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Avant que des médecins noirs ne lui sauvent la vie, Dave était raciste

Racisme | Backbone Campaign via Flickr CC License by

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Originaire de la minorité blanche du Zimbabwe, il a totalement changé de vie après un accident de plongée.

C'est une histoire comme on aimerait en lire plus souvent que rapporte Jetzt.de, le magazine jeunesse en ligne du quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung. Celle de Dave, un descendant de colons du Zimbabwe, qui a été élevé par sa famille dans le mépris des noirs:

«Certes, l'époque coloniale est terminée depuis 1980, mais le style de vie de la famille a peu changé jusqu'à la génération de Dave. Elle fait partie de la minorité blanche au Zimbabwe, mais cette minorité possèdait pourtant encore 95% de toutes les fermes dans les années 1990. Enfant, Dave est habitué à ce que les noirs travaillent dans le jardin de ses parents, le conduisent en voiture à la ville et nettoient la maison. Il va à la meilleure école du pays, une école uniquement pour les enfants blancs.»

À l'adolescence, Dave et sa bande de copains blancs commencent à traîner dans les bars. Quand ils sont saouls, ils ont pour habitude d'insulter copieusement les serveurs noirs des établissements qu'ils fréquentent. Dave est devenu comme le reste de sa famille: un raciste. Jusqu'à ce qu'il lui arrive un accident bête, l'été de ses 22 ans. Il plonge depuis un rocher dans un lac, à un endroit peu profond. Il se brise la nuque et perd 80% de sa motricité. Il restera à l'hôpital durant des mois:

«Sa famille est dépassée par la situation et prend ses distances. Les copains avec qui il faisait la fête lui transmettent leurs souhaits de bon rétablissement mais sont trop occupés pour lui rendre visite. Durant les six premiers mois après l'accident, les seules personnes à qui Dave a à faire sont les médecins et les infirmières. Des médecins noirs et des infirmières noires.»

Le choix de l'exil

Lorsqu'il quitte l'hôpital au bout d'un an, Dave est en fauteuil roulant, peut à nouveau parler et se servir de son bras gauche. Son séjour à l'hôpital a profondément changé sa vision du monde, explique-t-il à Jetzt.de:

«J'avais même une relation d'amitié avec certains infirmiers noirs. J'étais prêt à dépasser ma pensée manichéenne et je voulais emmener ça avec moi à la maison. Mais ma famille n'avait pas changé. Il se sentait comme dans un autre monde à la maison.»

À tel point qu'il finit par se sentir isolée au sein de sa propre famille et de sa bande d'amis et décide de partir étudier en Grande-Bretagne, où il mène aujourd'hui des études en coopération internationale. C'est un véritable parcours du combattant qui l'a attendu en Europe: sans argent au bout de quelques mois, délaissé par sa famille, son titre de séjour touristique ne lui donnait pas droit aux aides sociales.

Le combat du réfugié

Son visa touche à sa fin, mais en tant que blanc, Dave n'a plus le droit de rentrer au Zimbabwe: au début des années 2000, le pays est alors en proie à une crise agraire après que le président Mugabe a ordonné l'expropriation des terres des riches descendants de colons. Les conflits raciaux se multiplient, au point que le pays ferme temporairement ses frontières aux membres de la minorité blanche. Dave se retrouve alors réfugié, un comble pour le jeune blanc raciste qu'il était autrefois, et devra attendre trois ans et de nombreuses audiences au tribunal avant d'obtenir la nationalité britannique:

«Quand je pense à quel point je parlais de manière défavorable des migrants autrefois, je me sens très mal. J'ai vécu moi-même ce que l'on ressent lorsqu'on fait de vous un apatride.»

En Pologne, un couple de skinheads... juifs

En 2010, la chaîne de télévision américaine CNN rapportait elle l'histoire assez cocasse d'un couple de néonazis skinheads polonais, Ola et Pawel, qui avaient été stupéfaits d'apprendre qu'ils avaient tous deux des origines juives. Après s'être vaguement souvenue d'une conversation qu'elle avait eu avec sa mère quand elle avait 13 ans, Ola s'était rendue à l'Institut d'histoire juive de Varsovie où elle avait appris qu'elle avait des ancêtres juifs. Par curiosité, elle avait également mené des recherches sur la famille de son mari Pawel et découvert qu'il avait lui aussi des origines juives. Comme elle l'expliquait alors à CNN:

«Je ne savais pas comment le lui dire. Je l'aimais, qu'importe qu'il soit punk ou skinhead, qu'il tape ou pas sur les gens. C'était une époque où ce mouvement était très actif en Pologne.»

La nouvelle a été un choc pour le skinhead antisémite qu'était alors Pawel:

«J'étais en colère, triste, effrayé, incertain. [...] Je ne pouvais pas me regarder dans une glace. J'y voyais un Juif. Je détestais la personne que je voyais.»

Confronté à cette nouvelle identité, le couple a radicalement changé de convictions politiques et de style de vie. Ola et Pawel sont désormais des membres actifs de la communauté juive de Varsovie. Pawel a suivi une formation de boucher casher tandis Ola est chargée de surveiller le bon déroulement du rituel casher dans la cuisine d'une synagogue.

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