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Vivre écolo ne coûte pas forcément un bras, au contraire

Il n’y a pas de petites économies | Sarah Joy via Flickr CC License by

Il n’y a pas de petites économies | Sarah Joy via Flickr CC License by

Manger bio, refaire l’isolation de son logement, opter pour un fournisseur d’énergie alternatif, ne vivre que du tout recyclable et des marques écoresponsables: pour beaucoup, l’écologie est un sport par et pour les riches. Pourtant, en adoptant une démarche écoresponsable, il y a surtout des économies à la clé. Pour cela, il faut être malin, patient et persévérant.

C’est bien connu: être écolo, «c’est un truc de bobos». D’abord parce que manger bio, s’habiller made in France et rouler en voiture électrique coûte cher au porte-monnaie; ensuite, parce que cela demande d’avoir plus de temps devant soi pour comparer l’empreinte écologique de ses achats et se mettre en conformité avec les préceptes verts au quotidien. Et comme le dit l’adage, le temps, c’est de l’argent.

D’ailleurs, si on se réfère aux statistiques de l’Insee, pour les ménages les plus modestes, l’alimentation et le logement seuls représentent plus du tiers du budget annuel (22% pour les foyers les plus aisés). Alors, avec la crise et un pouvoir d’achat en berne, adopter un mode de vie respectueux de l’environnement n’est vraiment pas la priorité de tout le monde. Et tant pis si le réchauffement climatique, lié aux émissions de gaz à effet de serre (GES) de nos économies carbonées, a des conséquences dramatiques pour la planète, et surtout pour nous-mêmes

Produits écologiques plus chers au premier abord

Mais ce raisonnement est à bannir. Car dire que l’écologie est un sport fait par et pour les riches est une idée reçue qui ne fait pas vraiment avancer le débat. Dépense-t-on forcément plus quand on adopte une démarche écoresponsable, c’est-à-dire quand on choisit ce qui se fait de mieux en matière de réduction de la facture énergétique et d’usage des ressources?

Il est vrai qu’après comparaison les produits estampillés écologiques ou respectueux de l’environnement sont généralement (un peu) plus chers à l’achat –investir dans de l’électroménager moins énergivore comme dans une maison écologique coûte généralement 15 à 20% plus cher. Mais, si on se lance dans des comptes d’apothicaire, on se rend vite compte que le coût individuel d’un mode de vie écolo n’est pas forcément plus élevé.

Dire que l’écologie est un sport fait par et pour les riches est une idée reçue

Prenons l’alimentation, l’un des trois principaux postes de dépenses des ménages français. On le sait, pour limiter le réchauffement climatique d’un côté, éviter la surabondance de déchets et protéger les sols de la pollution chimique, il n’y a pas 36.000 solutions: il vaut mieux manger bio, de préférence en circuit court et en se focalisant sur les labels les plus intransigeants (Bio cohérence ou Nature & Progrès).

 

Or l’alimentation biologique en supermarché coûte plus cher que l’alimentation à partir de produits issus de l’agriculture conventionnelle. Selon l’Observatoire des prix 2015 de Familles rurales, le lait, le jus d’orange et les œufs labellisés bio des supermarchés coûtent respectivement 28%, 8% et 42% plus chers –même s’il existe des produits bio hard discount et des produits bio bon marché de la marque des distributeurs.

Cependant, aujourd’hui la tendance est à la déflation des prix –en 2010, l’écart de prix entre les produits issus de l’agriculture biologique et ceux issus de l’agriculture conventionnelle était de l’ordre de 70%; et le développement des circuits courts type Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap), qui privilégient la vente directe entre consommateurs et producteurs locaux, permet d’accéder à des produits frais de saison à un prix très correct (comptez 10 euros pour un panier hebdomadaire de fruits et légumes pour deux personnes en moyenne dans une Amap). Manger bio pour pas cher sera donc peut-être une réalité d’ici quelques années.

 

À moins d’être astucieux et de changer partiellement son régime alimentaire. «En changeant ses habitudes alimentaires, et notamment en consommant moins de viandes, manger bio ne coûte pas plus cher», résumaient de leurs côtés Pascal de Rauglaudre et Dominique Pialot dans 101 idées reçues sur l’écologie en 2011. Pour rappel, selon la FAO, l’élevage mondialisé (et majoritairement industriel) représente 14,5% des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines, soit plus que celles des transports. En réduisant sa consommation de viande, on dépense donc moins mais on participe aussi à la lutte contre le changement climatique.

Être écolo, c’est être plus intelligent dans sa manière de consommer l’énergie, donc faire des économies

Stéphane Chatelin, directeur de l’association négaWatt

«Manger bio, si c’est manger autrement, ça peut être beaucoup moins cher, confirme Thomas Laurenceau, le rédacteur en chef de 60 millions de consommateurs. Mais les calculs des économies se font sur un mois. Un exemple, si je décide de manger moins de viande mais de la viande bio de qualité et de compléter par des produits comme les légumineuses (lentilles, haricots secs, pois secs, etc.), cela me coûtera moins cher!»

Gestes écocitoyens qui font baisser les factures

Mais œuvrer individuellement pour un monde durable peut également ne rien coûter. «Être écolo, c’est être plus intelligent dans sa manière de consommer l’énergie, donc faire des économies», soutient Stéphane Chatelin, directeur de l’association négaWatt, qui œuvre pour l’accélération de la transition énergétique. Ainsi, de manière générale tous les petits gestes écocitoyens qui permettent de lutter contre les gaspillages et les (sur)consommations inutiles, sans rentrer dans une logique décroissante stricto sensu, font sensiblement baisser le montant total des factures.

Parmi les solutions alternatives à la consommation de masse, la consommation de produits recyclés ou réemployés par l’intermédiaire des ressourceries, des friperies, des ateliers d’autoréparation (où il suffit de payer l’adhésion à une association) et «le do it yourself», en plein boom, garantissent de sacrés économies. D’ailleurs, que ce soit au travail, pour les achats high tech ou pour les consommations courantes d’eau, de gaz et d’électricité, la sobriété énergétique, qui consiste à maîtriser les ressources, n’est pas forcément une contrainte.

Comme le relève le magazine Que Choisir, la multiplication des appareils électroménagers dans les foyers a fait grimper considérablement la note ces dernières années. Même en veille, ils consomment 300 à 586 kWh/an, soit de 40 à 78 euros par foyer à l’année. En les débranchant ou en investissant dans des multiprises coupe-veille (autour de 25 euros) ou à interrupteur, les économies d’électricité, comme pécuniaires, ne sont pas négligeables.

Même topo pour l’eau et le gaz, où des économies faciles peuvent être très vite réalisées en privilégiant les douches avec pommeaux économes, en posant une chasse d’eau double débit ou en lavant en basse température. Ce qui permet, au passage, d’anticiper la hausse annuelle du coût de l’énergie, en partie imputée à la transition énergétique, de l’ordre de 2,5%-3%. À partir de décembre 2015, l’installation progressive des controversés, mais intelligents, compteurs d’électricité écolos Linky, censés permettre une maîtrise de la consommation individuelle d’électricité, devrait favoriser des économies supplémentaires. En revanche, quitter EDF pour un fournisseur d’énergie alternatif comme Enercoop (23.000 clients en France) qui s’approvisionne à 100% auprès des producteurs d’énergie renouvelable n’est pas encore rentable, sauf pour l’exemplarité écologique.

Mais c’est loin d’être le pire. Même s’il existe une aide de l’État à l’achat, les voitures électriques comme la Bluecar de Bolloré ou la Renault Zoé sont encore trop chères (au moins 12.000 euros) et ne permettent pas de parcourir de grandes distances en France face au déficit de bornes de recharge. Et ne parlons pas des véhicules hybrides, dont les prix sont généralement supérieurs à 30.000 euros. Des fausses solutions?

Car, c’est justement en adoptant des modes de déplacement alternatifs non polluants (ou a minima) que l’on réalise le plus d’économies. «Quand on parle d’écologie, le premier poste d’économie, c’est le transport», observe pour sa part Frédéric Denhez, journaliste indépendant, auteur de La Nature, combien ça coûte? (éd. Delachaux et Niestlé, 2007). Déjà, pour être clair, une voiture dont l’empreinte carbone est relativement lourde (pollution atmosphérique, importantes émissions de GES, problèmes de recyclage des matériaux, etc.) coûte annuellement entre 5.000 et 8.000 euros à ses propriétaires.

C’est surtout le fait de ne pas être écolo qui est dispendieux. Il y a par exemple des coûts cachés liés à la pollution atmosphérique: les cachets pour les maladies respiratoires des enfants, les risques de cancer et les dépenses de santé de manière générale

Benoît Hartmann, le porte-parole de France nature environnement

«C’est cher. Beaucoup plus cher que ne l’imagine généralement le propriétaire d’un véhicule. Beaucoup plus cher qu’un abonnement de métro, de train ou de bus. [...] Beaucoup plus cher qu’un vélo, son cadenas, ses pinces et son vêtement de pluie», commente à ce propos sur son blog le journaliste spécialisé dans les transports pour Le Monde, Olivier Razemon. Pour les urbains, quand les infrastructures le permettent, se déplacer à pied, à vélo ou en transports en commun est extrêmement avantageux avec une empreinte carbone proche de zéro tandis que, pour les péri-urbains, le covoiturage ou le train peuvent se révéler être à terme de bons compromis beaucoup moins onéreux que le voiture.

Investissements sur le long terme

Car les fruits d’une démarche écoresponsable ne sont pas immédiats. Certes, rendre son logement plus écolo en améliorant l’efficacité énergétique de son logement grâce à des travaux d’isolation thermique n’est pas donné à tout le monde (350 à 450 euros le mètre carré, selon Stéphane Chatelin, de négaWatt). Pourtant, les travaux d’isolation thermique permettent un retour sur investissement avéré au bout de plusieurs années grâce à des aides financières comme l’éco-prêt à taux zéro (PTZ) de plus en plus élaborées.

Selon une étude du cabinet Enertech sur les enjeux de la rénovation thermique en France de 2012, pour un logement de 100 mètres carrés dont la consommation est supérieure à 200 kWh/m2/an par exemple, en fonction de la durée du PTZ contracté, le retour sur investissement peut prendre entre cinq et dix ans après les premiers travaux. Pas négligeable. En isolant, «l’investissement devient doublement gagnant, réduction des factures d’énergie d’un côté, augmentation de la valeur patrimoniale de l’autre», résumait récemment le magazine Que Choisir.

«Après, c’est une question de comportement: on sait qu’on va faire des économies donc on va avoir tendance à vouloir les réinvestir dans biens ou des loisirs énergivores, ce sont les risques de l’effet rebond», nuance ainsi l’auteur de l’Atlas du changement climatique: du global au local, changer les comportements (2009), Frédéric Denhez.

Emmanuel Druon, directeur de la PMI Pocheco, près de Lille, et auteur d’Écolonomie. Entreprendre sans détruire (éd. Actes sud, 2016), va plus loin. Grâce à ce concept, fondé sur la circularité de l’économie, où tout déchet est une ressource, et adaptable à un logement individuel voire une copropriété, l’entrepreneur assure que tous les investissements écologiques sont plus que rentables. Le succès de son entreprise d’enveloppes, au bord de la faillite à la fin des années 1990 et en bonne santé financière en 2015, en est la meilleure preuve selon lui.

Car, ne pas être écolo, gaspiller, surconsommer et par exemple rouler au diesel –60% des automobiles en France sont diésélisées–, cela a aussi des coûts cachés indéniables individuels et collectifs sur le long terme. «C’est surtout le fait de ne pas être écolo qui est dispendieux; certes, je vais avoir moins de dépenses, mais il y a des coûts cachés liés à la pollution atmosphérique par exemple: les cachets pour les maladies respiratoires des enfants, les risques de cancer et les dépenses de santé de manière générale», soutient Benoît Hartmann, le porte-parole de France nature environnement (FNE).

En France, le coût sanitaire de la pollution atmosphérique est ainsi estimé chaque année entre 68 et 97 milliards d’euros, dont 3 milliards d’euros pour l’impact sur la Sécurité sociale, selon le rapport parlementaire de juillet 2015 «Pollution de l’air, le coût de l’inaction». Des dépenses de santé qu’on ne relie pas forcément aux atteintes à l’environnement à première vue mais qui pèsent lourd pour le contribuable. À moins de tous rouler à vélo du jour au lendemain.

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