Le chômage va laisser une marque indélébile sur le quinquennat de François Hollande

Lors d'une manifestation, le 7 décembre 2013 à Paris. ERIC FEFERBERG/AFP.

Lors d'une manifestation, le 7 décembre 2013 à Paris. ERIC FEFERBERG/AFP.

Pour revenir à la situation de mi-2012, il faudrait que le nombre de chômeurs baisse d’un quart en un an. Impossible, même avec un plan massif pour l’emploi, bien tardif même si nécessaire.

A quinze mois de l’élection présidentielle de 2017, le plan d’urgence pour l’emploi –aussi massif soit-il– voulu par François Hollande a bien peu de chance de permettre au chef de l’Etat de tenir ses promesses sur l’emploi sur l’ensemble du quinquennat, car il arrive bien tard. Fin 2015, selon le ministère du Travail, le nombre de chômeurs sans aucun emploi ou travailleurs précaires en activité réduite a augmenté de 24% par rapport au tout début du quinquennat, avec près de 5,4 millions de personnes pour les catégories A, B et C de Pôle emploi. Et pour retrouver le niveau de juin 2012, il faudrait recréer 1 million d’emplois en quinze mois. C’est mission impossible.

Ces cinq années de François Hollande à l’Elysée resteront marquées par une progression du chômage en France. Et surtout du chômage de longue durée, puisque le nombre de chômeurs totalisant plus d’un an à Pôle emploi a augmenté de 45% entre mi-2012 et fin 2015 –avec un échec encore plus cuisant sur les chômeurs de très longue durée (trois ans et plus) dont le nombre a progressé de 76% sur cette période. Encore ne s’agit-il que des statistiques de Pôle emploi, ce nombre étant bien plus important si on inclut tous les chômeurs qui, n’étant plus indemnisés, ne pointent plus à Pôle emploi et ne sont donc plus comptabilisés.

Les illusions perdues

Certes, on aimerait que ces projections soient prises en défaut et que le nouveau plan préparé par la ministre du Travail Myriam El Khomri permette de ramener vers l’emploi en un an autant de chômeurs de longue durée qu’il n’y en eut en plus durant ces trois dernières années.

Toutefois, si des solutions pouvaient être aujourd’hui mises en place pour aboutir à une si grande efficacité, on ne comprendrait pas alors que les gouvernements Ayrault et Valls ne les aient pas déployées plus tôt, par exemple lorsque François Hollande composait sa fameuse «boîte à outils» destinée à colmater les brèches sur le marché de l’emploi. C’était à l’époque où le chef de l’Etat prédisait une «inversion de la courbe du chômage». La promesse en avait été faite en septembre 2012, et sa réalisation devait intervenir un an plus tard.

Mais fin 2013, on devait déchanter. Pas d’inversion à l’horizon, le chômage avait continué de grimper et la croissance économique était trop faible pour laisser espérer le retournement promis. Il n’y eut malheureusement pas de surprise: le nombre de demandeurs d’emplois a continué de grossir,de 11% entre fin 2013 et fin 2015 pour les catégories A, B et C. Avec un échec qui s’est prolongé sur les chômeurs de longue durée (+20% en deux ans pour les chômeurs de plus d’un an, +37% pour les plus de trois ans).

Ainsi, même si on ne peut espérer un effacement en un an de l’augmentation du chômage enregistrée depuis mi-2012, il sera aussi très difficile de revenir dans ce délai à la situation de fin 2013, lorsque l’inversion promise de la courbe du chômage aurait dû intervenir. Car pour effacer ces deux années dans les chiffres du chômage, il faudrait que Pôle emploi compte environ 500.000 chômeurs de moins en un an, dont 200.000 de plus de trois ans.

Une croissance trop anémique de l’économie

Les objectifs avancés pour l’apprentissage et la formation professionnelle –qui ne furent jamais atteints jusqu’à présent– affichent des ambitions à cette hauteur. Mais même si les structures pouvaient le permettre et au-delà du traitement statistique du chômage, le marché de l’emploi est-il lui-même suffisamment dynamique pour faire face?

La croissance, fin 2015, n’est pas aussi soutenue qu’on aurait pu l’espérer. Pourtant, les fenêtres d’opportunités étaient toutes bien orientées, qu’il s’agisse de la baisse du coût de l’énergie, du recul de l’euro face au dollar, des taux de crédit particulièrement bas et de la réduction du coût du travail sous l’effet du pacte de responsabilité. Mais malgré tous ces paramètres favorables, la croissance n’aura été que de 1,1% l’an dernier, plombant l’élan pour 2016. De sorte que l’Insee ne prévoit qu’une légère amélioration de 0,4% au premier trimestre 2016, et pas plus au deuxième trimestre.

Constatant que, pour intégrer les nouveaux entrants sur le marché du travail plus nombreux que les départs en retraite, l’économie française doit créer plus de 150.000 emplois avant de ne baisse le nombre de demandeurs d’emploi, Myriam El Khomri a même reconnu le 9 janvier qu’une croissance de 1,5% cette année ne permettrait pas de faire reculer le chômage… avant de revenir sur ses propos trois jours plus tard pour affirmer que la courbe du chômage s’inversera en 2016.

Tout dépend du moment où cette inversion de la courbe se manifestera: si le renversement intervient dans la deuxième partie de l’année voire à la fin, il y aura bien inversion mais pas forcément recul massif.

L’Insee est plus optimiste qui, dans sa note de conjoncture de décembre 2015, anticipe une légère baisse du taux de chômage en 2016. L’Unedic, qui table sur quelque 50.000 chômeurs de moins fin 2016, est sur la même ligne. Mais au regard des commentaires de l’institut de la statistique, pas question de crier victoire: «Le taux de chômage s’élèverait à 10,4 % mi-2016 (10,0% en France métropolitaine) et retrouverait ainsi son niveau du deuxième trimestre 2015.» Ainsi, globalement, on n’effacerait en 2016 que l’augmentation du chômage de 2015… Une inversion, peut-être. Mais pas de retour à la situation de mi-2012.

De nombreuses mesures, pas assez efficaces

Tout dépendra des effets du plan «massif» pour l’emploi annoncé par François Hollande à l’occasion de ses vœux et présenté le 18 janvier, et de la façon dont les entreprises réagiront. Jusqu’à présent, les 40 milliards d’euros du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et du pacte de responsabilité, auxquels sont venus s’ajouter la capacité de «suramortir» les investissements pour les rendre plus attractifs, ainsi qu’une aide pour les TPE qui embaucheraient leur premier salarié et une réduction des charges sur les bas et moyens salaires… n’ont pas débouché sur les créations de postes massives espérées. Pas plus que les accords tels celui sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi destiné à introduire plus de souplesse dans la gestion des capacités de travail.

Pourtant, le Premier ministre Manuel Valls et son ministre de l’Economie Emmanuel Macron ont multiplié les signaux en direction des chefs d’entreprises pour se rapprocher d’eux et manifester la compréhension de leurs besoins. Mais le véritable moteur des recrutements passe par la sécurisation et l’accroissement des portefeuilles de commandes. Or, avec des progressions anémiques de la croissance économique, le rebond de l’activité n’est pas au rendez-vous.

Un contexte toujours difficile

C’est l’économie qu’il faut dynamiser, pas seulement les conditions d’embauche. Car malheureusement, les plans sociaux se poursuivent dans l’industrie automobile et l’agroalimentaire, et d’autres ont été annoncés dans des entreprises de premier plan comme Areva ou Air France, Renault Trucks, La Halle aux vêtements, Radio France, MoryGlobal, Gefco…

De nouvelles suppressions d’emplois sont à craindre chez Alcatel-Lucent repris par Nokia, Norbert Dentressangle racheté par XPO Logistics, ou chez STMicro comme chez Schneider Electric, qui délocalise. Et si elle profite aux automobilistes, la dégringolade des cours du pétrole affecte le secteur de l’énergie qui licencie, tant chez Schlumberger que chez Technip et tous les sous-traitants du secteur, qui souffrent de la chute des investissements des groupes pétroliers.

Sans parler de General Electric qui, après avoir repris les activités d’Alstom dans l’énergie, commence à tailler dans les effectifs. Et si le rachat de Bouygues Télécom par Orange devrait aboutir, on peut être certain qu’il déboucherait sur des réductions d’effectifs, notamment dans le back office et dans le réseau commercial, où les boutiques des deux opérateurs sur le terrain sont souvent en concurrence frontale.

Un contexte bien médiocre à quinze mois de la fin du quinquennat de François Hollande, qui a imprudemment conditionné sa candidature à l’élection de 2017 au résultat de sa politique de l’emploi et à la crédibilité des mesures prises pour 2016. Mais le quinquennat, sur son intégralité, restera indélébilement marqué par une hausse du chômage.

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