À Berlin, un bénévole fait croire qu'un réfugié est mort d'épuisement devant un centre administratif

À Berlin, le 5 janvier 2016 I REUTERS/Hannibal Hanschke

À Berlin, le 5 janvier 2016 I REUTERS/Hannibal Hanschke

La rumeur du décès d'un Syrien de 24 ans a choqué toute la ville avant d'être démentie. Les associations d'aide aux réfugiés craignent maintenant un retour de bâton.

L'info a fait mercredi le tour des réseaux sociaux et a trouvé un certain écho dans la presse allemande: à Berlin, un réfugié serait mort de fatigue, de maladie et de froid après avoir attendu durant des jours devant l'entrée du Lageso (abréviation de Landesamt für Gesundheit und Soziales), l'autorité chargée de l'inscription administrative des réfugiés accueillis par la capitale allemande.

Quelques heures plus tard, les premières bougies mortuaires étaient déposées devant les locaux du réseau berlinois Moabit hilft, qui vient en aide depuis des mois aux milliers de réfugiés qui attendent leur tour devant les portes du Lageso et qui a diffusé cette information sur les réseaux sociaux. Le groupe des Verts au Parlement de Berlin a demandé la démission du sénateur à la santé et aux affaires sociales Mario Czaja (CDU) si l'affaire était confirmée.

Le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung rapportait ainsi les détails livrés par le réseau Moabit hilft:

«Un jeune homme de 24 ans originaire de Syrie aurait attendu en vain durant des jours dans le Lageso, sans certificat médical et sans assistance. Il aurait eu une forte fièvre et était “totalement décharné. L'infection grippale de laquelle il souffrait depuis un moment aurait empiré durant ces derniers jours jusqu'à qu'il se soit effondré mardi soir devant le bâtiment administratif. “Un bénévole a ensuite appelé une ambulance, d'après Diana Henniges [porte-parole de l'association Moabit hilft, ndlr]. Le jeune homme serait mort peu après d'un arrêt cardiaque durant le trajet vers l'hôpital.»

Une foule d'intoxs

Sauf que pas une seule de ces lignes n'est vraie. L'histoire a été inventée de toutes pièces par un bénévole de Moabit hilft, explique la chaîne de télévision locale Rundfunk Berlin-Brandenburg. Celui-ci a raconté sur Facebook avoir lui-même appelé l'ambulance. Son post a été repris tel quel par les autres bénévoles du réseau, qui travaillaient avec lui depuis plusieurs mois et voyaient en lui une personne de confiance.

Après avoir passé la journée à refuser tout appel téléphonique et désactivé son compte Facebook, le bénévole a finalement avoué son mensonge à la police, rapporte l'hebdomadaire Die Zeit. Il aurait même réactivé son compte Facebook aujourd'hui et présenté des excuses publiques, avant de le supprimer à nouveau, expliquent d'autres membres de Moabit hilft au quotidien Die Welt, qui disent se sentir «trahis» par son acte:

«Si cela soulage sa conscience, cela ne soulage pas la nôtre.»

Cette histoire sidérante provoque aujourd'hui l'indignation des associations de bénévoles, qui craignent qu'elle ne jette le discrédit sur leur travail aux yeux de l'opinion publique, comme le souligne le quotidien Die Tageszeitung:

«En ces temps où chaque semaine, de nouvelles intox circulent sur les réseaux sociaux à propos de soi-disants fautes commises par des étrangers et où chaque nouvelle qui a un rapport avec les réfugiés devient une affaire politique, la crédibilité est un bien précieux. En même temps, il est clair que les gens font des erreurs, en particulier les gens qui sont débordés, parce qu'ils essaient depuis des mois sur leur temps libre de corriger les erreurs des autres.»

«Une des actions les plus perfides que j'ai jamais vues»

La classe politique berlinoise est échauffée par l'affaire. Le sénateur de l'Intérieur de Berlin, Frank Henkel (CDU), a demandé à ce que des poursuites soient engagées contre le bénévole à l'origine de l'intox, ajoutant que «c'est une des actions les plus pourries et plus perfides que j'ai jamais vues».

Dans une interview publiée dans le quotidien local Der Tagesspiegel, le député berlinois Christophe Lauer, transfuge du Parti pirate, pointe la responsabilité des élus au sujet des conditions déplorables dans lesquelles sont accueillis les réfugiés au Lageso, qui ont été maintes fois dénoncées par la presse locale ces derniers mois:

«C'est la faute de Frank Henkel et Mario Czaja si cette rumeur a pu se propager si rapidement et rendre folle la moitié de la ville. Henkel et Czaja sont directement responsables des conditions intenables au Lageso et c'est seulement à cause de cela que l'opinion publique considère comme plausible le fait qu'un réfugié meure devant le Lageso. Personne n'a envie qu'il y ait des morts, mais chacun table sur ce fait depuis des mois à cause de la situation au Lageso.»

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