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Pour l'auteur d'une proposition de loi anti-gays en Russie, «les droits de l'homme ne font pas tout»

Une militante pour les droits homosexuels se bat avec un manifestant anti-homosexuel durant la gay pride de Saint-Petersbourg, le 12 octobre 2013. OLGA MALTSEVA / AFP

Une militante pour les droits homosexuels se bat avec un manifestant anti-homosexuel durant la gay pride de Saint-Petersbourg, le 12 octobre 2013. OLGA MALTSEVA / AFP

Le député communiste Ivan Nikitchuk a donné une interview ahurissante pour défendre son projet de texte présenté ce mois-ci à la Douma.

Les homosexuels vont-ils voir leur liberté se restreindre un peu plus en Russie? En 2013, le pays dirigé par Vladimir Poutine avait déjà interdit par le biais législatif la «propagande homosexuelle». Une autre loi va être soumise au vote des députés de la Douma, courant janvier 2016. Elle vise «l'expression publique de relations sexuelles non-traditionnelles, manifestées lors d'une démonstration publique de ses préférences sexuelles déviantes dans l'espace public», indique le quotidien belge 7 sur 7. Elle interdirait aux personnes de même sexe de s'embrasser ou de montrer de l'affection en public. En cas d'infraction, les concernés hériteraient d'une amende de 4.000 à 5.000 roubles (environ 60 euros).

La sanction pourrait même se transformer en quinze jours d'emprisonnements, selon les situations (devant des bâtiments publics comme des musées ou des écoles par exemple). La proposition de loi est portée par des députés du Parti communiste de Russie. Un journaliste de Meduza, un média en ligne letton, a interrogé Ivan Nikitchuk, l'un des porteurs du projet (l'autre étant le député Nikolaï Arefiev). À la question de la raison d'un tel projet, le député répond:

«Avec cette législation, nous n'interdisons personne de se livrer à vous-savez-quoi. Mais nous les empêchons d'afficher leurs désirs démoniaques, ce que l'Ouest aimerait nous imposer... Désolé les gars, mais ceci est la Russie. C'est notre pays, où nous avons toujours respecté les traditions, où nous avons toujours eu jusqu'à aujourd'hui une conscience et le concept de honte. Et tous ces hommes barbus qui s'embrassent, c'est nauséabond, rien de plus.»

«Plantez-vous une tente dans votre pantalon chaque fois que vous voyez un autre homme?»

L'interdiction, détaille le député, concernerait donc tous les endroits «où vous n'êtes pas seul». Des personnes du même sexe marchant dans la rue et se tenant la main pourront être arrêtées par la police, par exemple. Le journaliste lui parle ensuite d'Hillary Clinton –qu'Ivan Nikitchuk a cité dans sa proposition de loi–, expliquant que cette dernière avait assimilé les droits des homosexuels aux droits de l'homme. Il s'ensuit une conversation ahurissante:

«- Écoutez, les droits de l'homme ne font pas tout. Tout ceci devient absurde. Il y a des gens qui aiment pisser dans la rue en public. Alors allons-y et défendons leurs droits! Nous avons atteint le point de l'absurdité, quand il s'agit des droits de l'homme. C'est particulièrement vrai en Occident. Regardez juste ce qu'il se passe à Cologne! Messieurs-Dames: les droits de l'homme.

- Avec tout ce que vous venez de dire, je réalise que vous pensez que les homosexuels sont des malades mentaux.

- Et vous? Êtes-vous une personne normale et décente? Commencez-vous à planter une tente dans votre pantalon chaque fois que vous voyez un autre homme? Pour pouvoir l'enfiler dans le postérieur de l'homme? Ce genre de choses est correct pour vous?»

Une proposition «vague et peu claire»

Dans une précédente interview, à la radio russe Rousskaïa Sloujba Novosteï, Ivan Nikitchouk avait indiqué que le projet de loi ne concernait que les hommes: «Nous pensons que les femmes sont plus raisonnables que les hommes et maîtrisent mieux leurs émotions»

Cependant, le Parti communiste étant minoritaire au sein de la Douma, la loi pourrait ne pas passer. Comme le rappelle Human Right Watch, la commission juridique du parlement russe a conclu que la première version du texte était «vague et peu claire»

D'autant que, diplomatiquement, Vladimir Poutine n'a pas intérêt à soutenir une criminalisation plus poussée de l'homosexualité. Bien qu'il ne soit pas un grand défenseur des droits LGBT (c'est un euphémisme), il avait déclaré en 2014 à l'approche des JO de Sotchi que la Russie était un pays «sûr» pour les homosexuels. En septembre dernier, il avait échangé au téléphone avec le chanteur Elton John sur le sujet.

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