Grèce: le retour des grandes familles

Kyriakos Mitsotakis | ANGELOS TZORTZINIS / AFP

Kyriakos Mitsotakis | ANGELOS TZORTZINIS / AFP

Kyriakos Mitsotakis, jeune président du parti de droite de la Nouvelle démocratie, est le fils de Constantin Mitsotakis dignitaire de la classe politique grecque. Ce qui pourrait être le signe d'un retour des grandes familles grecques, habituées à occuper le pouvoir à travers des générations.

Le jeune président de la Nouvelle démocratie (droite modérée) porte un nom familier aux Grecs: Kyriakos Mitsotakis, 47 ans, est le fils de Constantin Mitsotakis qui fut Premier ministre de 1990 à 1993. Est-ce le signe du retour des grandes dynasties politiques à la tête de la Grèce? Après la double victoire d’Alexis Tsipras et de Syriza aux élections législatives de janvier puis de septembre 2015, on croyait révolue l’époque où les mêmes noms revenaient pour gouverner le pays. Trois familles se partageaient le pouvoir à tour de rôle.

Les Papandréou d’abord, avec Georges, le grand-père, premier ministre dès les années 1930 sous la présidence d’Elefteros Venizelos, le grand homme d’Etat de l’avant-guerre à Athènes, et jusqu’à l’arrivée des colonels au pouvoir en 1967. 

Son fils, Andreas, a dominé la politique grecque de 1981 à 1996, avec la création du PASOK (Parti socialiste panhellénique) après la chute de la dictature en 1974. Son petit-fils, dit «Giorgaki» (le petit Georges) a été Premier ministre de 2009 à 2011. Emporté par la crise économique, il a tenté de revenir en créant en 2015 le Mouvement des socialistes démocrates mais il n’a eu aucun élu. Et pour la première fois depuis 1923, aucun Papandréou ne siège à la Vouli, le Parlement grec.

Les Caramanlis ensuite. Le «grand» Constantin Caramalis, ami de Valéry Giscard d’Estaing, plusieurs fois ministre à partir de 1947, est devenu chef du gouvernement avant et après les colonels puis président de la République de 1980 à 1985 et de 1990 à 1995. Son neveu, Costas Caramanlis, a occupé le poste de Premier ministre de 2004 à 2009.

Les Mitsotakis enfin. Le père, Constantin, n’a été à la tête du gouvernement que pendant trois ans, de 1990 à 1993, mais sa rivalité avec le clan Caramanlis au sein de la droite a animé la vie de la Nouvelle démocratie pendant plus longtemps. Sa fille, Dora Bakoyannis, a été ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Costas Caramanlis avant de se brouiller avec ce dernier au point de quitter le parti et de créer une nouvelle formation, l’Alliance démocrate. Succès éphémère qui l’incite à rejoindre la Nouvelle démocratie pour les élections de 2015.

Voici donc son frère, Kyriakos, nouveau chef du parti. Pendant la campagne interne qui lui a permis de gagner le 10 janvier contre Vangelis Meimarakis, un vétéran sans grand charisme, il a pris soin de marquer ses distances avec sa famille. Sciemment ou non, sa sœur l’y a aidé en prenant position pour Vangelis Meimarakis, qui assurait l’intérim de la présidence de la Nouvelle démocratie depuis la démission d’Antonis Samaras après sa défaite aux législatives face à Syriza.

Mitsotakis contre Tsipras

Avec un rejeton de la famille Mitsotakis qui pourrait un jour ravir le poste de Premier ministre à Alexis Tsipras, assiste-t-on à l’éternel retour de la politique grecque? Les apparences sont peut-être trompeuses. Jeune, éduqué à l’étranger, diplômé de Harvard et de Stanford, polyglotte –en plus du grec, il parle français, anglais, allemand–, Kyriakos Mitsotakis représente une nouvelle génération d’hommes politiques grecs conscients des blocages du pays et déterminés à entreprendre l’indispensable modernisation du système politique et de la société. Il était ministre de réforme administrative dans le dernier gouvernement Samaras et tout le monde s’accorde à louer son engagement pour remplir sa mission, même si ses efforts n’ont pas été toujours couronnés de succès.

Alors que les déçus de Syriza, à gauche comme dans les classes moyennes, sont de plus en plus nombreux, le jeune Mitsotakis propose une autre voie pour sortir la Grèce de l’impasse. Partisan du libéralisme économique, de l’ouverture du pays aux investissements étrangers et des privatisations, il prend soin de ne pas s’attaquer de front aux maigres ressources des victimes de la crise. Il est un rival dangereux pour Alexis Tsipras. Le chef de Syriza n’a que trois voix de majorité au Parlement. Il donne l’impression de toujours hésiter entre ses convictions et les exigences des créanciers pour finalement céder à ces derniers. Et après un an de pouvoir, il a adopté les vieilles pratiques des partis traditionnels qu’il avait dénoncées pour remporter les élections.

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