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Le 13 novembre, «on faisait état d’une personne tirant gare du Nord avec un grand nombre de victimes»

Les pompiers à proximité du Bataclan, le 13 novembre 2015 | REUTERS/Christian Hartmann

Les pompiers à proximité du Bataclan, le 13 novembre 2015 | REUTERS/Christian Hartmann

Le général Philippe Boutinaud, commandant de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, a témoigné devant l'Assemblée nationale de son vécu de la nuit des attentats.

Il avait déjà témoigné (et répondu aux critiques) dans plusieurs médias, dont France Bleu et France 2, mais c’est sans doute à l’Assemblée nationale que le général Philippe Boutinaud, commandant de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, a fourni le témoignage le plus complet de l’action de ses hommes lors des attentats du 13 novembre. Organisée le 16 décembre, son audition par la commission de la Défense a fait l’objet d’un compte-rendu mis en ligne début janvier, signalé par le blog RP Défense. Philippe Boutinaud y raconte en détail, de 21h19 le 13 novembre à 5h30 le 14, une opération qui a mobilisé 680 personnes (430 sur le terrain et 250 en soutien), ce qui en fait «peut-être la plus importante [opération de secours] jamais effectuée par les pompiers de Paris si l’on exclut les bombardements de la Seconde Guerre mondiale».

Les informations disponibles. «Entre 21 heures 30 et 22 heures, nous avons reçu 700 appels, dont certains faisaient état de fusillades, d’autres d’explosions, d’autres de scènes de panique ou de prises d’otages. On nous indiquait de très nombreuses adresses différentes, car, outre les angles de rue, de nombreuses personnes, blessées et échappées du Bataclan par exemple, se réfugiaient sous des portes cochères dans les rues voisines ou montaient dans la première voiture qui passait.»

L’anticipation d’une attaque multi-sites. «Nous étudiions notamment depuis cet été le cas d’une course mortifère dans Paris. [...] Au troisième attentat, j’ai donné l’ordre de réduire l’envoi des moyens demandés pour plan rouge alpha, afin de ne pas nous trouver démunis. Je craignais en effet que le scénario de Bombay se répète, et que les terroristes aillent dans une gare après avoir visé des gens attablés à des terrasses de café. [...] J’avais abordé le scénario d’un raid mortifère dans Paris avec le préfet de police et avais rencontré le chef du Samu de Paris, pour en discuter et organiser des exercices d’entraînement

La gestion du Stade de France. «Nous avons demandé et obtenu que le stade ne soit pas évacué. En effet, pendant que les spectateurs regardaient le match, dès lors qu’aucune explosion n’avait eu lieu à l’intérieur, les gens risquaient moins dans le stade que dehors, où des kamikazes auraient pu se mêler à la foule pour alourdir le bilan.»

Le statut des pompiers en zone d’attentat. «Tout d’abord, il fallait déterminer si les terroristes se trouvaient toujours dans la zone, car on ne peut pas être pompier et tenir une arme. Un élu local m’a récemment demandé s’il fallait armer les pompiers. Je lui ai répondu qu’un médecin tenait une perfusion et non un fusil lorsqu’il s’occupait d’un soldat blessé. Il n’est donc pas question d’armer les pompiers, car si l’on devait assurer notre sécurité, on ne soignerait plus les gens»

La rumeur. «Elle a toujours existé mais auparavant elle provenait du bas alors que, maintenant, ce sont les chaînes d’information émettant en continu qui la créent. Un bruit faisait état d’une personne tirant dans la gare du Nord avec un grand nombre de victimes. Nous sommes parvenus à le dissiper en demandant aux appelants s’ils avaient vu eux-mêmes des blessés ou le tireur.»

L’après. «Dès leur retour d’interventions, j’ai demandé à tous les garçons et les filles qui avaient participé au secours la nuit du 13 au 14 novembre d’écrire librement ce qu’ils avaient fait. Cet exercice présente deux vertus: savoir ce qui a été accompli sans réécriture postérieure de l’histoire et favoriser le désamorçage psychologique. En effet, les pompiers au Bataclan ont découvert soixante-dix-huit morts dans la salle de spectacle et ont entendu sonner les téléphones portables des personnes décédées que leurs proches tentaient de joindre. [...] Tous les personnels intervenus le 13 novembre, y compris moi, sont passés devant un psychologue.»

Le 17 décembre, Philippe Boutinaud avait aussi témoigné de cette «guerre au cœur de la cité» lors d’un RETEX (retour d’expérience) organisé à Paris:

«J’étais au Stade de France lors de la première explosion. Ce type de bruit n’a rien d’exceptionnel dans un environnement de stade avec les pétards des supporters. Mais j’ai eu un doute et, lorsque je suis sorti de l’enceinte, j’ai vu le corps du terroriste. Au même instant, j’ai reçu le message m’informant de la première fusillade rue Bichat. La BSPP prend en charge en moyenne tous les mois quatre-vingt victimes de plaies par armes blanches ou armes à feu. Mais j’ai vite fait le rapprochement et compris que ça allait être sérieux.»

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