Ce que cache la bataille pour le maintien des toilettes séparées

Toilettes publiques | Mr.TinDC via Flickr CC License by

Toilettes publiques | Mr.TinDC via Flickr CC License by

Loin d’être une question anecdotique, les toilettes publiques séparées sont un symbole de la «ségrégation sexuelle» des espaces.

Le débat d’apparence anecdotique sur la mixité des toilettes publiques va bon train aux États-Unis. Certains États veulent faire voter des lois faisant de l’utilisation des toilettes du sexe opposé un crime, qui pourrait être puni d’un an de prison. Parallèlement, certains militent pour un accès des personnes transgenre aux toilettes de leur identité de genre et non de leur sexe biologique de naissance.

Dans un article publié dans Le New Yorker, la juriste américaine Jeannie C. Suk considère que les enjeux de la controverse vont bien au-delà de la question de l’accès aux toilettes, et remettent en question tout une «idéologie» de la «ségrégation sexuelle» des espaces. Aux États-Unis, les premières lois imposant la stricte séparation des toilettes datent de la fin du XIXe siècle, et beaucoup n’ont pas été abrogées depuis. L’accès différencié à ces espaces intimes selon le sexe est ancré dans un paternalisme juridique et sociétal qui, sous couvert de protéger les femmes du monde cruel de l’extérieur, leur interdisait l’égal accès à l’espace public.

Sous-texte sexuel

Comme l’avait écrit Ted Trautman sur Slate, ces lois avaient fini par créer «un étrange monde parallèle pour les femmes, proche mais séparé de celui des hommes: des salles de lecture pour les femmes dans les bibliothèques, des espaces réservés dans les grands magasins, des entrées séparées dans les bureaux de poste et les banques, ainsi qu’une voiture dédiée dans les trains, placée volontairement à l’arrière, afin que les passagers masculins puissent de façon très galante être les victimes en cas d’accident.»

Par ailleurs, la stricte séparation des toilettes est liée à la condamnation et à la criminalisation de l’homosexualité au cours du XXe siècle: les toilettes étaient des lieux de rencontre homosexuelle clandestins et à ce titre surveillés par les autorités. C’est ce «sous-texte» sexuel qui expliquerait qu’aujourd’hui encore la question déclenche autant de passion.

À Houston, au Texas, le débat a porté en 2015 sur les craintes que des transgenres puissent accéder aux toilettes des femmes: des opposants à une ordonnance de lutte contre les discriminations de la maire de la ville, interprétant abusivement le texte, ont brandi des pancartes «Pas d’hommes dans les toilettes de femmes».

Ce sont toutes ces inquiétudes accumulées qui, conclut la juriste, expliquent que les toilettes publiques soient la dernière institution sociale du quotidien dans laquelle la séparation des genres reste la norme.

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