Partager cet article

Le «scandale» du Gardasil est bidon

Le 21 septembre 2011, à Miami, en Floride, une jeune fille de 13 ans s’est fait vacciner par la pédiatre Judith L. Schaechter | JOE RAEDLE/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Le 21 septembre 2011, à Miami, en Floride, une jeune fille de 13 ans s’est fait vacciner par la pédiatre Judith L. Schaechter | JOE RAEDLE/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Une nouvelle fois, les délires des anti-vaccins se dissolvent face à la réalité.

En France, le mouvement antivaccins ne cesse de gagner du terrain. Mardi 12 janvier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, annonçait un grand plan d’action national sur la vaccination, comportant un «débat citoyen» sur l’obligation vaccinale. Entre 2013 et 2014, une trentaine de plaintes avaient été déposées contre le laboratoire commercialisant le Gardasil, elles ont toutes été classées sans suite courant 2015, avant qu’une nouvelle plainte ne soit déposée mi-décembre. Elle fait aujourd’hui l’objet d’une enquête préliminaire au sein du pôle santé du parquet de Paris.

Aux États-Unis, où la défiance envers les vaccins est plus ancienne et ses conséquences, de fait, encore plus alarmantes, les semaines écoulées auront vu une poussée de fièvre chez les antivaccins. Pourquoi? Oh, comme d’habitude: parce qu’ils sont tout colère que le monde réel ait l’audace de contredire les idées qu’ils peuvent se faire sur lui.

Primo, une nouvelle étude vient de montrer, une énième fois, que le Gardasil n’était pas la cause de vastes problèmes sanitaires.

Le Gardasil est un vaccin qui nous protège contre le papillomavirus humain, ou HPV, une sale bestiole à l’origine de tout un tas de problèmes affreux –des verrues génitales aux cancers de la gorge, du pénis, de la vulve, du vagin et du col de l’utérus. Aux États-Unis, 4.000 femmes meurent chaque année de ce dernier cancer, soit à peu près un tiers des malades. En Europe, le cancer du col de l’utérus touche chaque année environ 30.000 femmes et en tue 13.500. En combattant le HPV, le Gardasil permet une diminution radicale de cette mortalité et de celle des autres cancers causés par le virus. Aux États-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention recommande la vaccination des filles et garçons âgés de 11 à 12 ans, en trois injections administrées au cours d’une année. En France, le Haut Conseil de la Santé publique ne recommande que la vaccination des adolescentes entre 11 et 14 ans, avec un rattrapage jusqu’au vingtième anniversaire.

Bouffée délirante

Si les faits contredisent ce que les antivaccins pensent, ils n’ont qu’à a) les ignorer b) crier encore plus fort et/ou c) vous accuser d’être un suppôt du grand capital pharmaceutique

Bien évidemment, les antivaccins détestent le Gardasil, vu qu’il causerait, selon eux, une tripotée de problèmes, notamment la mort de jeunes filles venant de recevoir leurs injections. Mais il y a un tout petit détail qu’ils semblent oublier: le Gardasil a été administré à des dizaines de millions de jeunes filles. Sur une population aussi énorme, il en va d’un pur hasard statistique que quelques-unes, malheureusement, meurent peu de temps après leur vaccination, sans qu’il n’y ait aucun lien de causalité avec le vaccin.

De même, peu après leur vaccination, certaines adolescentes en viendront à gagner au loto, quand d’autres se mettront à lire un livre ou à avoir de bonnes notes en maths. De tels phénomènes sont-ils eux aussi liés à la vaccination?

Bien sûr que non. Mais telle est la logique des antivacccins.

Comme de juste, le Gardasil est donc accusé de causer plein de maladies. Dans la nouvelle étude, les chercheurs se sont penchés sur deux pathologies en particulier –le syndrome douloureux régional complexe et le syndrome de tachycardie orthostatique posturale. Ils montrent qu’il n’y a factuellement aucun lien entre ces syndromes et le Gardasil et que l’incidence de ces syndromes est conforme à ce que prédit le hasard pour les classes d’âge examinées.

Une nouvelle fois, le Gardasil a été faussement accusé et s’est vu blanchir de ses torts imaginaires par une enquête scientifique. Est-ce suffisant pour faire taire les antivaccins? Vous rigolez. Si les faits contredisent ce qu’ils pensent, ils n’ont qu’à a) les ignorer b) crier encore plus fort et/ou c) vous accuser d’être un suppôt du grand capital pharmaceutique.

Une deuxième raison à la récente bouffée délirante autour du vaccin contre le HPV est à trouver du côté d’un article, massivement relayé, d’un groupe Facebook antiscience affirmant qu’une jeune fille était morte juste après sa piqûre de Gardasil. Ce groupe est affilié au site Natural News –tellement bourré de conneries que je les suspecte d’avoir mis au point le clonage de charlatans–, un des fertilisants naturels de la fosse à purin antivaccins.

L’histoire est atroce et tragique: en 2014, une adolescente de 12 ans meurt quelques heures après avoir reçu une dose de Gardasil. Dévastés, les parents en viennent à croire –ce que détaille l’article– que la mort de leur fille a été causée par le vaccin.

Machine à trouille

Reste qu’il y a un élément que ne précisent ni Natural News ni le groupe Facebook antiscience: selon les conclusions de l’autopsie, la jeune fille est visiblement morte d’une surdose de diphenhydramine, un antihistaminique. Pour ne laisser planer aucun doute, voici la phrase exacte du médecin légiste: «Rien n’indique qu’une vaccination quelconque ait causé sa mort ou y ait contribué.»

Et, une nouvelle fois, le pipeau des antivaccins siffle sur nos têtes. Leurs appels à une mobilisation générale contre les vaccins ne repose que sur une chose: une méconnaissance totale et grossière du fonctionnement même de la réalité. Pour eux, si un truc survient après un autre truc, alors le second a été causé par le premier. On patauge dans le sophisme post hoc, ergo propter hoc. Pas de bol, ce n’est pas comme ça que marche l’univers.

Les préjugés et la rhétorique antiscience encouragent les souffrances inutiles de millions de personnes, et les morts de milliers d’entre elles

Ce genre d’erreur de raisonnement a de graves conséquences. Rien qu’aux États-Unis 79 millions de personnes sont infectées par le HPV. Soit plus d’un quart de la population. Quatorze millions de nouveaux cas sont détectés chaque année. Le Gardasil peut diminuer substantiellement ces chiffres –le vaccin marche, et marche bien, comme peuvent en témoigner les États-Unis ou l’Australie– mais son efficacité est menacée par la machine à trouille des antivaccins.

Comme je l’ai déjà souligné, le Gardasil est pris entre deux feux. D’un côté, nous avons les antivaccins –présents sur tout le spectre politique–, qui le haïssent par réflexe, et, de l’autre, l’extrême droite, qui le combat pour ses liens avec la santé sexuelle féminine. Dans les deux cas, les préjugés et la rhétorique antiscience encouragent les souffrances inutiles de millions de personnes, et les morts de milliers d’entre elles.

Les antivaccins sont dangereux. Ils mènent certainement à des épidémies, susceptibles de causer des morts, y compris des morts d’enfants. Bon nombre de leurs arguments reposent sur du vent et, pourtant, ils peuvent toujours compter sur la télé et même sur le Congrès américain pour leur dérouler le tapis rouge.

Pourquoi est-ce que j’écris sur ces sujets? Parce que lorsque que la rhétorique antiscience met des gens en danger, il est important d’en parler. Et il est important de joindre l’acte à la parole. Raison pour laquelle toute ma famille est à jour de ses vaccins et qui fait que ma propre fille a reçu toutes ses injections de Gardasil. Les vaccins sauvent des vies, et leurs bénéfices supplantent TRÈS LARGEMENT leur risque minuscule. Vraiment, il n’y a pas à chercher plus loin, c’est aussi simple que cela.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte