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Si les femmes sont deux fois plus déprimées que les hommes, c'est à cause des inégalités salariales

Sore ankles... |jnyemb via Flickr CC 2.0 License by

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Les hormones ne joueraient en réalité qu'un rôle à la marge.

Les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à être touchées par la dépression. Mais est-ce dû à une «nature» féminine ou à des facteurs extérieurs? Une nouvelle étude parue dans la revue Social science and Medecine tend à remettre en cause les explications biologiques souvent avancées, en démontrant que lorsqu’il n’y a pas, toutes choses égales par ailleurs, de différences de salaires entre hommes et femmes, le taux de dépression est similaire chez les personnes des deux sexes.

Selon les chiffres de l’Inserm, si 7,5% des 15-85 ans ont vécu «un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois», la prévalence de la maladie est deux fois plus importante chez les femmes. Des taux similaires existent aux États-Unis. Les chercheurs de l’université Columbia ont donc cherché à comprendre ces différences, en étudiant un échantillon de près de 22.500 salariés.

Les inégalités au travail sont un facteur de dépression

Et ils ont découvert qu’à âge égal, niveau de diplôme équivalent, de situation familiale et d’autres facteurs similaires, les femmes qui gagnaient moins que les hommes avaient deux fois et demi plus de chances de connaître une dépression que les hommes. Mais quand le niveau de salaire était équivalent, les femmes avaient le même taux de dépression et d’anxiété que leurs collègues masculins.

«Nos résultats montrent qu’une partie des inégalités entre hommes et femmes face à la dépression est due aux effets des inégalités au travail et au-delà. La sélection sociale qui touche les femmes dans certains métiers en leur octroyant des salaires inférieurs aux hommes et en encourageant les inégalités dans la répartition des tâches ménagères a des conséquences matérielles et psychosociales», explique Jonathan Platt, doctorant et co-auteur de l’étude, dans un article posté sur le site de l’université.

Plus exposées aux facteurs extérieurs de dépression

Des facteurs biologiques comme le cycle hormonal peuvent peut-être jouer à la marge, même si «aucune explication adéquate n’a jamais été avancée en ce sens», assure l’article de la Columbia University. Chercheur en sociologie et épidémiologie de la santé mentale, Xavier Briffault mettait lui aussi l’accent sur l’importance des facteurs psycho-sociaux dans un article parue il y a deux ans de notre contributrice Sophie Gourion.

«La dépression est liée à certains facteurs de risque: le fait d'avoir eu des parents en conflit, humiliants, peu aimants, ou encore incestueux, d'avoir été victime d'agression sexuelle ou de violence physique et morale, d'avoir rencontré des difficultés d'accès aux études, de connaître le chômage ou la précarité professionnelle, la dépendance financière ou d'avoir à charge d'élever un grand nombre d'enfants. Or, plus souvent que les hommes, les femmes sont exposées à nombre de ces risques.».

Des chercheurs comme Holly Hazlett-Stevens, professeur de psychologie de Reno (Nevada), avancent que l’explication de la fragilité psychique des femmes est davantage sociologique, les femmes ayant été plus élevées que les hommes à développer un sens du souci de l’autre, et donc du souci tout court. Lorsqu’un évènement tragique survient, elles seraient plus affectées que les hommes à cause d’une plus grande empathie. Pour toutes ces raisons, mettre en avant les règles douloureuses et les hormones comme seule explication apparaît comme réducteur. Et leur proposer des sessions de formation au «développement personnel» lorsqu'elles demandent des conditions plus justes ne diminuera pas non plus leur colère. 

 
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