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Miley Cyrus peut-elle sauver la réforme d'Obama?

Jonah Weiner, mis à jour le 08.10.2009 à 12 h 26

Sa nouvelle chanson est formidable, rigolote, divertissante — et consensuelle!

A 16 ans, Miley Cyrus est actrice, chanteuse, styliste, militante pour la recherche contre le cancer, elle a par ailleurs «écrit» son autobiographie, est bien placée sur la liste Forbes «des stars de moins de 25 ans les plus riches» et a été par deux fois le sujet de scandales à cause de photos d'elle osées, qui ont paru en couverture des magazines.  Récemment, elle a atteint une autre étape importante de sa carrière en sortant une nouvelle chanson qui n'était pas destinée à promouvoir un album mais plutôt une ligne de vêtements de la chaîne d'hypermarché Wal-Mart.  «Party in the USA» a atteint dès sa sortie la deuxième place du hit-parade de Billboard, ce qui en fait sa chanson la plus populaire jusqu'à présent.

Pour une fille polyvalente et bien dans son siècle comme Mlle Cyrus, être au hit-parade pourrait passer pour un indice de succès assez démodé - le fait que les trois coloris de son chemisier ruché en mousseline de soie soient épuisés sur le site de Wal-Mart est sans doute un signe de vitalité économique plus robuste. Mais le hit-parade a peut-être quand même de l'importance pour une fille devenue célèbre en jouant le rôle d'une jeune star capable de remplir les stades (dans la série Disney Hannah Montana), dont le père est aussi musicien (Billy Ray), et qui tient une housse de guitare dans la vidéo de son morceau (la housse de guitare étant le talisman par excellence pour les minettes pop stars qui cherchent un peu de crédibilité musicale).

Mais qui a besoin de crédibilité  quand vous interprétez une chanson comme «Party in the USA»? C'est la meilleure chanson de sa carrière et la première qui mérite qu'on l'entende partout.

Ce qui est fondamental dans cette chanson, c'est l'attitude conciliante de Cyrus.  Elle a déjà beaucoup fait dans sa vie professionnelle, mais le poste qu'elle semble apprécier le plus est celui de faiseuse de paix. Elle adore rapprocher les points de vue irréconciliables, ou au moins faire s'asseoir les opposants à la même table.

C'est toute l'intrigue de Hannah Montana.  Dans la série, les deux forces irréconciliables en présence résultent des tensions entre les deux vies, publique et privée, que mène une jeune fille travailleuse : Cyrus joue le rôle d'une superstar de le musique pop qui essaie de mener par ailleurs une vie rangée de lycéenne à Malibu, Californie.  Dans Hannah Montana : Le Film, la tension entre vie publique et vie privée se manifeste géographiquement, car Hannah partage son temps entre la ville tape-à-l'œil et excitante de Los Angeles et son modeste village natal, Crowley Corners, Tennessee. (Cyrus elle-même est née à Nashville.)  Cette tension se résout finalement quand Hannah donne un concert exceptionnel qui, à la fois, sauve son village de promoteurs immobiliers rapaces et affirme un authentique engagement éthique.

Les tendances médiatrices de Cyrus sont aussi affirmées dans sa musique. Dans sa chanson «7 Things», elle envoie promener un garçon bon à rien, détaillant six de ses traits les plus déplaisants avant de révéler - «the seventh thing I hate the most that you do: You make me love you.» («la septième chose que je déteste le plus est ce que tu me fais: tu me fais t'aimer»). Pour ceux d'entre nous qui auraient préféré une dose de «girl power» à la Disney, cette fin est un peu décevante, mais ça fait partie de la philosophie yin-yang de Miley: «You make me laugh, you make me cry,» chante-t-elle, «but I guess that's both I'll have to buy.» («Tu me fais rire, tu me fais pleurer, mais j'imagine qu'il faut faire avec les deux»).  Dans «Hoedown Throwdown,» l'un des morceaux les plus bizarres jamais grimpé dans les sommets des hit-parades, les forces contradictoires sont la musique country et le hip-hop.  Comme «La Macarena» et «The Locomotion,» «Hoedown Throwdown» est un mode d'emploi pour un nouveau pas de danse à interpréter en choeur. Il y a des violons et des banjos, des claquements de pieds rythmés sur les gradins, et une sorte d'argot tordu, vaguement banlieusard, qui sort typiquement de la bouche des DJs européens et des jeunes noirs caricaturaux des pub McDonald's à la radio.  «Pop it, lock it, polka-dot it,» est le rap de Cyrus dans le refrain, «countrify then hip-hop it.»  La chanson est une sorte d'amalgame rigolo de références culturelles superficielles - ça part dans tous les sens au nom de la fraternité universelle.

«Party in the USA» est un peu le sommet de ses efforts précédents, mais en mieux. Soutenu par un riff funk ensoleillé et des synthétiseurs vifs au bruit sourd, Cyrus raconte l'histoire vraisemblablement autobiographique de son premier voyage à Los Angeles. C'est l'histoire du poisson hors de l'eau, narrée par une fille de Dixie «with a dream and my cardigan» («avec un rêve et un gilet.») (Quelle erreur! Tout le monde sait que les tricots sont interdits à l'ouest de Pasadena!)  Bouche bée, les yeux grands ouverts, elle chante: «It's definitely not a Nashville party», «Cause all I see are stilettos-I guess I never got the memo!» («Ce n'est certainement pas une fête comme à Nashville, car tout ce que je vois, ce sont des hauts talons - je n'ai pas dû recevoir le bon dress-code».

A la fin de chaque verset, Cyrus entend une de ses chansons préférées - Jay-Z passe sur la radio à la fin du premier, un DJ dans une boîte fait tourner Britney Spears dans le deuxième - et du coup elle surmonte son trac en dansant: «So I put my hands up, they're playing my song, I know I'm gonna be OK/ Yeah-eah-eeah, it's a party in the USA.» («Et je monte les mains en l'air, ils jouent ma chanson, je sais que ça va aller / Yeah-eah-eeah, c'est une fête américaine»). C'est un moment triomphal, plein de lyrisme, qui conserve le côté populaire rigolo de «Hoedown Throwdown,» abandonnant, heureusement, tout le reste. La chanson nous laisse un peu mieux voir l'esprit de Miley Cyrus - et d'une façon plus divertissante - que n'importe quelle autre de ses chansons. Le responsable en est certainement pour partie le producteur et co-auteur de la chanson, Lukasz Gottwald, un Suédois expert dans l'art de transformer l'esprit et les angoisses des adolescentes américaines en succès au hit-parade.

Le titre «Party in the USA» rend explicite ce que les paroles suggèrent dans leur description d'un pèlerinage de Nashville à Los Angeles et leurs références à Jay-Z et Britney - il ne s'agit pas d'une simple chanson mais d'une façon d'apaiser les antagonismes républicains/ démocrates, ruraux / urbains, plouc / élite.  La joie de la musique pop efface le régionalisme.  (Cette vision est aussi intégrée dans la musique - quand Cyrus répète les mots "and a Jay-Z song was on," il est difficile de savoir si son vibrato vaguement robotique fait un clin d'œil à la musique country, à T-Pain, ou aux deux).

«Party in the USA» assène un lieu commun - la musique nous réunit - avec une problématique qui renvoie à l'actualité. Après un été où on a vu les fanatiques anti-Obama emmener leurs fusils aux réunions publiques et où des maniaques anti-gouvernement ont pendu un employé du bureau du recensement, pendant que, dans le même temps, les appels de la gauche au président pour abandonner son positionnement centriste ont confiné aux rugissements, Miley Cyrus aborde sa tentative la plus ambitieuse: elle essaie de réunir une nation coupée en deux, au moins pour trois minutes et demie.

Par Jonah Weiner

Traduit par Holly Pouquet

image de une : Miley Cyrus dans Hannah Montana, capture d'écran du site officiel du film
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