayer, Motörhead, Joy Division, MC5, Rage Against The Machine, New Order, Yes, Todd Rundgren, King Crimson, Sonic Youth, Depeche Mode, Captain Beefheart, The Jam, Bon Jovi, Brian Eno, Love, Dire Straits, Buzzcocks, Scorpions, Mott The Hoople, Roxy Music (Sex Pistols ont refusé d'y entrer en 2006)... De très grands noms. Bien sûr, pour certains, ce n'est qu'une question de temps, mais il faut avouer que la scène metal est totalement sous-représentée: Slayer, Iron Maiden, Motörhead donc, mais aussi Pantera ou Judas Priest. Une scène bourrée de sous-genres, qui fédère une nombre de fan colossal dans le monde entier et qui n'est que très peu couverte par Rolling Stone.

 

Une ouverture paradoxale

La new wave, la cold wave, le krautrock, le rock prog... Ces scènes sont absentes du Rock and Roll Hall of Fame, alors qu'elles sont absolument majeures. La vision de l'institution semble se limiter à la généalogie de base «country/blues-soul/rhythm&blues-twist/doo wop-rock'n'roll». Encore une fois dans la droite ligne éditoriale de Rolling Stone.

Pourtant, cette liste est ouverte musicalement. Le reggae, la funk, le disco avec ABBA ou les Bee Gees, le hip-hop, la soul... C'est bien. La culture rock s'étend aux autres genres et il faut les représenter. Le Rock and Roll Hall of Fame et Rolling Stone donc le savent bien et respectent cet aspect de l'histoire. Mais pourquoi ces oublis au sein du rock lui-même? Pourquoi s'ouvrir à d'autres styles et pas dans son propre domaine? Il semble plus facile de considérer comme rock'n'roll des styles auxquels le rock ne peut pas être comparé que d'introniser des sous-genres tels que le rock prog ou le metal. Sûrement parce que cela reviendrait à redéfinir le rock lui-même. Et pour quelqu'un comme Jann Wenner, cela semble impossible.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte