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Les Britanniques ont tout compris à la lutte contre la radicalisation

Vidéo du National Police Chiefs' Council pour décourager les mères britanniques à rejoindre les rangs de Daech en Syrie

Dissuader les candidates au djhad en leur faisant entendre les voix de celles qui ont fui le groupe djihadiste: c’est le pari de la police britannique, qui vient de mettre au point une nouvelle campagne de lutte contre les dérives djihadistes.

La séquence, lancée par une femme policière en uniforme, met en scène Fatten, Isaaf et Zakaa, trois réfugiées syriennes. Elles sont toutes les trois mères et s’adressent particulièrement aux jeunes femmes britanniques qui prévoient de gagner la Syrie avec leur(s) enfant(s).

Leur message est lapidaire et limpide: «Je voudrais dire aux femmes qui veulent venir dans notre pays que c’est le mauvais endroit pour leurs enfants. [...] Le meilleur avenir pour votre enfant se trouve chez vous. La vie est bien meilleure ici qu’en Syrie. Pourquoi les emmener dans une zone de guerre?»

En quelques minutes à peine, ces trois femmes résument toute l’absurdité de la démarche du «djihad en famille»: partir avec femmes et enfants dans un pays en guerre pour sauver des femmes et des enfants persécutés par ceux qui prétendent les défendre.

La parole aux populations civiles

À bien des égards, cette vidéo est bienvenue. D’abord, elle a le mérite de donner la parole aux principales victimes de l’organisation État islamique (EI): les populations civiles. Car qui mieux que ceux et celles qui ont vécu sous le joug de Daech pour dissuader les Européennes de grossir leurs rangs?

Ensuite, dans la mesure où toute la rhétorique de l’EI consiste essentiellement à se présenter comme seul défenseur des musulmans et du peuple syrien et à recruter les plus jeunes, et en particulier les femmes, sur un fondement humanitaire, il est tout à fait judicieux de donner à entendre à ces candidats au djihad la réalité dite de la propre bouche de ce peuple syrien. Un peuple qui fuit le régime syrien, mais aussi, et peut-être même surtout, la barbarie des djihadistes.

Enfin, cette campagne a choisi de s’adresser à une population particulièrement à risque: les femmes et jeunes femmes qui sont de plus en plus nombreuses à partir seules, ou en famille, en Syrie ou en Irak.

Génitrices, promises et recruteuses

En Grande-Bretagne, rappelle le Washington Post, cinquante-six femmes et adolescentes ont été déclarées disparues par leurs familles, qui soupçonnent un départ pour la Syrie. Le pays a particulièrement été ébranlé par l’histoire de Khadiza Sultana, une jeune fille de 16 ans à peine, élève modèle et sans histoire, qui a rejoint Daech avec ses deux amies, Amira Abase et Shamima Begum. Elles seraient toutes les trois en Syrie, mariées à des djihadistes occidentaux.

La famille de Khadiza avait confié n’avoir strictement rien vu venir et parlait d’une jeune fille qui adorait les pyjama parties et le parfum Lacoste.

Le cas des femmes ayant rejoint l’EI est de plus en plus documenté parce qu’en net développement: 200 femmes françaises seraient actuellement dans les rangs de Daech, soit trois fois plus qu’il y a deux ans, d’après un rapport des services de renseignements que s’est procuré France Inter.

Et contrairement à ce qui a beaucoup été dit, leur rôle au sein de l’organisation est de moins en moins anecdotique. D’après un rapport du think tank Institut for Strategic Dialogue, elles ont conservé leur fonction de «génitrices» et de «promises» mais font de plus en plus souvent partie de brigades faisant appliquer la charia, servent la propagande et le recrutement pour le califat autoproclamé.

Stratégie de sensibilisation

Il est donc bien urgent de s’adresser aux occidentales dont le projet est de rejoindre l’EI. Et la manière britannique semble pleine de bon sens et, en tout cas, bien meilleure que la campagne française «Stop djihadisme», dont beaucoup de spécialistes disent qu’elle est non seulement inefficace mais aussi qu’elle suscite les ricanements des djihadistes.

D’ailleurs, la presse britannique s’était abondamment moquée de la campagne au moment de son lancement en janvier 2015. «Quelle horreur! France Unveils Anti-Jihadist Propaganda Campaign», titrait alors Foreign Policy, qui soulignait qu’elle oscillait entre «entre l’autocaricature et l’extrême sérieux».

Notons qu’à l’inverse de la campagne française, assez peu subtile et qui résume le djihadisme à l’État islamique, la vidéo britannique a également l’intelligence d’évoquer la guerre et le djhadisme sans jamais citer l’EI. Et donc sans jamais lui faire l’honneur de désigner Daech comme seule et unique menace et comme l’unique acteur du djihad mondial. Or, c’est exactement ce que martèle l’EI à longueur de messages et vidéo.

Reste à espérer que la France,  qui, contrairement à beaucoup de pays, rechigne même à donner la parole à des djihadistes repentis dans ses campagnes de sensibilisation, s’inspirera de la vidéo britannique pour repenser sa stratégie de communication et la débarasser de ce qu’elle peut avoir de grotesque.

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