Culture

Alan Rickman, l’acteur qui était bien plus que «Rogue dans Harry Potter»

Christophe-Cécil Garnier et Vincent Manilève, mis à jour le 14.01.2016 à 16 h 32

L’acteur britannique, qui jouait l’un des méchants de la saga «Harry Potter» au cinéma, était un visage bien plus familier qu’on ne le croit.

Image extraite du film «Galaxy Quest», sorti en 1999.

Image extraite du film «Galaxy Quest», sorti en 1999.

«Ha bon? C’est lui qui joue Rogue?» Cette phrase, nous l’avons entendu de nombreuses fois, surtout quand Love Actually passait pour la énième fois à la télévision. Son rôle de Severus Rogue, cruel professeur dans les films Harry Potter, a peut-être été celui qui a le plus marqué les générations les plus jeunes, qui lui rendent hommage depuis longtemps à grand renfort de mèmes.

Le choc a donc été immense quand la presse anglaise a annoncé la mort de son interprète, Alan Rickman, à l’âge de 69 ans, le 14 janvier 2016, à la suite d’un cancer. Sur internet, les hommages, très nombreux, faisaient pour beaucoup référence à son rôle. À tel point que le hashtag «Snape» (nom de Rogue en anglais) a vite été l’un des mots les plus diffusés sur Twitter par l’armée de fans du personnage. Même la YouTubeuse EnjoyPhoenix lui a consacré un tweet. 

Les médias ont pour la plupart également fait référence à son rôle dans la saga du petit sorcier à lunettes.

Débuts parfaits

En revanche, l’un de nos chefs, dont on gardera l’identité secrète et qui n’a jamais été submergé par le culte Harry Potter, nous a avoué que le nom d’Alan Rickman ne lui évoquait rien. Alors même qu’il avait visionné de nombreux films avec lui. Il s’agit d’une situation paradoxale où un acteur de près de 70 ans et qui a fait une grande partie de sa carrière au théâtre, est devenu bien plus connu par les jeunes que chez leurs aînés. Voici donc quelques uns des autres grands rôles d’Alan Rickman sur grand écran.

Quand sa carrière cinématographique commence, il a déjà 41 ans. Et pourtant il va réussir à passer par la grande porte, celle d’Hollywood. Le Guardian raconte qu'il était arrivé à Los Angeles depuis deux jours à peine quand on lui a proposé le rôle d’Hans Gruber, l’adversaire de Bruce Willis dans le tout premier Die Hard, Piège de cristal (1988). Impossible d'oublier cette scène ou le sanguinolent McCLane éclate de rire et abat Gruber, ni cette chute dans le vide et le regard paniqué de Rickman, qui resteront l’un des moments les plus célèbre de la saga.


Un faux air sérieux

Deux ans plus tard à peine, il rejoint un autre blockbuster hollywoodien, l'excellentissime Robin des Bois: Prince des voleurs, où il met à mal son visage sévère et sérieux. Incarnant le Shérif de Nottingham, autocrate jaloux et à la limite de la bipolarité, il arrive à instiller un soupçon de ridicule dans son personnage, traduit par des mimiques (notamment ces haussements de sourcils) qui le ramènent à son passé théâtral.

Une tirade qui a marqué les fans de ce film est sa menace lancée à Kevin Costner: «Je vais t'arracher le cœur avec une petite cuillère». Elle a beau perdre de sa puissance hors contexte, elle prouve pourtant qu'il avait toute la personnalité torturée nécessaire à un «vrai» méchant (amplifié, il est vrai, par le fait qu'il ait tué son cousin). 

Cette idée de se parodier sans perdre son air sérieux se retrouve également en 1999 avec Galaxy Quest (excellentissime, lui aussi). Dans cette parodie de Star Trek –où des acteurs d'une série TV spatiale sont appelés en renfort par de véritables aliens pour vaincre un pirate de l'espace. Alan Rickman y joue Alexander Dane, l'acteur qui interprète lui-même le Docteur Lazarus, pendant de Monsieur Spock dans Star Trek

Grimé en Mak'tar, l'espèce de son personnage, il montre dans chaque scène à quel point il déteste son rôle, grâce auquel il a pourtant acquis une renommée mondiale (aucun parallèle avec son rôle de professeur Rogue, les films Harry Potter étant sortis plus tard). 

Une voix exceptionnelle

La mise en abyme est encore plus intéressante car son rôle dans Galaxy Quest multiplie les parallèles avec sa propre carrière au théâtre pour s'autoparodier. Alexander Dane est un personnage amer, qui ne rate jamais une occasion de rappeler qu'il est avant tout un acteur shakespearien alors que les conventions Galaxy Quest l'obligent à ne prononcer qu'une phrase: «Par le Marteau de Grabthar, par les soleils de Warvan, tu seras vengé!» (ce qui, bien entendu, énerve profondément son personnage). 

Les adeptes de films de Noël le connaissent aussi pour son rôle dans le film choral Love Actually (2003), qu’il a tourné entre deux Harry Potter. Il y joue Harry (tiens tiens), directeur d’une agence de design qui s’ennuie dans son couple et va progressivement céder aux avances de sa jeune secrétaire. Une liaison que sa femme va bien évidemment découvrir, livrant l’un des moments les plus tristes ce cette comédie romantique parfois mielleuse, mais qui demeure l’une des plus grandes références du genre.


Que ce soit dans une comédie, dans un film d’action ou dans un délire interstellaire, Alan Rickman a réussi à se distinguer grâce à une chose en particulier: sa voix. Son ton a tellement marqué les esprits que la science a statué sur son cas et a déclaré qu'il avait la voix la plus parfaite possible. Difficile donc d'ignorer ses rôles au cinéma, même quand on ne le voit pas à l'écran. 

Sa voix a ainsi été utilisée pour illustrer le ton grave et particulièrement déprimé de Marvin, le robot mi-attachant mi-très énervant du film H2G2: Le guide du voyageur intergalactique.

 

La lecture qu'il a réalisée du sonnet 130 de Shakespeare permet de prendre conscience que la scène et les plateaux de tournage viennent de perdre l'une de ses plus belles voix. 

 

Enfin, on ne pouvait pas terminer cette liste sans évoquer cette interprétation bizarre mais géniale de Play, de Samuel Beckett. On y voit Rickman, mais aussi Kristin Scott Thomas, émerger depuis des jarres et réciter la pièce avec une diction effrénée mais parfaite. Encore une preuve, s'il en fallait une, qu'Alan Rickman était bien plus qu'un simple professeur de potions. 

Christophe-Cécil Garnier
Christophe-Cécil Garnier (63 articles)
Journaliste à Slate.fr
Vincent Manilève
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Journaliste
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