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À Fribourg, les réfugiés n'ont pas le droit de faire la fête

L’entrée de la discothèque White Rabbit, club de Fribourg, en Allemagne, qui a interdit son entrée aux détenteurs d’un titre de séjour | REUTERS/Kai Pfaffenbach

L’entrée de la discothèque White Rabbit, club de Fribourg, en Allemagne, qui a interdit son entrée aux détenteurs d’un titre de séjour | REUTERS/Kai Pfaffenbach

Une demi-douzaine de discothèques de Fribourg ont limité l’accès à leurs établissements aux réfugiés voire leur en ont interdit l’entrée pour le bien-être de leur clientèle féminine.

D’abord la piscine, maintenant les boîtes de nuit... Après avoir été privés de baignade par une petite municipalité allemande, comme nous le rapportions mi-janvier, les réfugiés n’ont désormais plus le droit de fréquenter les clubs de Fribourg-en-Brisgau, cette ville du Bade-Wurtemberg qui est considérée comme la capitale écologique de l’Allemagne, rapporte le quotidien régional Badische Zeitung.

Au moins une demi-douzaine de discothèques de Fribourg ont en effet décidé de limiter l’accès à leurs établissements aux réfugiés voire de leur en interdire l’entrée pour le bien-être de leur clientèle féminine. Le quotidien donne l’exemple du club White Rabbit, dont les gérants ont prévenu les organisateurs de soirées par email:

«Nous avons pris la décision que, dans un premier temps, nous ne laisserons plus entrer au White Rabbit les gens qui détiennent seulement un titre de séjour.»

Les patrons de la boîte de nuit expliquent que la décision n’a pas été facile à prendre mais qu’ils ne voient actuellement pas d’autre solution pour «maîtriser certains problèmes avec les réfugiés», avant d’énumérer les problèmes auxquels ils ont été confrontés ces dernières semaines: vols de sacs, attaque au couteau d’un videur, harcèlement sexuel, entrée dans les cabines dans les toilettes pour femmes, administration de drogue du viol et même une tentative de viol.

Climat de peur

La police de Fribourg n’a pourtant reçu aucune plainte concernant de tels actes, indique Harry Hochuli, directeur du commissariat de Fribourg-Nord, secteur où se trouvent plusieurs clubs. Il estime toutefois que les cas de harcèlement sexuel sont sous-déclarés dans le milieu de la nuit, où les problèmes sont souvent réglés par les clients et les videurs eux-mêmes, sans faire appel à la police.

Après la parution de l’article de la Badische Zeitung le 22 janvier, la mairie de Fribourg a convié les patrons de discothèques à une table ronde afin de trouver une solution moins radicale à ces problèmes de violence. Après l’effroyable nuit de Cologne, où des dizaines de femmes ont été victimes de harcèlements de masse durant la nuit de la Saint-Sylvestre, cette mesure semble être une énième réaction hystérique à ce scandale et témoigne du climat de peur vis-à-vis des étrangers qui règne actuellement en Allemagne.

Dieter Salomon, le maire vert de la ville, conseille lui aux patrons de discothèques de rappeler aux réfugiés les règles de comportement à respecter dans leurs établissements en diffusant des flyers et des T-shirts, comme il l’explique au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung: «Il faut clairement montrer ce dont nous ne voulons pas chez nous.»

La décision des boîtes de nuit de Fribourg est de toute façon illégale. Interviewée par le quotidien Die Tageszeitung, Christine Lüders, la directrice de l’Agence allemande de lutte contre la discrimination, un organisme public financé par le Bund, rappelle qu’en Allemagne «personne ne doit être discriminé en raison de ses origines ou de la couleur de sa peau dans le monde du travail et du commerce».

L’Association allemande des exploitants de discothèques et de salles de bal (BDT) s’est d’ailleurs distancé de l’initiative fribourgeoise, comme le rapporte le quotidien Der Tagesspiegel, soulignant qu’une «interdiction d’entrée globale n’est pas autorisée».

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