Économie

Pourquoi l’étude d’Oxfam sur l'accroissement des inégalités est alarmante (malgré ses limites)

Temps de lecture : 2 min

À l'approche du Forum économique mondial de Davos qui réunit les puissants des mondes économique et politique, l'ONG monopolise l'attention médiatique avec une étude sur la montée des inégalités

Au Forum économique mondiale de Davos, janvier 2015. REUTERS/Ruben Sprich
Au Forum économique mondiale de Davos, janvier 2015. REUTERS/Ruben Sprich

En janvier 2015, l’ONG Oxfam publiait un rapport affirmant que «les 1% les plus riches possèderont plus que le reste de la population mondiale en 2016». Or, c’est chose faite, explique l’organisation dans un nouveau rapport, et plus tôt que prévu puisque la bascule se serait faite en 2015. Les 62 personnes les plus riches du monde accumulent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité (3,5 milliards de personnes).

Nous avions expliqué lors de la publication du rapport d’Oxfam en 2015 les limites des chiffres mis en avant, et abondamment repris par les médias. Oxfam prend en compte les dettes individuelles dans son calcul de la pauvreté. Problème: les gens endettés des pays riches sont plus «pauvres» selon cette méthode que les pauvres de pays pauvres, parce que ces derniers n’ont pas de crédit étudiant ou immobilier. Comme l’avait expliqué un journaliste de Reuters qui démontait cette méthode en 2014, «ma nièce qui vient de recevoir ses 50 premiers centimes d’argent de poche est plus riche que les 2 milliards de gens les plus pauvres combinés».

«Les grands gagnants de l’économie globalisée sont ceux qui sont au sommet»

L’autre limite de ces résultats est de se concentrer sur la répartition des richesses et donc de négliger le montant total de cette richesse qui, lui, a cru et permis de faire baisser la part des pauvres. Le professeur d’économie Alexandre Delaigue avait lui aussi critiqué la méthode sur France TV Info, rappelant notamment que «lorsque les pays émergents s'enrichissent, les inégalités de fortune y augmentent, parce que tout le monde ne s'y enrichit pas en même temps; mais cela signifie que le nombre de pauvres diminue, ce qui est plutôt une bonne nouvelle».

Entre 1990 et 2011, la croissance économique a permis de faire sortir près d’un milliard d’individus de l’extrême pauvreté, souligne Oxfam dans son dernier rapport: 700 millions rien qu’en Inde et en Chine. Mais «le fait que les grands gagnants de l’économie globalisée sont ceux qui sont au sommet» est indéniable, poursuit l'ONG. Et l’accroissement de richesse n’est pas répartie équitablement entre les catégories de la population. 46% de cette augmentation a bénéficié entre 1988 et 2011 aux 10% les plus aisés, les 10% du bas n’ayant reçu, eux, que des miettes (0,6%).

Lakner-Milanovic World Panel Income Distribution (LM-WPID) database (2013). Repris dans l’étude Oxfam.

Publiée à dessein à l’approche du Forum de Davos pour maximiser son impact, l’étude d’Oxfam rappelle par ailleurs la montée des inégalités est devenue un sujet d'inquiétude partagé même par les institutions qui défendent les bienfaits de la globalisation économique comme l’OCDE, la Banque mondiale ou le FMI. L’ONG plaide pour une lutte renforcée contre l’évasion fiscale, de plus hauts niveaux d’investissements dans les services publics et une augmentation de salaire en bas de l’échelle salariale.

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