Tuée à Ouagadougou, Leila Alaoui était une photographe «méditerranéenne»

Leila Alaoui, le 20 octobre 2014, dans l’émission «L’invité» de TV5 Monde | Capture d'écran YouTube

Leila Alaoui, le 20 octobre 2014, dans l’émission «L’invité» de TV5 Monde | Capture d'écran YouTube

Des migrants aux villageois marocains, la Franco-Marocaine Leila Alaoui, décédée de ses blessures après l’attaque terroriste au Burkina Faso, axait son travail sur l'humain.

Grièvement blessée lors de l'attaque terroriste du Cappuccino à Ouagadougou, la photographe franco-marocaine Leila Alaoui est décédée le 18 janvier. Née en 1982, c’est dans le cinéma qu’elle a débuté avant de faire de la photo «par défaut [...] parce que quelque part c’était plus facile de partir seule», a-t-elle dit à OnOrient en novembre 2014. Son travail engagé et remarqué lui permettra d'accéder à de nombreuses expositions prestigieuses, comme à la Maison européenne de la photographie du 12 novembre 2015 jusqu’au 17 janvier.

En 2008, lorsqu’elle rentre des États-Unis (où elle travaille) au Maroc pour «faire un break», elle obtient un financement pour mener un travail photographique sur les migrants. Elle réalise alors No Pasara, une série sur les jeunes qui tentent de «brûler» les frontières et d’atteindre l’Europe, mais qui finissent «par brûler leur identité, leur passé et souvent leur vie»écrivait-elle.

Fragments

Elle se lance ensuite dans différents projets et réalise Crossings, une installation vidéo artistique sur trois écrans qui retrace l’expérience de migrants subsahariens qui quittent leur pays dans l’espoir d’avoir une vie meilleure au Maroc.

«Après m’être investie humainement et avoir milité sur le sujet, je me suis dit comment est-ce que je peux parler de ce sujet pour leur rendre hommage [aux migrants] sans encore faire du misérabilisme»expliquait-elle en mai 2014 dans l’émission «Maghreb-Orient Express», sur TV5 Monde.

Elle intègre alors des «fragments de réalité» en utilisant des images de fiction recontruites inspirées d’histoires vraies pour témoigner de ces destins tragiques et du racisme ambiant au Maroc.

Elle s’installe ensuite à Beyrouth et produit en 2013 un travail sur l’attente des réfugiés syriens en insistant sur leurs histoires personnelles. Elle s’intéressait désormais à l’immigration postcoloniale en France à travers un projet sur la relation entre les mémoires individuelles et l’histoire collective des premières générations d’immigrés venus d’anciens territoires et de colonies françaises.

«Archive visuelle»

En parallèle, elle effectuait depuis plusieurs années une série intitulée Les Marocains et exposée à Paris dans le cadre de la première Biennale de la photographie arabe jusqu’au 17 janvier. Elle parcourait le Maroc rural avec un studio mobile «pour photographier les Marocains tels qu’ils sont», expliquait-elle dans une vidéo publiée par Les Échos en juin 2014. Elle réalise alors des portraits de 1,50 mètre sur 1 de femmes et d’hommes de différents groupes ethniques. Elle souhaitait ainsi constituer «une archive visuelle des traditions et des univers esthétiques marocains qui tendent à disparaître», écrivait-elle pour expliquer son travail sur le site la Maison européenne de la photographie

Son travail constituait une critique de l’exotisme et des fantasmes qui en découlent. C’est pour cette raison qu’elle a choisi d’utiliser «des techniques de studio analogues à celles de photographes tels que Richard Avedon dans sa série In the American West, qui montrent des sujets farouchement autonomes et d’une grande élégance, tout en mettant à jour la fierté et la dignité innées de chaque individu»

La migration et l’identité ont toujours été au cœur de sa démarche et faisaient écho à des «questions identitaires personnelles»«J’ai grandi au Maroc on m’a toujours regardé comme étant la Française, j’arrivais en France on me regardait comme une Marocaine, finalement c’est aux États-Unis que j’ai commencé à apprécier le fait d’avoir une double nationalité», racontait-elle à OnOrient en novembre 2014 dans un entretien filmé. Pour autant, la seule identité qui la caractérisait était «le fait de [se] sentir méditerranéenne». C’est dans ce métissage que Leila Alaoui puisait cette sensibilité qui lui était propre.

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