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Stress, hormones et discrimination: pourquoi les femmes sont plus déprimées que les hommes

Dépression | Surian Soosay via Flickr CC License by

Dépression | Surian Soosay via Flickr CC License by

Il est temps de mieux comprendre les inégalités sexuelles en matière de dépression et de troubles anxieux.

Les femmes souffrant de dépression sont quasiment deux fois plus nombreuses que leurs homologues masculins. De même, elles ont deux fois plus de risque d’être atteintes d’un trouble anxieux généralisé, d’attaques de panique ou d’une phobie spécifique. Pour autant, les études scientifiques menées sur ces pathologies, et sur le stress bien souvent susceptible de les exacerber, se sont longtemps limitées aux hommes.

Historiquement, les scientifiques ont préféré tester des populations animales exclusivement mâles, notamment pour s’éviter les complications méthodologiques liées aux fluctuations hormonales et autres cycles reproductifs des femelles (et, par extension, des femmes arrivant en bout de chaîne expérimentale). Aujourd’hui, comme le détaille un récent article de Science News, les psychologues et les neuroscientifiques se mettent enfin à différencier sexuellement les cerveaux de leurs animaux de laboratoire afin de voir si, selon le sexe, les animaux réagissent différemment au stress. Des études qui pourraient permettre, à terme, de mieux comprendre les inégalités sexuelles en matière de dépression et de troubles anxieux, et ce, afin de mieux soigner ces maladies.

Une étude, menée par Debra Bangasser de l’Université Temple, observe ainsi que des concentrations différentes en hormones sexuelles –œstrogènes, progestérone et testostérone– peuvent jouer sur un neuropeptide, la corticolibérine ou CRH, qui contrôle la manière dont le système nerveux réagit au stress. Une autre étude, plus ancienne, avait établi que la CRH affectait différemment le cerveau des rats mâles et femelles. Après un événement stressant, en comparaison des mâles, les femelles avaient davantage de récepteurs à la CRH à la surface de leurs cellules cérébrales, ce qui les rendait plus réceptives à de futurs déluges neuropeptidiques. À l’inverse, chez certains rats mâles stressés, les récepteurs à la CRH migraient à l’intérieur des cellules cérébrales, ce qui leur permettait de mieux gérer leurs accès de stress ultérieurs.

Lorsque Bangasser et ses collègues exposaient leurs rats à de fortes doses de CRH, mâles et femelles se mettaient à se nettoyer compulsivement, un comportement connu pour signaler une bouffée d’anxiété. Un effet bien plus prononcé chez les femelles, notamment chez celles ayant les taux de progestérone et d’œstrogène les plus élevés. «Une réaction plus exacerbée au stress peut relever d’un avantage adaptatif, écrit Susan Gaidos. Une réaction plus intense aux hormones du stress pourrait permettre aux femelles –qui ont souvent à s’occuper des petits –d’être plus vigilantes et à avoir de meilleurs réflexes dans un environnement stressant.»

Épisode dépressif

Une autre étude se penchant sur l’ocytocine –la célèbre «hormone de l’attachement», d’ores et déjà l’objet d’essais cliniques sur le traitement de la dépression– observe que la substance pourrait contribuer à davantage d’anxiété chez les femelles souris, comparées aux mâles, lorsqu’elle est produite en réaction à un strimulus stressant. Dans l’étude, des souris se voyaient imposer la présence d’une souris agressive pendant trois jours, avec des périodes de repos. Même dix semaines après l’expérience, les femelles souris continuaient à se «figer de peur» face à une souris inconnue. Les mâles, eux, passaient à autre chose après seulement deux semaines. Après dix semaines, l’analyse des tissus cérébraux des souris allait montrer une concentration plus élevée de neurones producteurs d’ocytocine, et une production plus élevée de l’hormone, dans les cerveaux des femelles, mais pas des mâles. Des résultats qui allaient complexifier la compréhension de l’ocytocine, dont les concentrations augmentent chez les femmes souffrant de stress post-traumatique. En réalité, il se pourrait bien que l’hormone soit responsable de modifications comportementales induites par le stress et pas qu’elle contribue à le modérer, comme l’estiment d’autres chercheurs.

Inclure davantage de femelles –et ensuite de femmes– dans les essais cliniques et les recherches médicales est une étape essentielle à l’élaboration de meilleurs médicaments et traitements, dont un trop grand nombre ont été conçus sur des modèles exclusivement masculins, en termes notamment de taux métaboliques ou de concentrations hormonales. Plus de vingt ans après l’adoption d’une législation fédérale imposant aux NIH d’inclure des femmes dans tous les essais cliniques qu’ils financent, l’organisme ne contrôle toujours pas la représentation des femmes au sein de recherches sur des maladies précises, ni ne peut dire si les laboratoires trient ou non leurs résultats en fonction du sexe de leurs cobayes et participants.

Reste que les déséquilibres sexuels observés dans les troubles de l’humeur ne se résument pas à une histoire de neurones et d’hormones. Selon un rapport de janvier 2016 de l’Université de Columbia, les disparités salariales augmentent le risque de dépression et d’anxiété chez les femmes.

Sur la base de sondages menés entre 2001 et 2002, et rassemblant 22.581 employés américains âgés de 30 à 65 ans, les chercheurs ont isolé 9.000 paires d’hommes et de femmes à la formation et à l’expérience professionnelle équivalentes. Dans les paires où les femmes gagnaient moins d’argent que les hommes, les femmes avaient quatre fois plus de risque de souffrir d’anxiété que les hommes, et plus de deux fois plus de risque d’avoir vécu un épisode dépressif majeur. Quand les hommes gagnaient moins que les femmes, les probabilités de voir l’un ou l’autre sexe souffrir de dépression ou d’anxiété étaient quasiment identiques. Sans doute que certaines configurations neurologiques prédisposent davantage les femmes aux troubles de l’humeur mais il y a aussi des discriminations structurelles qui leur offrent l’environnement parfait où s’enraciner.

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