Partager cet article

Epidémie de virus Zika: les femmes et les futurs enfants d'abord

REUTERS/CDC/Cynthia Goldsmith/Handout via Reuters.

REUTERS/CDC/Cynthia Goldsmith/Handout via Reuters.

L’OMS s’inquiète de la diffusion ultra-rapide de ce virus sur le continent américain, peu dangereux pour l'adulte mais soupçonné d’être à l’origine de malformations graves du fœtus. La France vient de lancer une alerte et prend de nouvelle mesures de protection des femmes enceintes et en âge de procréer.

Zika inquiète l’OMS. Les dernières données épidémiologiques convergent: ce virus (transmis via la piqûre du moustique Aedes aegypti) progresse à très grande vitesse sur le continent américain. Vingt-deux des cinquante-cinq pays sont désormais concernés et rien ne semble en mesure de freiner à court terme cette épidémie.

Pour autant, la situation est paradoxale puisque cette épidémie n’est pratiquement pas, en elle-même, dangereuse pour les personnes infectées. En revanche, le danger est indirect: la menace infectieuse concerne les enfants portés par les femmes enceintes qui seraient infectées. L’infection fœtale semble susceptible de provoquer des malformations, au premier rang desquelles une microcéphalie, signe d’un retard mental irréversible. Pour autant, rien n’est encore officiellement certain sur ce point. Le Dr Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, a ainsi déclaré, lundi 25 janvier, que le «lien de cause à effet entre l’infection par le virus Zika durant la grossesse et la microcéphalie n’avait pas encore été établi». Elle a néanmoins ajouté que les éléments actuellement disponibles étaient «très inquiétants».

Première détection en 1947

Faut-il s’inquiéter, sachant qu’il n’existe aucun test rapide de diagnostic, aucun traitement spécifique, aucun vaccin préventif? Sur son site, l’Institut Pasteur de Paris explique que «la majorité des personnes infectées par le virus (on estime 70 à 80 % des cas) ne développent aucun symptôme», qui, pour la plupart, sont grippaux, «modérés et ne nécessitent pas d’hospitalisation». Les complications «sont peu fréquentes mais dans le cas d’une importante épidémie, elles ne doivent pas être négligées» et «les femmes enceintes risquent de transmettre le virus au fœtus, ce qui peut engendrer de graves anomalies du développement cérébral chez l’enfant. »

Zika n’est pas une nouveauté pour les virologues, pas plus que pour les entomologistes. Ce virus a été détecté pour la première fois en avril 1947 chez un singe macaque rhésus dans la forêt Zika, au bord du lac Victoria, sur la presqu'île d'Entebbe (Ouganda). Sa transmission par un moustique a été prouvée expérimentalement dix ans plus tard. Le premier cas humain a été diagnostiqué en 1964 et on retrouvera ce virus à plusieurs reprises au Nigéria puis dans nombreux pays africains et asiatiques. Le génome de ce virus a été séquencé pour la première fois en 2007.

L’histoire récente de Zika est celle de sa progression dans le Pacifique puis sur le continent américain. Après sa découverte, en 2007 en Micronésie (où il a sans doute été introduit par voie aérienne depuis les Philippines), on le retrouvera dans le Nord-Ouest du Brésil en mai 2015. L’hypothèse d’une importation lors de la Coupe du monde de football de 2014 a été évoquée. Aujourd’hui, ce pays rapporte le plus grand nombre de cas d’infections cliniques par le virus jamais décrit: entre 440.000 et 1,3 million de cas suspects. Depuis, la progression n’a pas cessé et s’est accélérée, en Colombie, au Salvador, au Guatemala, au Mexique, au Panama, au Paraguay, au Surinam, au Venezuela et au Honduras. Des cas ont également été identifiés aux Etats-Unis.

Prise en charge prioritaire des femmes enceintes

Les Caraïbes ne sont pas épargnées. Il y a quelques jours, en France, la Direction générale de la Santé (DGS) faisait état d’une centaine de cas confirmés en Martinique et d’une cinquantaine en Guyane. Le virus Zika est également présent en Guadeloupe et à Saint-Martin et son importation dans l’Hexagone est désormais une possibilité hautement vraisemblable. Le Pr Benoît Vallet, Directeur général de la santé, a repris à son compte les nouvelles recommandations du Haut conseil à la santé publique demandant une «prise en charge prioritaire des femmes enceintes exposées à une infection Zika».

Les autorités sanitaires françaises recommandent désormais d’informer les femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse (et plus généralement les femmes en âge de procréer) vivant dans les zones touchées par l’épidémie Zika; cette information devra porter spécifiquement «sur les malformations congénitales et les autres complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika». Elle sera assurée par les professionnels de santé. «Un suivi médical et une prise en charge renforcée» seront d’autre part mis en place pour toutes les femmes enceintes dans les zones d’épidémie.

«En cas de découverte à l’échographie d’anomalies congénitales, il sera nécessaire de procéder rapidement à un bilan pour en définir la cause, précise le Pr Vallet. La patiente sera alors orientée vers un Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal pour une évaluation étiologique et pronostique de l’affection fœtale dont les conséquences possibles lui seront expliquées.» Il est d’autre part recommandé aux femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse et ayant le projet de se rendre dans des zones où sévit le Zika «d’envisager un report de leur projet de voyage» ou «de consulter un médecin avant le départ pour être informées sur les complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika». Si ces femmes ne peuvent ou ne veulent différer leur voyage, «elles doivent renforcer les mesures de protection anti-vectorielles et les bonnes pratiques relatives à l’utilisation des produits insecticides et répulsifs»

Situation délicate au Brésil

Les autorités sanitaires américaines viennent pour leur part de prendre des mesures similaires. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) donnent directement sur leur site des conseils pratiques aux femmes enceintes. En Amérique latine, la question soulève des controverses particulières dans les pays où la pratique de l’interruption volontaire de grossesse est encadrée ou interdite.

La situation est particulièrement délicate au Brésil, où plus de 3.000 cas de nourrissons microcéphaliques ont été officiellement recensés –Brésil où auront lieu les prochains Jeux olympiques d’été. Les autorités sanitaires de Colombie, de l’Equateur, du Salvador et de la Jamaïque conseillent aux femmes exposées de reporter leurs projets de grossesse. Les controverses et les questions éthiques sont d’autant plus vives que (comme a tenu à le souligner la directrice générale de l’OMS) la virologie n’a pas encore véritablement démontré la relation de cause à effet entre l’infection de la femme et les malformations cérébrales des enfants; et ce alors que cette même virologie suspecte, depuis 2011, la possibilité de contamination par le virus Zika lors de relations sexuelles.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte