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Disparus depuis 1998, des terroristes de la RAF refont surface en Allemagne

Portrait des anciens terroristes de la RAF Daniela Klette, Ernst-Volker Staub et Burkhard Garweg dans un reportage de la chaîne publique allemande Norddeutscher Rundfunk. | Capture d'écran NDR.de

Portrait des anciens terroristes de la RAF Daniela Klette, Ernst-Volker Staub et Burkhard Garweg dans un reportage de la chaîne publique allemande Norddeutscher Rundfunk. | Capture d'écran NDR.de

L’ADN de trois membres de l’organisation terroriste d’extrême gauche, dont la police avait perdu la trace depuis plus de quinze ans, a été retrouvé dans des masques ayant servi à des attaques à main armée.

Près de deux décennies après sa dissolution, la troisième génération de la Fraction armée rouge (RAF, pour Rote Armee Fraktion) fait à nouveau parler d’elle en Allemagne. Trois membres de l’organisation terroriste d’extrême gauche, dont la police allemande avait perdu la trace depuis 1998, sont soupçonnés d’avoir attaqué à main armée des convois de fonds en juin et en décembre 2015. Les deux tentatives de braquage ont échoué, les convoyeurs de fonds étant parvenus à chaque fois à prendre la fuite.

L’ADN des anciens terroristes Daniela Klette, Ernst-Volker Staub et Burkhard Garweg a été retrouvé sur des masques qui se trouvaient à l’intérieur d’une Ford Focus garée dans une zone forestière de Basse-Saxe, à proximité de la ville de Wolfsburg, où un convoi de fonds a été attaqué le 28 décembre 2015 en début d’après-midi. La voiture était recouverte d’un filet de camouflage, comme on peut le voir sur le site internet de la chaîne publique allemande Norddeutscher Rundfunk.

La police allemande a diffusé cette semaine des portraits-robots des trois suspects réalisés à partir des photographies diffusées dans les années 1980 sur les avis de recherche de la vingtaine de membres que comptait la troisième génération de la Fraction armée rouge. Plus de 137 témoignages ont été recueillis par la police en quelques jours seulement.

Guérilla urbaine

Le fantôme de la RAF, qui, avec ses enlèvements et ses crimes répétés, a créé un climat de terreur qui a profondément marqué la société allemande durant les années 1970, restées dans la mémoire collective comme «les années de plomb», hante de nouveau l’Allemagne, comme un journaliste du quotidien régional Der Westen le résume:

«Le caractère explosif de cette nouvelle échappe à la majorité des gens plus jeunes. Ceux qui cependant ont fait l’expérience du terrorisme sanglant de la Fraction armée rouge dans les années 1970 et de la manière en partie hystérique avec laquelle l’État y a réagi durant des années, ceux-là tressaillent encore aujourd’hui lorsqu’ils entendent le terme de RAF. Les noms de Baader, Meinhof, Ensslin se sont taillé une place dans la mémoire collective de toute une génération.»

Fondée au début des années 1980 avec pour objectif de mettre en œuvre la guérilla urbaine prônée par la première génération de la RAF, la fameuse bande à Baader, la troisième génération, contrairement à la deuxième, ne s’est pas contentée de réclamer la libération des membres de l’organisation terroriste emprisonnés mais a fomenté toute une série d’attentats, rappelle Der Spiegel. Entre 1985 et 1992, année où ils ont officiellement déposé les armes, les membres de la RAF ont notamment assassiné le patron de l’entreprise d’armement MTU, Ernst Zimmerman, le chef de la Deutsche Bank, Alfred Herrhausen, et le diplomate Gerold von Braunmühl.

La troisième génération de la RAF s’est également alliée au groupe terroriste français Action directe, avec qui elle a commis en 1985 un attentat contre la base militaire américaine Rhein-Main Air Base, qui a fait trois morts et onze blessés.

Vie souterraine

Les enquêteurs estiment que les deux tentatives de braquage de 2015, qui ont très probablement été commises par le trio d’anciens terroristes, n’avaient pas pour but de financer d’autres actions terroristes mais plutôt leur vie souterraine. En 1999, un an après la dissolution du groupe terroriste, l’ADN de Daniela Klette et Ernst-Volker Staub avait déjà été retrouvé sur les lieux d’un braquage de convoi de fonds, à Duisbourg-Rheinhausen. Les trois braqueurs masqués avaient alors dérobé un million de marks, rappelle NDR.de:

«Des experts comme le spécialiste de la RAF Butz Peters estimaient à l’époque que le braquage de Duisbourg ne servirait pas à financer d’autres crimes terroristes mais à financer la retraite des vétérans de la RAF. Il se pourrait que les réserves se soient épuisées entre temps.»

Ernst-Volker Staub serait aujourd’hui âgé de 61 ans, son comparse Burkhard Garweg de 47 ans. Seuls les noms d’une dizaine de membres de la troisième génération de la RAF sont connus par les autorités allemandes.

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