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Il ne faut pas trop s’enthousiasmer devant la fin de l’épidémie d'Ebola

Une prise de sang est effectuée sur un survivant dans un hôpital à Monrovia, le 17 juin 2015 au Liberia | REUTERS/Stringer

Une prise de sang est effectuée sur un survivant dans un hôpital à Monrovia, le 17 juin 2015 au Liberia | REUTERS/Stringer

Le virus est déjà réapparu plusieurs fois et le cas des survivants est mal connu.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré officiellement jeudi 14 janvier la fin de l’épidémie du virus Ebola en Afrique de l’Ouest. Après le Sierra Leone et la Guinée, c’est le Liberia –les trois pays ont concentré 99% des victimes– qui a annoncé être débarrassé de l’épidémie après qu’a été révolue la période de quarante-deux jours, soit deux fois la durée d’incubation maximale de vingt-et-un jours pour la maladie. En deux ans, la plus meurtrière épidémie du virus a provoqué la mort de plus de 11.000 personnes. L’annonce de l’OMS est donc plus qu’une bonne nouvelle.

Mais pour plusieurs raisons, il ne faut pas être trop enthousiaste.

Réapparition du virus

Tout d’abord, le virus est réapparu plusieurs fois dans les pays concernés après que le dernier cas a été annoncé par les autorités sanitaires nationales et internationales. Au Liberia, la fin de l’épidémie avait déjà été annoncée deux fois. Le 9 mai 2015, l’OMS avait annoncé que le dernier malade était déclaré guéri.

«Je pense et j’espère que, d’ici le 14 mai, le Liberia sera totalement libéré de la maladie. En ce qui concerne Ebola, grâce à la détermination des populations libériennes et de notre gouvernement, nous avons pu contrôler la maladie», avait déclaré la présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf fin avril 2015.

Mais la maladie était revenue le 29 juin, provoquant la mort de quatre personnes dans les jours suivants. Le même cas de figure s’était répété en septembre. 

Le Sierra Leone voisin a également été confronté à la résistance du virus. En juin 2015, le pays avait annoncé la fin de l’épidémie sur son sol après trois semaines sans nouveaux cas. Mais quelques jours après, un test positif sur une femme enceinte avait été signalé. Dans un long reportage dans la région tropicale de Kenema, l’un des foyers de l’épidémie dans l’extrême est du Sierra Leone, le site Mosaic racontait les difficultés à éradiquer le virus en raison des cérémonies funéraires faites sans précautions par les habitants –le malade, même mort, reste extrêmement contagieux.

Des quartiers populaires de Freetown, la capitale du Liberia, ont aussi été touchés par le retour du virus. L’une des explications était la contamination d’habitants par des pêcheurs en provenance de Kambia, ville en amont de la rivière Kolenté, qui venaient vendre le poisson dans la capitale.

Sperme des survivants

Tous ces précédents ont invité l’OMS à faire preuve de beaucoup de prudence dans son annonce du jeudi 14 janvier. Le Liberia est maintenant placé sous «surveillance renforcée» pour une période de quatre-vingt-dix jours.  

Sur le long terme, un autre élément inquiète particulièrement les autorités sanitaires: celui de la persistance du virus chez les survivants de la maladie, qui sont plus de 15.000. Le 14 octobre 2015, la revue scientifique The New England journal of medicine publiait une étude qui révélait que le virus persistait dans le sperme des hommes survivants pendant au moins neuf mois après leur guérison:

«Ces résultats arrivent à un moment essentiel, en nous rappelant que, si le nombre des cas continue de baisser fortement, les survivants et leurs familles luttent toujours contre les effets de la maladie, commentait à l’époque le docteur Bruce Aylward, représentant spécial de l’OMS chargé de la riposte à Ebola. Cette étude apporte de nouvelles données indiquant que les survivants ont besoin d’un appui continuel et substantiel pendant 6 à 12 mois pour faire face à leurs difficultés et pour s’assurer que leurs partenaires ne soient pas potentiellement exposés au virus.»

Aujourd’hui, le risque de transmission du virus par des survivants est reconnu comme faible, mais il existe. Et l’hypothèse est prise au sérieux par les spécialistes. 

«Nous sommes maintenant dans une période critique de l’épidémie d’Ebola. Le risque de réintroduction de l’infection va diminuer progressivement au fur et à mesure que le virus va disparaître de la population de survivants, mais nous anticipons toujours de nouveaux cas et nous sommes préparés pour cela», a ajouté le 14 janvier le docteur Bruce Aylward.

Pour être définitivementt débarrassée d’Ebola sur le long terme, l’Afrique attend un vaccin. Mais les recherches qui ont démarré de quasiment zéro au début de l’épidémie n’ont pas encore abouti à un vaccin fiable, comme le rappelle Le Monde.  

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