Science & santéCulture

La «rationalité appliquée», dernière mode du développement personnel

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 15.01.2016 à 12 h 41

Repéré sur The New York Times

Les employés de la Silicon Valley s'entichent d'une nouvelle méthode inspirée des sciences du comportement et prodiguée par le «Centre pour la rationalité appliquée», quelque part entre développement personnel et influences new age.

Happy Heart / fauxto_digit via Flickr CC License By

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Le New York Times consacre un long reportage au Center for Applied Rationality (CFAR), un centre de développement personnel au cœur de la Silicon Valley, où de jeunes programmeurs viennent s’initier à la «rationalité appliquée».

Une approche très impreignée de behaviorisme (étude du comportement et des manières de le modifier) et de ses déclinaisons dans le domaine des décisions économiques, en particulier l’œuvre de deux spécialistes de l’économie du comportement, Daniel Kahneman et Amos Tversky, comme des théoriciens du «nudge», ces incitations discrètes mises en place par les gouvernements ou les entreprises pour influencer le comportement des individus.

Un «code du bonheur»

Lors des formations qu’il prodigue, le CFAR s’inspire des mêmes théories et applique les mêmes méthodes pour résoudre des problèmes qui se posent au niveau de trajectoires individuelles. Il peut s’agir de corriger de mauvaises habitudes acquises, comme vouloir faire plus de sport, mais ne pas aller à la salle de gym, ou vouloir changer de travail mais ne pas postuler. Dans ces situations, deux systèmes s’affrontent: celui de la gratification immédiate (qui consiste à contourner la contrainte) et la projection dans le futur (qui valorise les objectifs de long terme). Les stagiaires y apprennent à identifier leurs mauvaises habitudes et à comprendre ce qui les bloque.

La philosophie du centre repose sur la recherche d’un «code du bonheur», pour reprendre le titre de l’article, car l’analogie avec le monde des technologies de l’information est manifeste: les partisans de la rationalité ont tendance à parler du cerveau comme d’une sorte d’ordinateur obsolète, bourré de vieux logiciels hérités mais qu’il est possible de reprogrammer si on en maîtrise le code. Les participants sont d’ailleurs souvent des jeunes qui travaillent chez les géants du secteur tech: Google, Amazon, etc.

«Et si j’allais au jujitsu ce soir plutôt que d’aller dîner?»

Certains d’entre eux diversifient leurs investissements en développement personnel, par exemple en menant en parallèle des séances de psychothérapie et des stages de rationalité appliquée. «C’est une approche différente, explique un des stagiaires rencontré par la journaliste. La thérapie traite plutôt des grandes questions de la vie. La rationalité appliquée est plus pratique, par exemple [pour répondre à la question] “Et si j’allais au jujitsu ce soir plutôt que d’aller dîner?” »

Au bout de quelques sessions, la journaliste admet que le jargon rationaliste, qui confine parfois au culte, l’a dérangée. D’autant que les participants ont un intérêt prononcé pour toutes sortes de concepts étranges allant du polyamour à la cryogénie en passant par le risque que la civilisation soit dominée par les machines... Il faut dire que centre de formation est une entité issue du Miri, centre de recherche cofondé par Eliezer Yudkowsky, chercheur lié au mouvement de la singularité, qui étudie la manière dont la technologie peut modifier l’humanité.

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