Science & santé

Pour réussir, il faut d’abord commencer par comprendre l'échec

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 26.01.2016 à 16 h 15

Repéré sur Harvard Business Review

Le tout est d'arriver à distinguer le «bon» échec du «mauvais».

Un bureau d'entreprise | Joergelman via Pixabay CC License by

Un bureau d'entreprise | Joergelman via Pixabay CC License by

Que ce soit d’un point de vue personnel ou professionnel, la vie ressemble (trop) souvent à une course au succès, rendant d’autant plus difficile, donc, de faire face à un échec. Et pourtant, si l’on en croit les travaux de plusieurs chercheurs en management publiés ces derniers mois par la prestigieuse Harvard Business Review, il ne faut pas forcément s’inquiéter si l’on échoue: il faut avant tout distinguer les échecs répétés des échecs ponctuels, ou plus imprévisibles.

Art Markman, professeur de psychologie à l’université du Texas, explique ainsi, dans un article publié début janvier, que les échecs «non systématiques» ne sont en rien négatifs:

«Ils reflètent le fait que nous disposons tous de ressources limitées. Nous n'avons tout simplement pas assez de temps, d’énergie ou d’argent pour faire tout ce que l’on veut tout le temps. Une partie de notre responsabilité d’adultes est d’apprendre à faire des compromis: trouver l’équilibre entre des objectifs conflictuels et essayer d’en atteindre autant que possible dans le temps imparti.»

Il y a toujours à apprendre de ses échecs, s'ils ne sont pas permanents

En revanche, si vous êtes confrontés à des échecs systématiques, à savoir des objectifs que vous n'atteignez jamais, il existe plusieurs paramètres d’analyse à prendre en compte.

Tout d’abord, les projets à court terme sont toujours plus attirants, car ils donnent l’impression d’optimiser ses chances de réussite. Mais en réalité, prendre le temps de travailler sur des projets à long terme permet de plancher plus sérieusement dessus et donc d’avoir un rendu bien meilleur.

Second critère primordial: l’environnement de travail, régulièrement perturbé par des notifications d’emails, par exemple. «Pour rendre votre environnement plus agréable, explique Art Markman, vous devriez mettre des rappels des objectifs que vous n’arrivez jamais à accomplir. Même une note sur un post-it sur votre ordinateur, ou laisser un livre que vous voulez lire sur votre bureau, peut suffire.»

Enfin, il faut éviter à tout prix de prolonger ses heures de travail de façon interminable. «Le travail n’est pas une compétition d'Ironman où la dernière personne présente gagne», écrit le psychologue, avant d’ajouter qu’il est important de connaître sa capacité de travailler et de tout faire pour «travailler quand vous êtes au travail et ne pas travailler quand vous n’y êtes pas».

Il s’agit donc, comme le suggère Confucius dans l’une de ses nombreuses citations (source d’inspiration pour le dernier livre de Nicolas Sarkozy), d’apprendre à analyser ses propres responsabilités en cas d’échec. Encore faut-il y arriver, car il n’est pas rare que l’on soit confrontés à ce que l’on appelle une «ambiguïté sur la responsabilité», une notion très complexe sur laquelle ont travaillé plusieurs autres chercheurs de la Harvard Business School.

Quand la responsabilité précise d'un échec n’est pas établie, explique Gretchen Gavett, l’un de ces auteurs, l’on «est moins à même de s’attribuer intérieurement un échec, et donc moins à même d’apprendre». D’autant plus que, dans le monde du travail notamment, il est parfois très compliqué d’établir les causes précises d’une erreur. «Beaucoup de nos missions impliquent des équipes de collègues, de nombreuses parties prenantes, une technologie défaillante et d'autres facteurs imprévisibles», peut-on lire dans la revue de l'université. Il faut que le chef de groupe, en amont du projet, répartisse avec précision les tâches chez chacun de ses employés. Et si erreur il y a, l’analyse doit se faire en groupe, afin que chacun puisse ressentir moins de pression de la part de sa hiérarchie mais aussi apprendre de ses propres erreurs et de celles des autres. 

Échec individuel ou collectif, même combat

Car savoir analyser l'échec en entreprise est tout aussi important d'un point de vue collectif qu'individuel, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'entreprenariats orientés sur l'innovation. Dans les start-ups, on donne ainsi souvent trop d'importance au côté créatif de l'échec, comme s'il s'agissait avant tout d'un nouveau pas vers le succès. Une grosse erreur, si l'on en croit Ron Ashkenas, de Schaffer Consulting, qui témoigne de son expérience de professeur dans la Silicon Valley, eldorado des jeunes pousses du numérique:

«Pour ces innovateurs, la réussite d'une entreprise, et d'une carrière, requiert une série continue d'expériences rapides, de tests, d'hypothèses et de tournants –ce qui veut dire que personne ne réussit du premier coup (ou du second ou du troisième). Il en résulte que l'échec est très valorisé.»

Lui distingue deux modes, l'innovation et l'exécution. Là où les grandes entreprises maîtrisent le processus de fabrication et de diffusion d'un concept mais manquent cruellement d'innovations, les start-ups fourmillent d'idées mais ne savent pas comment mettre en place un produit viable pour le marché. Il est absolument nécessaire qu'elles comprennent que les erreurs permises au stade créatif ne sont plus tolérées lors de l'intensification et l'industrialisation du produit. «Donc oui, conclut le professeur, l'échec est un élément clef pour comprendre, développer et trouver ce qui marche. Mais avant de célébrer ou de sanctionner l'échec, soyez sûrs de ce que vous essayez d'atteindre en faisant cela.»

En groupe ou individuellement, le comportement à adopter face à l'échec doit donc rester le même: c'est la seule façon d'optimiser ses chances de succès par la suite.

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