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Christiane Taubira, la ministre la plus aimée et la plus détestée d’internet

Montage photo à partir de différents mèmes réalisés par des internautes.

Montage photo à partir de différents mèmes réalisés par des internautes.

Entre mèmes remplis de cœurs et montages photos remplis de haine, la ministre divise férocement en ligne.

Le mercredi 27 janvier, peu après 9 heures, les médias lancent une salve de tweets impressionnante, avec un unique message: Christiane Taubira démissionne du gouvernement Valls, après 1351 jours à la tête du ministère de la Justice.

Sur internet, et sur les réseaux sociaux en particulier, il s’est passé quelque chose d’assez inédit: nous avons assisté à un étrange mélange de larmes et de champagne.

Impression écran d'événements Facebook dédiés à Christiane Taubira.

Si le débat et les affrontements verbaux sont quotidiens dans les tweets et les commentaires, Christiane Taubira est un paradoxe car peu de politiques récoltent autant d’opinions tranchées. C'est bien simple: on l’adore ou on la déteste. Et c’est sur internet que les déclarations d’amour et de haine ont été les plus flagrantes.

#Taubiradémission, la ministre ciblée dès sa nomination

Du côté de ses détracteurs, la colère s’était incarnée jusque-là autour d’un hashtag très populaire: #taubiradémission, apparu trois jours à peine après sa nomination. Régulièrement utilisé, on y trouve des images souvent virulentes, parfois violentes.

De nombreux tweets racistes apparaissaient régulièrement, la montrant dessinée en singe ou photoshoppée avec de grandes oreilles. Peu étonnant donc de retrouver le même genre de contenu lorsque la nouvelle de sa démission a été rendue publique.

L’origine de ces tweets est facilement traçable: Christiane Taubira est, avec Najat Vallaud-Belkacem, la cible privilégiée de mouvements et de médias proches de la droite, de l’extrême droite, ou anti-mariage pour tous. La ministre a en effet dû affronter deux vagues de contestation. La première a été lancée dès sa nomination par des sites et blogs de la «droitosphère» et de la «réacosphère», comme l’expliquait Samuel Laurent en 2012 sur le site du Monde. Des vidéos la montrant en train de critiquer le PS, d’anciennes condamnations pour licenciement injustifié, ou même de nombreuses fausses rumeurs se multipliaient...

Ensuite, le mouvement de contestation s’est précipité fin 2012 quand la ministre a défendu le projet de loi autorisant le mariage pour les couples homosexuels. Différents groupes rassemblés dans le collectif Manif Pour Tous vont régulièrement s’en prendre à la ministre via Twitter et Facebook en utilisant notamment le hashtag #onlacherien, pour signifier qu’ils n’arrêteront jamais de contester la loi Taubira.

La presse proche de l’extrême-droite a joué un rôle important dans ce mouvement contestataire. En novembre 2013, Minute titrait en Une «Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane». La condamnation des politiques et des associations a été unanime, mais le journal n’a pas pu s’empêcher de se réjouir de sa démission.

«Avec Christiane Taubira, ces clichés tiennent en une phrase : elle est femme, noire, ultra-marine, ses idées sont contre la norme», expliquait l’historien Pascal Blanchard sur le site de France TV Info,  début 2015, à propos de l’opinion de l’extrême-droite. «Tout ce qui est détesté est concentré, désormais, en une personne unique.»

«Queen Taubira», une ministre devenue icône

Si elle s’est attirée les foudres d’une partie d’internet pendant tout son passage au gouvernement, une autre partie, tout aussi large, ne tarissait pas d’éloges à son égard ce mercredi 27 janvier.  À tel point que certains la surnommaient affectueusement «Queen» Taubira («Reine») ou «Tantine», deux surnoms dont ne bénéficient pas les autres membres du gouvernement mais que l’on peut comparer au «dad» («papa») adressé par des ados américains à Barack Obama.

Les hommages rendus symbolisent bien l’image renvoyée par la ministre auprès de ses «fans»: celle d’une femme de convictions toujours prête à défendre les minorités. Quand elle entre au gouvernement en 2012, elle bénéficie d’une grande popularité en Guyane, dont elle est députée depuis 1993. Et si sa nomination est une surprise, la loi sur le mariage pour tous va là encore agir comme un détonateur en terme de visibilité: elle gagne un statut d’icône auprès d’une partie des jeunes et de la communauté homosexuelle. Une opinion qui va donc logiquement se retranscrire en ligne, comme l'expliquait Le Figaro en février 2013. Par exemple, l’association Le Refuge, qui lutte contre l’isolement des jeunes homosexuels, va lancer une collecte de fond en ligne pour lui offrir un bouquet quelques mois avant le vote de la loi, le site gay et lesbien Yagg  va lancer des tee-shirts #TeamTaubira, et diverses pages Facebook vont être lancées, comme «Christiane Taubira icône LGBT».

Dans la longue liste des détournements bienveillants, on retrouve des reprises de citations que des médias comme Buzzfeed ont presque transformé en mèmes. Une vidéo mélangeant ses discours à l’Assemblée et la chanson Girl On Fire d’Alicia Keys a été mise en ligne début 2013. La plateforme Tumblr compte une page «Fuck Yeah Christiane» qui regorge de photos, de vidéos, et de citations, ainsi qu'une autre où sont recensées les vestes de la femme politique, comme on le ferait pour n’importe quelle chanteuse à la stature internationale. Il s’agit également, comme l’a repéré une journaliste du Figaro, de la seule ministre française à bénéficier d’un tag sur le site de recensement de gifs Giphy. Enfin, comble de la «mèmification» de Christiane Taubira, certains internautes se sont servi d’un dessin bien connu de Batman et Robin pour y montrer la garde des Sceaux en train de gifler Frigide Barjot, égérie de la Manif Pour Tous.

Christiane Taubira n’est évidemment pas la seule à subir (ou bénéficier) de détournements sur internet (François Hollande en sait quelque chose), mais rarement internet n'avait été aussi tiraillé autour d’une personnalité politique, entre passion et détestation.

 

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