Libérez iTunes!
La manœuvre d'Apple pour bloquer l'accès de ses logiciels à ses concurrents est hypocrite.
- iPhone update -
En mai, Palm annonçait la sortie de son nouveau téléphone, le Pre, capable de faire ce qu'un seul smartphone au monde pouvait auparavant accomplir - «se synchroniser sans accroc avec iTunes». Depuis des années, les fabricants de lecteurs de musique numérique ont essayé de rivaliser avec l'hégémonique application musicale d'Apple. Ils ont tous échoué. iTunes est l'un des logiciels les plus téléchargés au monde et c'est surtout grâce à lui que les gens aiment l'iPod et l'iPhone. Palm – dont le PDG, Jon Rubinstein, est un ancien exécutif d'Apple ayant joué un rôle dans la création de l'iPod – a compris qu'il ne pourrait pas battre iTunes. Alors pourquoi ne pas s'en rapprocher?
Pour une simple raison – Apple ne permet pas à des appareils tiers de se synchroniser avec son logiciel. Mais Palm a facilement trouvé la parade : chaque appareil qui se connecte au port USB d'un ordinateur s'identifie grâce à un code marchand ou produit. Palm a simplement copié le code USB d'Apple. Quand vous branchez votre Pre sur votre PC, il s'identifie en tant qu'iPod. ITunes pense que vous venez de connecter quelque chose qui a été fabriqué par Steve Jobs – et synchronise votre musique et vos films de la même manière que si vous aviez acheté le gadget dans l'Apple Store.
Apple, bien sûr, n'approuve pas. Et c'est ainsi qu'a débuté un pénible jeu du chat et de la souris. A chaque fois qu'Apple sortait une nouvelle version d'iTunes, la capacité de synchronisation du Palm Pre était désactivée; elle revenait à chaque fois que Palm mettait à jour son logiciel. Exemple: alors qu'Apple vient de sortir son iTunes 9, le Pre ne peut plus se synchroniser avec le logiciel d'Apple; Palm a déclaré être en train de travailler pour restaurer l'accès. En juillet, Palm s'est plaint de ce blocage à l'USB Implemeters Forum (USB-IF), l'association qui gère les spécifications USB. Mais cette manœuvre s'est retournée contre Palm. Dans une lettre envoyée fin septembre, l'USB-IF disculpait Apple et désignait Palm comme fautif pour avoir copié les codes USB d'Apple.
L'USB-IF ne dit pas si elle va ou non tenter de renforcer sa décision; Palm dit en prendre bonne note. J'espère que la marque continuera à chercher des moyens de se synchroniser à iTunes car le combat, s'il semble ridicule, a son importance et Palm est clairement sur la bonne voie. Apple a peut-être l'USB-IF de son côté, et la firme peut aussi être protégée par les législations sur le copyright. Mais en bloquant l'accès de son application à des appareils non Apple, Apple viole un principe informatique plus fondamental – selon lequel des appareils dissemblables peuvent se connecter librement entre eux. Ce principe sous-tend tout ce que nous considérons aujourd'hui comme technologiquement acquis: c'est pour cela qu'internet est devenu notre bureau domestique et c'est toute la fonction même du PC. Et c'est pour cela que Palm doit continuer à assaillir la forteresse iTunes.
Je ne prétends pas que Palm est légalement en droit de pirater le logiciel d'Apple, ni n'appelle au renfort d'aucune autorité qui contraindrait Apple à laisser Palm faire; si la course du chat et de la souris en vient aux prétoires, il est très probable qu'Apple gagne la bataille. J'incite plutôt Apple à abdiquer. Mieux : la firme devrait créer une voie légale pour que Palm, et toutes les autres marques puissent se synchroniser sur iTunes. Pourquoi ? La raison la plus évidente est que cela serait bénéfique aux utilisateurs d' iTunes. Personne, à part Apple, n'a à gagner avec ces logiciels fermés. Apple loue fréquemment les avantages de la musique numérique – la commodité, la flexibilité, l'écologie. Mais en quoi est-ce flexible si on ne peut synchroniser que les appareils d'une seule marque?
De plus, le blocage d'Apple est hypocrite. Comme toutes les autres firmes technologiques, Apple a énormément profité de l'esprit d'interconnectivité imprégnant tout le secteur. L'iPod aurait été un fiasco si Microsoft l'avait empêché de se brancher sur des PCs. Idem pour l'iPhone – c'est une fierté pour Apple que de le voir se synchroniser avec Outlook, Microsoft Exchange, Gmail, Yahoo, et n'importe quoi d'autre. Apple, firme laissée autrefois pour morte, a réussi son comeback parce que les Macs, brillamment marketés, sont aujourd'hui les ordinateurs les plus sexy que vous puissiez acheter. A l'aube du XXIe siècle, Jobs s'est mis à vendre le Mac comme le «hub numérique» domestique. Vous savez ce qu'il voulait dire? Que le Mac pouvait se brancher à tout. Le pitch a clairement fonctionné: Apple continue à vendre ses machines en soulignant leur capacité à se connecter à des réseaux Windows et leur compatibilité avec des imprimantes, appareils photos et autres appareils de marques diverses. La dernière version du Mac OS peut même automatiquement se synchroniser avec Microsoft Exchange – quelque chose que même Windows ne permet pas.
Les défenseurs d'Apple pourront toujours dire que la marque se connecte à des systèmes qui lui ont donné l'autorisation légale de le faire: Apple ne pirate pas pour établir sa compatibilité. Et nous devrions en vouloir à Palm pour cela? L'argument est circulaire. Palm est obligé de s'en remettre à un piratage parce qu'Apple ferme toutes les voies légales d'accès – en rendant illégale cette même compatibilité qui a longtemps été la raison d'être d'Apple. Le piratage était le seul choix qui restait à Palm.
De plus, dans le passé Apple n'a jamais été bégueule quant il s’agissait d'atteindre la compatibilité par des moyens que d'autres marques peuvent voir comme du «piratage». Samba, un projet open-source, permettait à des ordinateurs non-Windows de se connecter à des réseaux Windows. Le projet avait commencé comme un acte de piraterie: en 1991, Andrew Tridgell, alors doctorant à l'Université Nationale Australienne, pénètre par rétro-ingénierie le trafic de son réseau local pour voir comment communiquer avec des machines Microsoft. Après quelques années, ses efforts se sont transformés en ce qui, aujourd'hui, est devenue la principale façon pour des machines Unix de partager des fichiers avec Windows. Longtemps, Microsoft a vu Samba d'un mauvais œil. Mais en 2007, après des années de luttes juridiques, les autorités de régulation européennes ont forcé la marque à permettre à Samba d'inter-opérer librement avec Windows. Mais Apple n'avait pas attendu cette décision de justice – et livrait en 2002 Samba avec le Mac OS. En d'autres termes, qu'importait que Microsoft n'aime pas Samba. Apple avait besoin de concevoir un OS pouvant se connecter à Windows, et Samba était la meilleure façon d'y arriver.
Apple a souvent réussi à se dépêtrer de comportements interdits à d'autres marques. Si Microsoft se mettait à empêcher des appareils concurrents de se connecter à Windows, le secteur technologique deviendrait chèvre. Si Google privilégiait ses sites dans ses résultats de recherche, les autorités de régulation européennes lui feraient un procès. Les manières exclusives d'Apple n'étaient pas si développées quand la marque était un concurrent comme un autre dans le secteur des technologies. Mais maintenant qu'Apple est un mastodonte, nous – ses clients — lui demandons de respecter les mêmes règles du jeu que tout le monde.
Farhad Manjoo est en charge de la rubrique technologie de Slate et auteur de True Enough: Learning To Live in a Post-Fact Society. Vous pouvez lui envoyer un courrier électronique à farhad.manjoo@slate.com et le suivre sur Twitter.
Traduit par Peggy Sastre
Image de une: iPhone firmware/software update 1.0.1 par .schill via Flickr
Mis à jour le 27/10/2009 à 10h39










































Ce que vous dites n'est pas faux. En même temps, vous précisez qu'Apple a payé une licence "Exchange Microsoft" pour pouvoir se synchroniser avec les logiciels de Microsoft, alors que Palm n'a pas demandé son autorisation à la "Pomme" pour s'y connecter... Microsoft n'est pas non plus un modèle du genre. Quand vous avez un Mac, vous pouvez lire un disque dur formaté en FAT32 ou en NTFS (Microsoft). Mais quand vous avez un PC, vous ne pouvez pas du tout lire un disque dur formaté HFS+ (Apple). Ce serait quand même bien intéressant - aussi - de pouvoir lire des disques durs Mac à partir d'un PC, non ? Pareil pour Word : on devrait pouvoir ouvrir un ficher "Pages" (Apple) à partir de Word sur un PC...
monsieur le journaliste
vous avez tort comme jamais on a eu tort.
Apple est dans son bon droit de protéger SON LOGICIEL et SA PROPRIETE
ET Microsoft a toujours fait de même avec les protocoles windows fermés
et samba n'a JAMAIS fait un acte illégal ou déloyal. JAMAIS samba n'a sciemment menti aux utilisateurs
et samba n'est pas un produit commercial.
Palm essaie de dévoyer itunes et pour cela carrément mentir sur usb, si tous les constructeurs faisaient de même, cela serait l'horreur : aucun logiciel ne pourrait savoir à quoi ils s'adressent.
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tout le monde a toujours déjà fait comme microsoft et apple et c'est normal.
Le copyright, le droit d'auteur, l'éthique et la morale sont du coté de Apple sur ce cas. Pourquoi ? parce que cela protége leurs travail et tout le monde souhaite avoir son propre travail protégé.
Vous finirez toujours par tomber sur ce point.
Votre crise elle est pas nouvelle, ca fait 30 ans qu'on en fait et c'est toujours la même chose au final : l'auteur a le droit de contrôle sur son logiciel.
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Notez que la bibliothèque itunes est manipulable par un logiciel tiers
Notez qu'il existe pléthore de produits équivalents à itunes
et tnez, je vais donner ca en pleine gueule à palm, ces parasites : http://www.doubletwist.com/dt/Home/Index.dt Que palm participe à cela.
Voilà en quoi Palm est un parasite de la pire espèce : au lieu de travailler comme des gens honnêtes à faire un bon programme tel itunes
Palm PARASITE le travail des autres , ca coûte moins cher...
Ces dernières années, l'informatique a trop pris l'habitude de contrer ses concurrents par une politique du gratuit, remboursé par d'autres secteurs de l'économie, notamment le marché des entreprises : des navigateurs gratuits, des players gratuits, des suites bureautiques gratuites, des systèmes d'exploitation gratuits, des services internet gratuits, des formats de fichiers ouverts...
Le marché a un peu oublié que ce qui vaut de l'argent, c'est la rareté, et donc l'incompatibilité, pour un service indispensable et recherché qui en acquiert ainsi une valeur monnayable.
Mais point trop. Par suite d'une trop grande rareté et d'un manque d'ouverture, Apple a failli disparaître : ses processeurs étaient trop chers (car vendus en trop petites quantités dans un marché non concurrentiel), non concurrentiels non plus le système d'exploitation et ses formats de fichiers standards qui s'endormaient sur des lauriers de plus en plus fanés... Et puis on a vu que QuickTime s'ouvrait à l'extérieur et que ça fonctionnait, on a vu que certaines relations avec de grands concurrents étaient bénéfiques, on a vu qu'Internet permettait ouverture et échanges, donc concurrence, marché dynamique et... renaissance.
Alors Apple a tout ouvert : échanges possibles avec le monde des PC, logiciels Microsoft, changement de processeur pour un plus commun, système d'exploitation plus proche d'un très vieux standard : UNIX, échanges internet généralisés, standardisation des fichiers, gratuité dans plein de domaines...
...mais au bout d'un moment, une fois la machine commerciale et technologique remise en route, on s'est aperçu que l'ouverture avait des limites et que la gratuité ne menait pas à grand chose. D'autant qu'Apple n'a pas un marché professionnel si large que ça, pour compenser. Et hop : grand retour en arrière pour protéger ses acquis nouveaux, en particulier avec la gamme des "i-apple" qui bénéficie d'une très bonne image auprès du public. On referme tout, tant que le marché suit, avec de la qualité technologique et ergonomique pour une clientèle qui a besoin de cash (producteurs audiovisuel) et on redécouvre les bienfaits économique d'une rareté savamment contrôlée. Les applications pour i-phones elles-mêmes étant plus rares que si elles n'étaient pas payantes, même à bas-prix !
Selon les règles naturelles du marché, ce n'est pas en s'accrochant à Apple que PALM devrait s'imposer mais en créant eux-même une valeur rare et incompatible qui leur serait propre. Demander à Apple de couper la branche sur laquelle ils sont assis pour le simple plaisir d'un concurrent et pour diminuer la rareté donc la valeur de ce qu'elle vend, est un peu fort de café, tout de même !
Bonjour,
Cet article pose problème. Vous semblez confondre l'accès à un logiciel, qui n'est qu'une interface, et ne présente pas d'intérêt particulier, et l'accès pour un développeur tiers aux contenus gérés par ce même logiciel. Dans ce dernier cas, il n'y a aucun problème. Apple laisse les portes ouvertes, et bien des sociétés l'ont fait en développant leurs propres logiciels.
Bref, je crains là que vous n'ayez voulu monter en épingle ce qui n'a pas lieu d'être.
Merci