La chute du prénom Charlie en 2015, conséquence inattendue de l'attentat

Rio de Janeiro, le 11 janvier 2015 | REUTERS/Sergio Moraes

Rio de Janeiro, le 11 janvier 2015 | REUTERS/Sergio Moraes

Sans être un habitué des têtes de classement, le prénom mixte Charlie menait une carrière ascendante avant les attentats de janvier, qui ont coupé cet élan.

Le sociologue spécialiste des prénoms Baptiste Coulmont se demandait dès le mois de janvier 2015 quel serait l’impact des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher sur l’évolution de la fréquence du prénom Charlie donné aux bébés nés après les événements. En épluchant les carnets de naissance publiés dans la presse quotidienne régionale, le sociologue avait repéré quelques petits Charlie prénommés ainsi après le 7 janvier. Mais rien qui s’apparente à un phénomène de mode massif.

Le site Paris Data de la mairie de Paris a publié le classement annuel des prénoms donnés dans la capitale en 2015. Or, sur l’année écoulée, on ne compte que vingt-six Charlie filles et six Charlie garçons. C’est une baisse vertigineuse par rapport à l’année précédente (soixante-et-onze filles, trente-cinq garçons). Alors que Charlie était sur une courbe ascendante depuis quelques années, l’association désormais automatique de ce prénom, non seulement à Charlie Hebdo, mais aux attentats et à la grande marche du 11 janvier 2015, semble l’avoir stoppé net dans son élan. La popularité de Charlie n’a pas résisté aux charges symboliques trop fortes et contradictoires désormais rattachées à ce prénom.

Même constat à Nantes, où, selon Ouest France, «en 2015, à Nantes, dix-neuf bébés, filles et garçons confondus, ont été prénommés Charlie, Charli ou Charly», contre trente-huit l’année précédente, alors que ce prénom «était parti pour intégrer le top 20», selon Stéphanie Rapoport, auteur de l’Officiel des prénoms.

Mais ces chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire: dès les semaines qui ont suivi les attentats, plusieurs articles publiés dans la presse quotidienne attestaient d’un phénomène discret d’hommage aux victimes; le prénom Charlie a été donné par des parents dans la liste des prénoms de l’enfant en deuxième, troisième ou quatrième position. Le 17 janvier 2015, Le Parisien évoquait ainsi quelques cas de naissances de bébés portant, parmi leurs prénoms, celui de Charlie.

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