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L'intelligence artificielle nous a battus au go, mais est encore loin de régner sur le monde

PHILIPPE HUGUEN/AFP.

PHILIPPE HUGUEN/AFP.

Annoncée cette semaine, la première victoire d'une intelligence artificielle, le programme AlphaGo de Google, sur un champion de go a fait la une des médias du monde entier. Mais qu'annonce cet exploit effectivement impressionnant (le go compte plusieurs centaines de mouvements possibles à chaque coup) pour l'avenir de l'intelligence artificielle en général? Dans un post publié sur Medium, Gary Marcus, un spécialiste de l'intelligence artificielle, introduit quelques bémols: «Il y a de quoi vraiment s'enthousiasmer, mais aussi beaucoup de hype et de confusions à propos de ce que nous venons de voir.»

Tout d'abord –et c'est un constat également fait par Wired, par exemple–, Marcus pointe que le joueur battu par la machine, le champion d'Europe de go Fan Hui, est classé «seulement» 633e mondial de sa discipline: «Un robot qui battrait un tennisman classé 633e mondial serait impressionnant, mais il ne serait pas juste de dire qu'il "domine" le jeu.» Marcus pointe un débat de spécialistes qui situe AlphaGo à la 279e place mondiale. En mars, le programme affrontera Lee Sedol, un Coréen considéré comme un des meilleurs joueurs du monde.

Marcus estime également que la victoire d'AlphaGo ne constitue pas, comme le croient beaucoup, la preuve d'une victoire de l'école des réseaux de neurones artificiels en matière d'intelligence artificielle, le programme constituant une intelligence «hybride» incorporant encore des techniques fondatrices de l'intelligence artificielle: «En 2016, les réseaux neuronaux sont devenus de plus en plus puissants, mais offrent encore très peu de garanties quand à leur capacité à travailler avec des données du monde réel.» Il souligne qu'IBM a eu du mal à transposer dans le monde réel les succès de ses champions d'échecs ou de Jeopardy DeepBlue et Watson, et conclut:

«L'intelligence artificielle est encore peu à l'aise dans le monde réel. La question clef –dont personne ne connaît la réponse pour l'instant– est de savoir si un succès au go va nous y amener plus vite.»

Le Wall Street Journal soulève un bémol du même genre en soulignant que, selon des experts, «AlphaGo est loin d'être un programme "général" d'intelligence artificielle de haut niveau qui pourrait résoudre virtuellement n'importe quel problème» –d'ailleurs, si l'intelligence artificielle est forte au go, elle rencontre bien plus de difficultés au poker, ce jeu d'incertitude, de psychologie et de bluff.

Interviewé par Wired, le philosophe Nick Bostrom offre lui aussi une réponse assez nuancée sur la symbolique de la victoire d'AlphaGo: «Il y a eu, et il y a encore, beaucoup de progrès dans l'intelligence artificielle la plus à la pointe. La technologie sous-jacente ici est tout à fait dans la continuité de ce qui s'est développé dans les dernières années.» L'article resitue l'exploit dans le cadre de la rivalité entre différents groupes et souligne que cette victoire n'est juste qu'un «prélude». Mais à quoi? Interviewé par Business Insider, le chercheur Martin Mueller essaie de nous rassurer: «Les jours où une intelligence artificielle à la AI pourra régner sur le monde sont probablement encore très éloignés, selon lui: [...] "Ce n'est pas Skynet, c'est un programme de go.»

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