Economie

L'économie repart, sans force

Eric Le Boucher, mis à jour le 07.10.2009 à 11 h 59

Industriels et banquiers sont bien moins optimistes que les gouvernements.

Michael Geoghegan, le PDG de HSBC, la première banque européenne, met en garde «je ne suis pas convaincu que nous ayons touché le fond». L'économie est certes repartie mais il croit en une reprise en «W», c'est à dire en fait qu'il n'exclut pas une rechute... avant un nouveau rebond. Nani Beccalli, le patron de General Electric International, est du même avis: il ne faut pas que les gouvernements replient leurs plans de relance dès maintenant, c'est beaucoup trop tôt.

Le G20 de Pittsburgh s'était félicité de la reprise dans une formule qui restera célèbre: «ça a marché». Les plans de relance et les facilités monétaires des banques centrales, unies dans le même effort de Washington à Camberra, de Londres à Brasilia, sont parvenus à stopper l'hémorragie de l'économie mondiale. La Grande dépression de type 1929 a été évitée. Dès lors la question se pose: faut-il débrancher le malade sachant que les frais engagés pour le sauver se montent déjà à plusieurs milliers de milliards de dollars? Est-il temps d'envisager un repliement des aides et à un durcissement des politiques monétaires?

Les banques vont bien, au moins en apparence. Toutes engrangent des profits comme avant la crise, voire meilleurs, et elles commencent des deux côtés de l'Atlantique à rembourser les Etats. C'est le cas, en peu de jours, de BNP Paribas et de la Société Générale en France pour un total de près de 10 milliards d'euros, preuve de leur bonne santé. D'ailleurs les «stress tests» effectués en Europe pour soumettre les banques à des hypothèses de fortes dépressions ont montré qu'elles pouvaient «tenir le coup». Les banques iraient donc bien. Pourtant le scepticisme du patron de HSBC doit inciter à la prudence.

Car il confirme les calculs du FMI (Fonds monétaire international): les institutions financières n'auraient effacé que la moitié de leurs pertes subies pendant la crise. Et c'est pour cela que le risque d'un nouveau plongeon dans une spirale dépressive ne peut pas être écarté. Ces pertes sont de 3 400 milliards de dollars selon le FMI, un peu moins que l'estimation précédente de 4 000 milliards de dollars des mêmes économistes du Fonds monétaire international. Pour se recapitaliser et être en mesure de prêter de façon normale aux économies, il faudrait encore que les banques européennes lèvent 310 milliards de dollars et les américaines 130 milliards. On en est loin, ce qui signifie que les circuits financiers ne sont pas assainis et qu'ils ne le seront pas avant longtemps et que le crédit continue à être rare.

Voilà pourquoi les industriels sont en général sceptiques, et en tout cas prudents. C'est le cas de General Electric, la plus grande entreprise industrielle du monde. Les pays émergents repartent plus vite que les pays riches mais la reprise chinoise ralentit déjà, explique Nani Beccalli. Les sidérurgistes tablent sur une chute de 15% de leurs ventes cette année et le marché ne repartirait que de 5-8% en 2010. Dans les autres secteurs, les carnets de commandes s'améliorent aussi mais très lentement pour le bâtiment ou de façon artificielle et grâce aux aides publiques dans l'automobile.

L'économie mondiale repart mais sans réelle force. La croissance ne sera que de 1% dans les pays riches l'an prochain, selon le FMI. Le chômage en hausse partout (il a doublé aux Etats-Unis) pèse sur le moral des ménages. En outre, chacun sait que la dette accumulée va contraindre un jour ou l'autre à relever les impôts, mieux vaut donc épargner. Conséquence: il ne faut plus trop compter sur le moteur de la consommation, elle montre d'ailleurs des signes de faiblesse dans les pays où elle était la plus résistante comme en France.

Il faudrait pour bien faire que l'investissement privé reprenne et vienne progressivement prendre le relais des dépenses des Etats. Mais c'est là que le crédit bancaire manque: il est encore rare et, demain, une remontée probable des taux d'intérêt va le rendre aussi plus cher. «Ca a marché». Oui,  mais le travail est loin d'être achevé. Les économies sont en convalescence et pour longtemps.

Eric Le Boucher

Lire également:  Une reprise lente et injuste et La reprise n'en est pas une.

Image de Une: locomotive à vapeur Luke MacGregor / Reuters

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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