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L’Old Cataract d’Assouan en Égypte, palace de légende

Sofitel Legend Old Cataract Assouan © Fabrice Rambert / Avec l'aimable autorisation de AccorHotels

Sofitel Legend Old Cataract Assouan © Fabrice Rambert / Avec l'aimable autorisation de AccorHotels

Le pays des pharaons sort à petits pas de la grave crise qui a frappé le tourisme culturel, la visite des pyramides, la descente du Nil et le séjour dans les grands hôtels du Caire, d’Alexandrie, d’Assouan chargés d’histoire. Enquête autour de l’Old Cataract cher à François Mitterrand, six séjours dans la suite présidentielle 1001 jusqu’en 1995.

En deux ans, la fréquentation touristique en Égypte a fortement augmenté. La sécurité des voyageurs semble mieux assurée autour des sites névralgiques, les monuments funéraires, les environs des grands hôtels et les aéroports… À l’Old Cataract et au Sofitel Winter Palace de Louxor, gérés par le groupe Accor, on a affiché complet pendant les fêtes de fin d’année –jusqu’à la mi-janvier pour la Noël des coptes. Dans ces deux unités hôtelières de prestige, il y a eu jusqu’à 85% de Français pour le passage de 2015 à 2016.

En fait, l’Égyptomania est de retour, même si des campagnes de promotions, une meilleure mise en valeur des sites de l’ancienne Égypte, des musées, des lieux saints restent à faire –55 % de taux d’occupation en novembre, c’est une statistique à améliorer. Le climat est alors printanier, de 25 à 30 degrés, contre 40 en juin et 50 degrés en juillet et août, chaleur torride et sécheresse.

L'«english way of life»

C’est Thomas Cook, un génie du voyage, qui a fait construire à la toute fin du XIXe siècle l’Old Cataract pour la gentry anglaise –l’Égypte est alors une colonie britannique– et pour les familles des soldats de la royauté combattant à El Alamein. C’est pourquoi la magnifique façade marron et blanche respecte les canons de l’architecture victorienne. Les parties communes, salons, lobby, couloirs et la centaine de chambres et suites sont en marbre blanc et boiseries brunes, comme le bar aménagé façon club londonien aux fauteuils profonds et lumières douces. 

Rien n’a vieilli dans cet édifice majestueux qui fait face aux lacets du Nil dont la brise rafraîchit les résidents: 130 privilégiés au début janvier, piscine chauffée sous les palmiers et vue panoramique sur les collines des îles voisines avec au loin le désert de Nubie. L’«english way of life» dans l’Égypte préhistorique a enchanté des générations de pèlerins attirés par de fascinants itinéraires d’Assouan à Louxor et sur les bords du Nil, le fleuve primordial.

Vue sur le Nil à l'Hôtel Sofitel Legend Old Cataract Assouan © Fabrice Rambert / Avec l'aimable autorisation de AccorHotels

L'eau, elixir de vie

De la Promenade, la coursive qui longe la façade de l’Old Cataract –«une merveille d’hôtel», a écrit Philippe de Rothschild (1902-1988)–, on franchit quelques mètres sur la rive sud du Nil pour s’embarquer sur une felouque à voiles ou à moteur qui descend le fleuve sacré jusqu’à la frontière sud du pays des hiéroglyphes –au-delà, ce sont «les terres sauvages d’Afrique», disait-on à l’époque de Champollion.

Sur les eaux accueillantes du fleuve aux crues qui fertilisaient les champs, ce sont des «life giving waters», des eaux qui apportent la vie, vous allez vivre un grand moment d’émotion à quelques kilomètres d’Assouan (250.000 habitants), assis sur les banquettes en bois recouvertes de coussins colorés, l’embarcation longe l’île Eléphantine, ex-Abou (ivoire), aux rochers de granit noir dessinés comme des oreilles d’éléphant jusqu’à l’île Kitchener où l’on peut visiter le jardin botanique.

Pèlerinage

Au fond du paysage ocre, nu comme le désert, voici l’imposant mausolée de l’Aga Khan, chef spirituel des Ismaéliens nizârites, qui avait choisi les collines d’Assouan car le dieu vivant y faisait soigner ses rhumatismes. Il avait épousé en 1944 une française, Yvette Blanche Labrousse, élue Miss France en 1930, devenue la Bégum. En 1957, la dépouille de l’Aga Khan fut déposée dans ce monument funéraire, et en juillet 2000, décédée au Cannet, le corps de la Bégum rejoindra son époux.

Des dizaines d’embarcations immobiles, certaines arborant le drapeau tricolore, attendent les visiteurs au gré du vent sur les eaux du Nil

Le mausolée ne se visite plus, mais Karim, le petit-fils de l’Aga Khan qui vit en France, y effectue un pèlerinage annuel entouré de ses fidèles. Il réside alors dans la suite présidentielle de l’Old Cataract, au premier étage –vaste terrasse sur la piscine bleutée et le panorama de l’île Eléphantine.

Ce matin de la mi-janvier, sous un soleil caressant, la felouque de Mohamed, né en face sur l’île aux ruines antiques, ne croisera que cinq bateaux identiques en deux heures de navigation sur le fleuve. Des dizaines d’embarcations immobiles, certaines arborant le drapeau tricolore, ancrées sur les deux rives, attendent les visiteurs au gré du vent sur les eaux du Nil, en aval de la première cataracte, voilà l’un des plus fascinants périples sur les traces du berceau de l’Humanité –Assouan, IVe millénaire avant J.C.

Un mythe vivant

Pour les voyageurs occidentaux qui ont choisi de vivre à l’Old Cataract, la navigation en felouque (felucca) demeure l’excursion majeure, l’expérience maritime fondatrice: des bacons et terrasses du palace de 117 ans, l’attirance du Nil est irrésistible. Sur les bords du fleuve aménagés, des cafés en demi sommeil voisinent avec de grands hôtels en construction. Quand ouvriront-ils? Le tourisme de masse en Égypte n’est plus ce qu’il était.

Sofitel Legend Old Cataract Assouan © Keylani Ammar / Avec l'aimable autorisation de AccorHotels

Disons-le, l’Old Cataract, véritable promontoire majestueux dressé sur les arabesques du Nil, conserve son statut particulier de mythe vivant de l’hôtellerie internationale, croisement du luxe à l’orientale et du charme britannique –ce fut aussi un Pullman français. C’est le contraire d’un cinq étoiles impersonnel, massif et grouillant d’animations –à peine cent clés, du marbre blanc partout, des couloirs sans fin, de hauts murs pour préserver une bonne fraîcheur et un confort à l’anglaise.

Les ascenseurs en bois d’époque ont été repensés dans les années 2010 quand la décoratrice française, Sybille de Margerie, a été chargée d’insuffler, en trois ans de travaux (hôtel fermé), de la modernité –l’air conditionné– à l’ensemble du bâtiment 1900, icône de l’Égyptomania. Associée à l’atmosphère postcoloniale, la grandeur victorienne, l’espace, les jardins, l’étiquette (maillots de bains interdits dans les parties communes) ont été bel et bien préservés. Ce palace de marbres et de bois, conçu par Thomas Cook, a enchanté des générations de lords et ladies, Lord Connaught, Winston Churchill qui installait son chevalet sur la terrasse de la suite présidentielle 1001, et Agatha Christie, cliente dans la 1002, s’inspirait de l’air ambiant et des coulisses du palace pour nourrir son roman policier Mort sur le Nil.

François Mitterrand a aimé ce luxueux refuge baigné du souffle tellurique de la civilisation des pharaons

Deneuve, Pitt, Sarkozy…

Tout le gotha du globe ou presque s’est toqué de la magie ensorcelante de l’Old Cataract: le succès planétaire du palace a été tel que l’on a construit dans les années 1960 une nouvelle aile de dix étages, couleur ocre, s’élevant en face du Nil et de la piscine. L’emplacement reste parfait, la bâtisse sans charme, façon Sofitel de province, et les nuitées de bon prix.

Par chance, le gouvernement égyptien qui a nationalisé l’Old Cataract n’a pas autorisé l’agrandissement de l’hôtel qui est resté tel quel, noblesse des formes façon très vieille Angleterre.

On n’en finirait pas de dénombrer les «rich and famous» comme Catherine Deneuve, Brad Pitt et Angelina Jolie, qui ont élu domicile dans les vastes suites surplombant le Nil ainsi que tous les princes qui nous ont gouverné, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy Premier ministre, Lionel Jospin, Jack Lang, fidèle compagnon de François Mitterrand, l’amoureux du palace, une à deux semaines en fin d’année en compagnie d’invités et d’amis. La suite présidentielle, un balcon sur le Nil, lui était réservée, terrasse panoramique –au premier étage, un appartement de 300 mètres carrés, un grand salon, une chambre avec vue sur le fleuve, une salle à manger et le bureau en acajou sur lequel Sir Winston rédigeait sa correspondance à Sa Majesté et où le président français s’adonnait à la lecture d’œuvres classiques dans le silence.

Mazarine dans la piscine

François Mitterrand a aimé ce luxueux refuge baigné du souffle tellurique de la civilisation des pharaons. Il a appris à connaître les coins et recoins de l’Old Cataract réchauffé par le soleil caressant du début de l’année.

Le Sofitel Legend Old Cataract © Fabrice Rambert / Avec l'aimable autorisation de AccorHotels

Sur la Promenade dallée de marbre, il s’asseyait face aux ruines millénaires d’Éléphantine: c’était le Sphinx contemplant le mausolée en forme de quadrilatère où repose l’Aga Khan. Là, le président socialiste est traversé par «l’étrange compagnonnage avec la mort» (Alain Duhamel) qui occupait son esprit, «curieux des derniers moments de la vie», comme le souligne Marie de Hennezel. Ah combien l’emplacement chargé d’histoire est propice à la méditation, au ressourcement de soi !

Les plus anciens employés de l’Old Cataract (260) évoquent avec sensibilité le sourire de Mazarine qui se baigne dans la piscine tandis que son père, l’après-midi de fortes chaleurs, est conduit à la villa du président Moubarak à Assouan. C’est ici que le premier des Français se baigne loin des regards des résidents de l’Old Cataract avant de guetter le coucher du soleil sur les collines dorées des îles voisines, un instant de pure contemplation partagé avec le docteur Jean-Pierre Tarot, anesthésiste réanimateur, qui l’a accompagné jusqu’à son dernier souffle.

En cuisine, l'inspiration française

Au déjeuner, il se fait servir un repas exotique sur la terrasse aux deux chaises longues de sa suite. Mansour, le maître d’hôtel rond comme Pierre Troisgros, se souvient de tablées de dix à vingt convives où l’on apporte des mezzé froids ou chauds, du couscous, de l’agneau, des samossas farcis et les poissons blancs du Nil agrémentés de langoustes ou de homards.

Le soir, il prend place au 1902, le grand restaurant en forme de cathédrale de bois et de marbre, doté d’un dôme lumineux de vingt-sept mètres de haut –une sorte de chef-d’œuvre d’architecture byzantine construit en 1902 par l’architecte anglais Henri Favarger. À coup sûr, un admirable monument de l’hôtellerie égyptienne, cent couverts, des mezzanines sur les côtés, un piano à queue et le 2e concerto de Tchaïkovski en fond sonore. C’est là qu’il faut se restaurer, dès la nuit tombée.

La cuisine, envoyée par le chef exécutif Waled Kamal, est imprégnée des préparations et techniques françaises –un maître cuisinier de l’Hexagone vient à l’Old Cataract tous les deux ans afin d’améliorer le récital des plats: salade de homard aux poissons du Nil (36 euros), magret fumé aux asperges (24 euros), burger de foie gras aux pommes fruits poêlées (30 euros), pigeons en ravioles (27 euros), le tout arrosé de Brouilly, de Chianti ou de vins blancs et rouges du pays.

Restaurant 1902 au Sofitel Legend Old Cataract Assouan © Fabrice Rambert / Avec l'aimable autorisation de AccorHotel

François Mitterrand a beaucoup contribué à la notoriété du palace victorien, un oasis de sérénité et d’évocations fascinantes, porteuses d’un supplément d’âme.

Revoir le couvert

Vieux de 117 ans, contemporain du Ritz de Paris, l’Old Cataract a survécu dans son jus, bien calé sur ses fondations granitiques d’une beauté sauvage. En cela, le cinq étoiles de Thomas Cook reste une destination unique dans la Haute Égypte.

Concernant les plaisirs de bouche, les cartes des quatre restaurants disséminés dans le parc doivent être modifiées, remodelées par des chefs français plus présents afin d’adapter les préparations, viandes, poissons, desserts, à la noblesse de l’Old Cataract.

Pour l’heure, le déséquilibre est patent entre le gîte et le couvert, entre les nourritures quotidiennes et le charme indéniable du grand hôtel: cela doit être comblé. Il faut une vraie harmonie entre les prestations offertes à table et le bien vivre à l’Old Cataract que l’on quitte à regret. C’est une exigence capitale pour l’avenir du mythique palace de Thomas Cook.

Sofitel Legend Old Cataract

• Abtal Al Tahrir, Aswan. Tél.: +20 97 2316000. Adresse mail : [email protected] Chambres à partir de 160 euros, 120 euros au nouvel hôtel. Repas de 40 à 90 euros. SPA, piscine chauffée, limousine à l’aéroport. Par Egyptair, escale au Caire, puis vol vers Assouan, sept heures en tout.

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