Quand des célébrités disparaissent en même temps, ça donne des anecdotes mortelles

Sad Reaper / Pascal via Flickr CC License by.

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En ce début d’année 2016, où les disparitions de personnalités se multiplient, retour sur cinq coïncidences historiques, de Shakespeare à Kennedy en passant par Staline.

Depuis le début d’année, les réseaux sociaux et les médias se sont transformés en gigantesque rubrique nécrologique. En quinze jours, nous ont successivement quittés Michel Delpech, Michel Galabru, Pierre Boulez, David Bowie, Alan Rickman, Michel Tournier, Ettore Scola. Vague mortuaire hivernale? Simple coïncidence statistique? Attention plus grande portée aux décès de personnalités à une époque où il est possible de porter le deuil en un clic? Alors que commencent à émerger les interprétations farfelues (la déjà célèbre «théorie des Michel»), jeter un coup d’œil rétrospectif aux dates de disparition de personnalités (un travail déjà bien entamé par toute une série d’archivistes sur internet) permet de se rendre compte que des coïncidences de date encore plus frappantes et étonnantes existent.

Il y a six ans, on avait beaucoup souligné que la mort de Michael Jackson avait éclipsé celle de Farrah Fawcett, mais ce genre de phénomène est fréquent. Ainsi, le 28 septembre 1970, le monde perdait à la fois une légende de la littérature américaine, John Dos Passos, et le fondateur de l’Égypte moderne, Nasser; le 10 octobre 1985, le cinéaste Orson Welles et l’acteur Yul Brynner; le 6 janvier 1993, le danseur Rudolf Noureev et le jazzman Dizzy Gillespie; le 31 octobre 1993, le jeune premier River Phoenix et le vieux maître Federico Fellini; le 30 juillet 2007, Ingmar Bergman et Michelangelo Antonioni –dont les morts, survenues en même temps que celle de Michel Serrault, avaient été annoncées à une journée d’écart.

Deux des plus grands écrivains du siècle, Louis-Ferdinand Céline et Ernest Hemingway, sont morts à un jour d’intervalle, de même que deux de ses grands cinéastes, Charlie Chaplin et Howard Hawks, les 25 et 26 décembre 1977, ou que deux showman chacun dans leur genre, Klaus Kinski et Freddie Mercury, les 23 et 24 novembre 1991. Mais certaines histoires, comme les cinq que nous développons ici, sont encore plus étonnantes –surtout quand on imagine la façon dont elles auraient pu être vécues aujourd’hui sur les résaux sociaux.

1.Cervantes et Shakespeare, morts «le même jour»

On dit de l’anglais qu’elle est «la langue de Shakespeare» et de l’espagnol qu’elle est «la langue de Cervantès»: coïncidence, il s’avère que les deux auteurs sont morts «le même jour», le 23 avril 1616 –on fêtera donc les 400 ans de leur disparition cette année. On met des guillemets, car il s’avère qu’en fait c’était à dix jours d’écart: à l’époque, l’Angleterre n’avait pas adopté le calendrier grégorien et le 23 avril anglais se trouvait donc être début mai en Espagne. Cela n’a pas empêché l’Unesco de choisir cette date du 23 avril pour sa journée mondiale du livre et du droit d’auteur.

2.«Thomas Jefferson survives»

Quelle était la probabilité que, sur trente-neuf présidents des États-Unis décédés, deux soient morts non seulement le même jour mais aussi celui du cinquantenaire de la Déclaration d’indépendance, et qui plus est après avoir été adversaires deux fois lors de l’élection suprême, en 1796 puis en 1800? Le 4 juillet 1826, peu après minuit, Thomas Jefferson s’éteint à 83 ans. Dans la soirée, c’est au tour de son prédécesseur, John Adams, 90 ans, de mourir: évidemment pas au courant de la disparition à plusieurs centaines de kilomètres de là de son ancien rival, avec qui il s’était réconcilié quinze ans plus tôt, il avait murmuré, dans ses derniers instants, «Thomas Jefferson survives» («Thomas Jefferson est encore en vie»). Après eux, il ne restait plus qu’un seul survivant de la signature de la Déclaration d’indépendance de 1776.

3.Prokofiev éclipsé par Staline

Le compositeur soviétique Sergueï Prokofiev a mal choisi son jour pour mourir: le 5 mars 1953, le même jour que Joseph Staline. Comme l’explique le critique musical Alex Ross dans son livre The Rest Is Noise, sa mort fut tellement écrasée par celle du petit père des peuples que la Pravda, mise sous pression par les autorités, attendit... cinq jours avant de l’annoncer (en France, par exemple, Le Monde publia sa nécrologie le 10 mars) et qu’il fut enterré dans l’intimité, devant une trentaine de personnes. L’ironie de la situation est que Prokofiev, qui avait pourtant composé un hommage à Staline, avait été persécuté dans les dernières années de sa vie par le régime pour crime de «formalisme», comme son confrère Dmitri Chostakovitch.

4.Piaf et la «dernière journée sur Terre» de Cocteau

Le 10 octobre 1963, «la Môme» Piaf meurt en début de matinée, à l’âge de 47 ans. Prévenu par sa cuisinière le lendemain matin de la mort de son amie, pour qui il avait écrit la pièce Le Bel Indifférent, Jean Cocteau aurait dit«C’est le bateau qui achève de couler. C’est ma dernière journée sur cette terre.» Le magazine Paris Match lui commande un texte-hommage qu’il n’aura pas le temps d’écrire: il meurt vers 13 heures, le 11 octobre, à 74 ans. Le lendemain, Jean Marais témoigne«Il aimait beaucoup Édith, mais je ne pense pas que ce soit la mort d’Edith qui ait provoqué la mort de Jean.»

5.Un président et deux écrivains

Pour tout le monde, le 22 novembre 1963 est le jour de la mort de John F. Kennedy, assassiné à Dallas. Mais deux autres personnalités sont mortes ce jour-là, deux écrivains: Aldous Huxley, l’auteur du Meilleur des mondes, et C.S. Lewis, celui du Monde de Narnia. Comme l’écrivait cinquante ans plus tard le New York Times«dans la mesure où quelqu’un s’inquiète de voir l’annonce de sa mort faire les gros titres, il est préférable de ne pas mourir le même jour, ou quasiment le même jour, qu’un Kennedy». L’idée d’une rencontre au purgatoire entre les trois hommes a même fait l’objet d’un roman.

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