Non, le plaisir anal, ce n'est pas sale (ne t'en fais pas Kanye West)

Kanye West le 31 août 2015, lors des  MTV Video Music Awards à Los Angeles. REUTERS/Mario Anzuoni

Kanye West le 31 août 2015, lors des MTV Video Music Awards à Los Angeles. REUTERS/Mario Anzuoni

Sur Twitter, son ex Amber Rose affirme que le rappeur était friand de doigté anal. Les internautes se sont moqués, à tort.

«Oooh Kanye West, est-ce que tu es énervé parce que je ne suis plus là pour jouer avec ton trou du cul? #DoigtsDansLeCulPetitCoincé»

Avec cette phrase, et surtout ce hashtag, la modèle Amber Rose a mis en émoi une bonne partie d’internet mercredi 27 janvier. À l'origine de cette réplique imagée, un long règlement de comptes par tweets de Kanye West envers le rappeur Wiz Khalifa, pour une sombre incompréhension impliquant son futur album Waves, de l'herbe et Kim Kardashian. Sauf qu'Amber Rose, qui est sortie avec les deux, s'est trouvée prise pour cible. Après son message, les gens ont très vite réagi pour déclarer que cette dernière était sortie grande gagnante du duel avec le rappeur.

Les hétéros sont élevés dans la «sodophobie»

Si le mannequin a bien évidemment eu raison de répondre aux attaques sexistes de Kanye West, elle a tort de présenter la pénétration anale d’un homme hétérosexuel comme honteuse. L’idée, tristement ancrée dans les esprits, poussa le journaliste Hugo Lindenberg à demander en 2010 sur le site des Inrocks: «La pratique anale chez les garçons est-elle –tournevis mis à part– une affaire de pédés?» En effet, dans l’histoire de notre rapport à la sexualité, les hétéros ont souvent pensé que ce type de plaisir faisait d'eux des «homosexuels refoulés».

«Les garçons apprennent très tôt la fierté de dominer leur anus et la société dresse la liste des parties du corps avec lesquelles ils sont censés prendre du plaisir, estimait alors Louis-Georges Tin, auteur de L’Invention de la culture hétérosexuelle. Les tétons et l’anus n’y figurent pas. Or, les individus se définissent sexuellement autant par leurs goûts que par leurs dégoûts. Et il existe un véritable rejet de l’anus, qui confine à la sodophobie.»

Le blocage psychologique agit donc chez les hommes, soucieux de ce qu'ils estiment être de la pure masculinité, mais aussi chez les femmes, qui elles aussi pensent parfois à l’homosexualité quand elles pénètrent un homme avec leur(s) doigt(s). Et pourtant, l’anus peut être pour l’homme une source de plaisir sexuel intense puisé dans la prostate. Le sexologue Alain Héril expliquait alors que «l’orgasme classique ne concerne que les parties génitales, celui de la prostate, qu’on peut atteindre même avec les doigts, remonte le long de la colonne vertébrale et engage le corps entier.»

«C'est pas trop gros ça?»

Depuis quelques années, des godes à la forme non-phallique sont mis sur le marché afin de débloquer quelque peu les esprits les plus fermés, et même de partager le plaisir de la pénétration avec sa compagne féminine. Il y a quelques jours, le blog de Libération Les 400 culs est allé voir le patron du sexhop Demonia, Miguel, qui leur a détaillé le principe du «gode share», un double gode permettant aux deux personnes de profiter des sensations procurées par la pénétration.

«Quand je tombe sur un client qui a de l’humour, et qu’il me demande “c’est pas trop gros ça? en me montrant ce qu’on a de plus fin, je réponds de temps en temps “Oh vous savez, on fait tous des cacas plus gros que ça. C’est tellement pas glamour que j’évite de trop le dire. Mais ça désacralise le truc.»

Au-delà du simple plaisir, cette pratique a également un but paritaire en matière de sexe. Car l'anus, «le même pour tous, annule la différence sur laquelle repose l’inégalité entre les sexes», estime l'auteure du blog. Quoiqu’en pense le milieu du rap, Kanye West ne devrait donc pas avoir honte d’aimer ce petit plaisir dont beaucoup d’hommes hétérosexuels se privent encore et encore, effrayé à l'idée d'être à la fois passifs et actifs durant l'acte sexuel.

Partager cet article