Le «Blue Monday», «jour le plus déprimant de l’année», est une escroquerie scientifique

A pic of a pug | DodosD via Wikimedia CC License by

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Le troisième lundi de janvier serait le «jour le plus déprimant de l’année». C’est faux, il s'agit d'un coup marketing bien connu depuis 2010.

«Pourquoi ce lundi, on va tous déprimer», «Combattez le Blue Monday avec ces applications et ces sites» «Les meilleures citations sur le rire pour combattre le Blue Monday»… Le troisième lundi du mois de janvier, comme le rappelle de nombreux médias, est censé représenter «le jour le plus déprimant de l’année». En 2010, Slate.fr relayait justement ce qu'on appelle le «Blue Monday». Et cette année encore, quand on regarde dehors, il y a de quoi: début de semaine, temps gris, températures, glaçantes, crise économique…

Et apparemment il y a des preuves scientifiques pour l'étayer. Comme l’explique le site Metronews, un homme qui était alors psychologue de l’université de Cardiff, Cliff Arnal, aurait découvert le «Blue Monday» en 2005. «D’après les savants calculs de ce professeur, écrit le site, c’est réellement le troisième lundi de janvier que se conjuguent plusieurs facteurs particulièrement déprimants», avec par exemple les dettes de Noël à payer, l’impossibilité de poser des congés, ou encore les bonnes résolutions oubliées. Une formule mathématique a même été mise en place pour étayer son affirmation.

Un titre honorifique un peu abusif

Sauf que, comme le rappelle le Guardian, le Blue Monday est une escroquerie scientifique et un plan marketing assez brillant. Dean Burnett, contributeur spécialisé dans les sciences au Guardian et lui-même membre de l’université de Cardiff, explique que «cette affirmation idiote vient d’une équation ridicule qui prend en compte la "dette", la "motivation", le "temps", le "besoin d’agir" et d’autres variables arbitraires qui sont impossible à quantifier et largement incompatibles.» En clair, la dépression est bien trop complexe à cerner pour dépendre ces seuls facteurs.

L'auteur de l'étude, Cliff Arnal, a reconnu en 2010 qu’il a été payé par une agence en relations publique pour réaliser l’étude et identifier le jour le plus misérable de l’année afin de promouvoir une agence de voyage, Sky Travel.

Mais la supercherie ne s’arrête pas là. Cliff Arnal est régulièrement présenté comme un «psychologue de l’université de Cardiff». Sauf que, comme l’explique Dean Burnett, il suffit d’être employé ou de publier au sein de l’école de psychologie de Cardiff pour prétendre à ce titre. Arnal a brièvement donné des cours du soir là-bas, ce qui lui a suffi pour être appelé ainsi.

Ce qui fait dire à Burnett que la «pseudoscience (comme cette équation), régulièrement présentée comme de la science véritable dans les médias mainstream fait du mal auprès du public pour sa compréhension de la science et de la psychologie.» De plus, cela suggère qu’elle est temporaire et que tout le monde en souffre, ce qui n'est évidemment pas la cas.

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