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Anxiété, dépression… Mindfulness ou quand la méditation rend malade

  Une méditation trop poussée peut nous briser  | Moyan Brenn via Flickr CC License by Creative Commons

Une méditation trop poussée peut nous briser | Moyan Brenn via Flickr CC License by Creative Commons

Un nouvel ouvrage remet en cause le discours unanime entourant la pratique de la méditation.

Vous êtes assis en tailleur. Il règne un silence pesant. Vous ouvrez discrètement l’œil gauche. Puis l’œil droit. Tout le monde semble concentré. «Pourquoi je n’y arrive pas?» Si cette situation vous semble familière, ne vous inquiétez pas. La méditation aurait parfois des effets néfastes, particulièrement la méditation «en pleine conscience», aussi connue sous le nom de «Mindfulness». C’est ce que rapporte The Guardian, à l’occasion de la sortie du livre The Buddha Pill, écrit par le docteur Miguel Farias et Catherine Wikholm.

Pour les bouddhistes, la méditation en pleine conscience est «la troisième forme de sagesse». Il s’agit de se focaliser sur le moment présent et d’examiner les sensations. Cette technique s’est développée aux États-Unis à la fin des années 1970, avec le programme lancé par le professeur de médecine Jon Kabat-Zinn à l’université du Massachussetts. Des célébrités comme Gwyneth Paltrow ou Russell Brand ont même vanté les effets positifs de la méditation. En janvier 2014, le magazine Time allait même jusqu’à consacrer sa une à «la Mindful Revolution».

Un enthousiasme unanime que le docteur Farias a commencé à questionner. Son intérêt pour les effets négatifs du Mindfulness grandit lorsqu’une patiente lui raconte son expérience. Louise a 50 ans. Depuis vingt ans, elle pratique régulièrement le yoga. Sa vie bascule lorsqu’elle part en retraite de méditation pour un week-end. Bien qu’elle se sente «détachée d’elle-même», elle continue les exercices, convaincue qu’il s’agit d’un bon signe, explique Farias à CBC Radio. Le lendemain, elle sent une fatigue générale «et refuse de sortir de son lit». Pendant les quinze années qui suivent, Louise est sous antidépresseurs.

Il pourrait s’agir d’un cas isolé. Mais le docteur Farias estime qu’il est impossible de connaître l’étendue du problème car «les chercheurs n’ont pas pu les mesurer et ont même pu décourager les gens à témoigner». Il cite l’étude de Dean Shapiro, professeur à l’université de Californie. Sur un groupe de personnes ayant une pratique de la méditation hétérogène, 63% ont souffert d’au moins un effet négatif, et 7% ont été sujets à dépression, anxiété et panique. Toutefois, cette recherche a ses limites: elle date de 1992 et l’échantillon est peu représentatif.

Une mauvaise approche de la méditation

«La méditation est semblable à des lentilles sur le feu. L’écume remonte à la surface pendant la cuisson», décrit Farias au micro de CBC Radio. Le principe de la méditation tel qu’il est envisagé dans les cultures bouddhistes et indoues n’est pas d’évacuer le stress mais de secouer la personne. Le magazine islandais Good cite Andrew Holecek, professeur et spiritualiste bouddhiste: «Pratiquée correctement, [la méditation] peut aider à nous distancier de nous-même et à tirer profit de ce qui nous habite. Mais elle peut également exacerber certains troubles dissociatifs ou de dépersonnalisation.»

La vision occidentale de la méditation comme antistress est superficielle, poursuit Miguel Farias sur la radio canadienne:

«Nous avons beaucoup de chambres secrètes à l’intérieur de nous. [...] Lorsque nous ébranlons des structures ancrées, c’est normal de se trouver face à quelque chose d’inattendu. Et parfois, nous ne sommes pas prêts à nous y confronter.»

Une version initiale de l'article indiquait à tort qu'un témoignage sur The Frame Problem expliquait que les adeptes de Mindfulness agissaient soit par autopersuasion, soit subissaient un effet placebo.

 

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