Christiane Taubira, ministre de tous les paradoxes

Christiane Taubira, le 27 janvier 2016. REUTERS/Christian Hartmann

Christiane Taubira, le 27 janvier 2016. REUTERS/Christian Hartmann

Huit Français sur dix approuvent sa démission et pensent qu'elle ne ferait pas une bonne candidate à l'élection présidentielle –mais pas pour les mêmes raisons

Les sympathisants et électeurs de gauche sont-ils si accros que cela à Christiane Taubira, régulièrement présentée comme icône, pasionaria ou conscience morale de son camp? Plusieurs sondages parus dans la foulée de sa démission incitent à relativiser cet engouement inconditionnel –et, au passage, à nuancer son image de ministre laxiste.

Sur trois aspects de son parcours politique, son bilan, son départ, et son avenir, des enquête permettent de mieux cerner l'image de Christiane Taubira.

Premier paradoxe: on apprend tout d’abord que 8 Français sur 10 approuvent son départ, selon un sondage Elabe pour BFMTV. Sur ce point au moins, la ministre a mis tout le monde d’accord... En apparence. Car c’est à droite que l’immense majorité des sympathisants «saluent» cette démission, c’est à dire se félicitent qu’elle ne soit plus en responsabilité. Si à gauche, ils sont 68% à approuver cette décision, c’est plutôt parce qu’une bonne partie des sympathisants de ce camp apprécient qu’elle soit restée fidèle à ses convictions, puisque qu'elle s'est opposée à plusieurs reprises à la politique du gouvernement Valls et que c’est le dossier de la déchéance de nationalité qui a finalement déclenché son départ.

La longévité du mythe «Taubira laxiste»

Ces mouvements contraires de l’opinion se lisent également dans l’appréciation de son bilan. Le mariage pour tous, réforme emblématique de l’ex-ministre de la Justice (et du quinquennat), remporte l’adhésion d’une majorité de Français –56% selon un sondage Opinion Way pour Le Figaro. Mais sur le reste, en particulier la politique pénale, il n’y a guère qu’un quart des personnes interrogées pour la suivre. La suppression des peines plancher est d’ailleurs impopulaire même chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de François Hollande au premier tour, qui ne sont que respectivement 41 et 42% à l’approuver. Christiane Taubira n’est donc pas seulement le repoussoir de la droite et de l’extrême droite: son action au gouvernement recueille un accueil mitigé des sympathisants de son propre camp sur plusieurs pans de sa politique.

Que Christiane Taubira demeure le punching-ball favori de la base militante de la droite et de l'extrême droite est en quelque sorte l'envers de son statut d'icône: vénérée parfois comme une rock star plutôt que comme une responsable politique, Taubira a su jouer de son charisme pour devenir le réceptacle de tous les espoirs des militants de gauche. Portée par ce succès, elle a fini par incarner la volonté et la capacité d’avoir prise sur le monde social, là où justement partout ailleurs, la gauche donne l'impression de ne pas pouvoir changer les choses. Par une drôle d’ironie, c’est justement cette illusion de toute-puissance qui l’a faite haïr de la droite, qui la voit depuis le début du quinquennat comme une incarnation du laxisme judiciaire, là où l’analyse de son bilan pousse à plus de mesure. On peut noter que le Syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP) a souligné sa rigueur auprès de l'administration pénitentiaire, bien loin de l'image qui lui colle à la peau.

Une envie modérée à gauche

Troisième surprise sondagière: les Français s’accordent à 82% pour penser qu’elle ne ferait pas une bonne candidate à l’élection présidentielle. Et là encore, cette unanimité de façade masque des opinions très hétérogènes. Pour la droite, sa candidature serait bien entendu un cauchemar, puisqu’elle restera pour une partie de électorat la ministre qui a personnifié le laxisme, la culture de l’excuse et l’atteinte à la famille traditionnelle.

Pour une partie des sympathisants de gauche, l’évocation d’une candidature Taubira provoque une réminiscence douloureuse: celle de l’élimination au premier tour de l’élection présidentielle de Lionel Jospin en 2002. Longtemps, Taubira et ses 660.447 voix (2,32%) ont été tenus –un peu rapidement– pour responsables de l'échec du candidat du PS et de la présence inédite de celui du FN, Jean-Marie Le Pen, au second tour.

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