Partager cet article

Taubira et la communauté LGBT, un espoir frustré

Une manifestation de soutien à Christiane Taubira, le 15 février 2013 à Bordeaux. REUTERS/Thomas Richard.

Une manifestation de soutien à Christiane Taubira, le 15 février 2013 à Bordeaux. REUTERS/Thomas Richard.

Difficile de ne pas suivre le raz de marée pro-Taubira quand on est LGBT: sur Twitter ou Facebook, certains la souhaitent même présidente de la République. Mais son bilan est loin d'être glorieux pour les minorités dont elle est le symbole.

Depuis la démission de Christiane Taubira mercredi, c'est une avalanche de remerciements de la part de la communauté LGBT. Hey, si la France a le mariage pour tous, c'est grâce à elle. L'ancienne ministre de la Justice fut la seule à prendre des risques pour le passage de la loi qui a mis des centaines de milliers de Français dans la rue et qui a pourri le climat politique de 2012-2013. Elle a brillamment défendu le projet de loi, avec une aisance oratoire qui manque si cruellement à l'Assemblée nationale –vous savez, cet endroit où les hommes et les femmes politiques disent quotidiennement des énormités.

Et pour en rajouter, même le président de la République a salué Christiane Taubira pour le mariage gay, ce qui est très ironique quand on se rappelle que François Hollande a complètement raté le coche de cette réforme sociétale, la seule de son mandat (on ne parle même plus du droit de vote pour les étrangers). Pour Hollande, résumer Taubira à ça, c'est réduire son legs à une loi qui est finalement surtout symbolique, particulièrement quand on prend la mesure de la baisse des mariages pour les personnes du même sexe en 2015. En effet, pour la communauté LGBT, le mariage pour tous était le début du changement, pas son aboutissement. Politiquement, c'est méprisant –une attitude qui semble être la marque du gouvernement Valls.

Je t'aime, moi non plus

Yagg le dit: «Bien, mais peut mieux faire». Car la dynamique du mariage pour tous n'aura rien produit de notable. Le gouvernement socialiste a si mal géré le mariage gay que c'est toute la politique envers les minorités qui a été abandonnée. Celle qui, en 2002, avait si brillamment défendu l'idée minoritaire n'a pas su, ou pas pu, ou pas voulu, développer son «éthique» bien à elle.

Nous le disions déjà l'année dernière : nous nos sommes fait avoir. Ce mariage pour tous a été si calamiteux qu'il a mis à la poubelle toutes les autres demandes de la communauté LGBT. Et parmi ces demandes, nombreuses sont celles qui découlaient du mariage gay, comme la PMA ou l'avènement des droits des personnes trans, qui sont réellement à l'avant-garde du combat militant à travers le monde. La lutte contre l'homophobie aurait dû être une des prérogatives de Christiane Taubira et des exigences très fortes se trouvent désormais oubliées alors que les pays voisins de la France avancent.

Les fenêtres d'opportunité pour changer les mœurs  de la société française se ferment les unes après les autres et elles ne s'ouvriront pas avec un second mandat Hollande, c'est évident. Le président réélu ne fera rien pour aider la vie quotidienne des personnes trans. Il n'offrira pas aux couples de lesbiennes la possibilité d'avoir un enfant et celles-ci devront continuer d'aller à l'étranger pour des procédures qui devraient être vécues avec joie et confiance dans leur propre pays. François Hollande est désormais un président inquiétant et de nombreux observateurs pensent que Christiane Taubira aurait dû quitter le gouvernement plus tôt pour sauver son âme.

Un amour déçu

Je fais partie de ces gays qui aiment Christiane Taubira entièrement. Ce qu'elle représente, ce qu'elle dit, comment elle le dit. Elle était notre seul espoir, mais elle a échoué sur de nombreux sujets.

Il est évident que son bilan en demi-teinte est surtout le fait d'un président entouré de faucons qui auront tout fait pour contrecarrer le rôle du ministère de la Justice. Ce qui est le plus triste dans cet échec, car c'en est un, c'est que la ministre d'État ne s'est pas fait entendre. Et son silence sur les sujets LGBT semble désormais bien secondaire si on souligne celui, gravissime, sur l'état d'urgence et l'injustice des assignations à résidence, qui concernent une majorité de musulmans. L'injustice a grandi en France. Finalement, propager la parole d'Aimé Césaire ne garantit pas la protection des plus exclus, surtout quand on dirige le ministère de la Justice.

On a beaucoup espéré avec Taubira, mais on a surtout été frustrés. En politique, la frustration, c'est un mot poli pour le désespoir.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte