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Pourquoi «le pire homme d’internet» a interdit le revenge porn

Le documentaire de Fusion sur Scott Breitenstein, disponible sur Youtube

Scott Breitenstein est le gérant du site Complaints Bureau, qui recense les avis négatifs sur les gens et les commerces. Mais plus le revenge porn.

Le titre de cet article de Fusion ne saurait être plus percutant: «Dans la maison d’un magnat du revenge porn». L’homme en question est Scott Breitenstein. Pourtant, celui-ci n’est plus un «magnat du revenge porn» puisqu’il a mis fin à cette pratique au début de l’année 2016 sur le groupe de sites qu’il gérait. L’histoire est narrée par un journaliste réalisant un reportage vidéo pour Fusion, qui juge qu’elle permet de montrer «à un cynique que le changement est possible, même pour les pires méchants d’internet»

Jusqu’alors, Scott Breitenstein était en effet qualifié de «pire homme d’internet» ou de «terroriste d’internet». La raison? Le Complaints Bureau (en français, le «bureau des plaintes»), un des sites les plus connus parmi ceux que gère Scott Breitenstein. Les internautes peuvent y émettre des critiques invérifiables et surtout, contrairement à des sites comme TripAdvisor ou Yelp, sans que les entreprises ou personnes concernées ne puissent y répondre.

Premiers dans les recherches Google grâce à un intense travail de SEO, les sites de Breitenstein possèdent un véritable poids. «Une plainte illégitime a ruiné tout un quartier», a déclaré en 2011 Susan DiMezza, une propriétaire d’une boutique de mode en Pennsylvanie, à CBS News. Ses ventes ont plongé de 75% après une critique négative sur Scamfound.com, site détenu par Breitenstein. Cet homme de 45 ans a d’ailleurs toujours ignoré les demandes de retrait de la plainte en question, et des autres:

«Dans son esprit, céder aux pressions d’une entreprise créerait un terrain de jeu injuste et amènerait à annuler toutes les plaintes du site. Pour s’épargner cette prise de tête, il a créé une politique de non-retrait stricte, écrit Fusion. Il a fait le serment que, une fois une plainte déposée, elle le resterait.»

Afflux d’argent

Avec Complaints Bureau, Scott Breitenstein gagnait 200 dollars par mois, somme qui lui était virée par Google AdSense (la régie publicitaire de Google qui paie au clic sur chaque espace publicitaire les propriétaire de site). Après un post d’un internaute qui contenait des photos nues d’une personne ayant prétendûment trompé ce dernier, le trafic sur son site a gonflé et ses revenus mensuels sont passés à 1.200 dollars. «Quand j’ai vu l’argent affluer, j’étais genre: “Wow, j’ai même plus besoin de travailler”», a indiqué Breitenstein.

Le revenge porn (littéralement «porno de vengeance»), quand des ex-compagnons publient sur internet des photos ou vidéos à caractère pornographique de leur ancien conjoint sans son consentement, est un business qui s’est énormément développé. À son apogée, un site célèbre de revenge porn, IsAnyoneUp.com, cumulait 30 millions de pages vues par mois, souligne Fusion. Selon le site endrevengeporn, vingt-six États des États-Unis ont adopté des lois pour lutter contre ce phénomène. Mais accueillir du revenge porn sur un site reste légal, à cause de la section 230 du Communications Decency Act, qui protège les sites du contenu publié par les utilisateurs.

«Coût infligé à la société»

S'il bénéficiait de rentrées financières et n'était pas menacé par la loi américaine, pourquoi Scott Breitenstein –qui se présente avant tout comme «un avocat des consommateurs» et estime aider «de nombreuses personnes» avec Complaints Bureau– a-t-il alors mis fin à sa branche revenge porn avant la diffusion du reportage vidéo des journalistes de Fusion? D’après l’article, c’est à la suite d’un message vidéo réalisé par Annmarie Chiarini, une victime de revenge porn et directrice des services aux victimes au sein de la Cyber Civil Rights Initiative:

«Le coût que vous infligez à la société va bien au-delà des victimes, lui a-t-elle déclaré. Ce que vous faites est peut-être ou peut-être pas illégal, mais c’est de la corruption éthique. N’importe qui fournissant un lieu aux gens pour le divertissement sexuel d’autres est un dangereux prédateur sexuel.»

Après cette intervention, Scott Breitenstein a posé une note sur le site de Complaints Bureau, indiquant que tout ce qui touchait au revenge porn était banni. 

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