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L’art et la beauté peuvent nous sauver de la crise actuelle

Beauty lies in the eyes of the subject :) | Explored | Vinoth Chandar via Flickr CC 2.0 License by

Beauty lies in the eyes of the subject :) | Explored | Vinoth Chandar via Flickr CC 2.0 License by

C'est la thèse que défend, superbement, David Brooks.

Contre la crise économique, le terrorisme, le désengagement politique et tous les maux de notre époque, le réflexe habituel est souvent de sortir des batteries de mesures chiffrées. Et si l’on se trompait? Et si les racines de la crise actuelle étaient bien plus profondes, d’ordre moral, éthique, et même... esthétique? 

A force de faire marcher les algorithmes à toute vitesse, de pondre des communiqués officiels en quelques minutes, de ficeler des lois en quelques heures, nous en oublions l’essentiel: cultiver notre âme, et ouvrir les yeux sur la beauté qui nous entoure. C’est en substance le message de David Brooks, éditorialiste pour le New York Times, dans une tribune qui respire la sérénité et le bien-être que procure une lente et profonde contemplation.

La beauté procure de l'empathie

De grande baies vitrées donnant sur la rue, quelques pas de danse qui s’offrent au monde. Voilà ce qui a inspiré à l’auteur ces quelques réflexions:

«Notre époque aime les belles choses. (...) Mais notre civilisation n’est pas spirituellement, émotionnellement et intellectuellement connectée à la beauté. Nous vivons dans une époque post-humaniste, où seul ce qui peut être mesuré compte. (...) Cette époque post-humaniste nous a privés du beau et du sens. Nous avons tourné le dos à une vie dans laquelle le beau, le vrai et le bien étaient profondément liés»

La beauté incite à la spiritualité. Faire l’expérience du beau, poursuit David Brooks, ouvre notre âme, change l’expérience de notre durée et nous rend plus à même de comprendre le monde. Il nous rapproche aussi de ceux qui partagent notre destinée:

«Une personne qui a apprécié la Pieta est plus empathique, elle voit mieux les différentes nuances de la tristesse et elle a une meilleure connaissance du répertoire des émotions», plaide l’éditorialiste.

Légende: The Pieta is a statue by Michelangelo. It is now in the first temple on the right of Saint Peter's Basilica in the Vatican City. | Juan M Romero via Wikipedia CC 4.0 License by

 

Le but de notre civilisation

Pourtant, nous ne semblons jamais vouloir la beauté pour elle-même. Pour défendre les aides accordées à l’art, nous nous appuyons sur des bilans économiques. Consacrer de l'argent à l'art? Fort bien, mais s’il attire des touristes, s’il séduit les investisseurs, s’il permet à un territoire d’être «attractif», s'il occasionne des «retombées économiques». 

Telles sont les raisons que nous avançons pour justifier la construction d’un musée ou la création d’un festival. Jamais nous ne disons simplement que la culture est bonne pour notre âme, pour notre cœur, pour notre intelligence et notre bonheur.

«A d’autres époques, plus romantiques que la nôtre, il était d’usage de considérer que la beauté pouvait transformer le monde. Qu’elle était le but de tout art et peut-être même de notre civilisation», regrette l’auteur.

Changer le coeur pour changer le monde

Et c’est d’autant plus dommage, explique David Brooks, que l’art est peut-être la clé de la crise actuelle que connaissent les Etats-Unis, où les tensions communautaires sont à leur faîte, après la mort de nombreux noirs ces derniers mois, tués par la police américaine. 

Une observation qui pourrait aussi bien s’appliquer à l’Europe et à la France, où un enseignant juif a récemment été poignardé. Où des personnes ont été tuées en masse simplement parce qu’elles faisaient leur course dans un magasin casher. Où les musulmans sont chaque jour la cible de critiques les sommant de renoncer à une partie d’eux-mêmes. Où les femmes qui portent le voile sont agressées. Où pour nombre de nos concitoyens, la fraternité apparaît comme un mot réservé aux frontispices des monuments, mais qui ne leur est pas destiné.

«Si un jour une réconciliation entre noirs et blancs a lieu dans ce pays, ce sera grâce à une compréhension spirituelle et émotionnelle profonde que seul l’art peut créer. On ne peut changer le monde qu’en changeant le coeur et les représentations», conclue David Brooks.

Et pour s'appliquer dès maintenant ce précèpte, voilà quelques occasions de cultiver la beauté, ici, et encore , par-, et par ici. Enjoy.

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