Macron, ce ministre dont la vie privée si peu française fascine les Anglais

Emmanuel Macron et son épouse Brigitte Trogneux lors d'une réception à l'Élysée, le 2 juin 2015. ERIC FEFERBERG/AFP.

Emmanuel Macron et son épouse Brigitte Trogneux lors d'une réception à l'Élysée, le 2 juin 2015. ERIC FEFERBERG/AFP.

«Le prochain leader français?» Sous ce titre, le magazine hebdomadaire du quotidien britannique The Times consacre cette semaine un long portrait (en accès payant) à Emmanuel Macron. L'article en apprendra peu au lecteur français sur la ligne politique du ministre de l'Économie, cet homme «qui démolit la croyance française tellement enracinée qui veut que vous ayez besoin d'un État-nounou pour protéger les travailleurs des capitalistes maléfiques» et qui est «peut-être le seul membre de l'exécutif, Hollande inclus, qui a une chance de remporter la présidence en 2017». Ce politique qui «semble s'être confié à lui-même la mission d'altérer la perception de la France comme aile gériatrique de l'Europe» et qui cite Lénine dans le texte («Les faits sont têtus») quand on l'interviewe.

Il est plus instructif, en revanche, sur la fascination qu'exerce la vie privée du ministre, marié à son ancienne professeur de français Brigitte Trogneux, sur les commentateurs français et encore plus étrangers. La première phrase de l'article la résume à elle toute seule:

«C'est en ancien banquier reconverti en ministre des Finances et il est connu pour emmener sa femme, âgée de près de vingt ans de plus que lui, au travail.»

Dans une histoire politique française «remplie d'exemples de ministres qui ont utilisé l'argent des contribuables pour distribuer des emplois à leurs femmes et maîtresses, tout en poursuivant les médias qui ont osé mentionner leurs liaisons», The Times voit donc en Emmanuel Macron une double rupture: à la fois dans la vie privée so not French qu'il mène, mais aussi dans la façon dont, après l'affaire Strauss-Kahn et la médiatisation de la vie sentimentale de François Hollande, celle-ci devient un élément de la construction d'un personnage politique.

«Je ne cache pas ma vie privée parce que je considère que cela serait ridicule et que quand vous vous engagez en politique, vous le faites complètement, commente ainsi le ministre. Je pense que le fait que je suis marié à quelqu'un qui, il est vrai, est plus âgée que moi, suscite la curiosité. C'est singulier. Mais au moins, les gens savent qu'ils ont affaire à quelqu'un qui veut s'engager, ils savent dans quoi vous vous projetez sur une certaine période, comment vous vivez votre vie privée, et cela a du sens.»

L'article entier vaut la lecture pour la façon dont il met en lumière cette articulation entre privé et public. Et aussi, bien sûr, pour rire un peu en voyant la façon remplie de clichés dont le journaliste du grand quotidien conservateur britannique décrit la vie politique de ce côté-ci de la Manche:

«Il y a une poignée d'années, j'entrais dans le même grand bureau du ministère de l'Économie pour interviewer son prédécesseur, qui était le genre de personnes que vous imaginez à ce poste. Arnaud Montebourg –un socialiste grandiloquent attaché au protectionnisme et à une vie amoureuse sophistiquée– trônait à une longue table, entouré de conseillers, promettant de défendre sa nation contre les étrangers menaçant de l'acheter. Quelques mois plus tard, il s'est enivré à une réception du PS, a critiqué les politiques qu'il était supposé mettre en œuvre et a été viré. La ministre de la Culture Aurélie Filippetti, avec qui il entretenait une liaison, a démissionné en signe de soutien.»

Rappelons, à toute fins utiles, que plusieurs commentateurs s'étaient élevés à l'époque contre la façon sexiste dont avait pu être interprétée la démission jugée «romantique» d'Aurélie Filippetti.

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